Côte d’Ivoire: Découvrez comment un secouriste est devenu prisonnier de guerre

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Fidèles lecteurs, ceci est le témoignage poignant du président fondateur d’une ONG dénommée : SECOURISTES SANS FRONTIÈRES. Mr ZIZA KAKA JEAN LOUIS qui serait injustement détenu depuis maintenant 5ans.

 »Le 4 AVRIL 2011, j’étais devant la porte de ma maison lorsque mon voisin m’informa qu’au CHU de COCODY le personnel avait besoin d’aide. Étant le Président Fondateur de l’ONG dénommée SECOURISTES SANS FRONTIÈRES je décidai le 5 Avril 2011 d’y aller afin de contribuer à sauver des vies humaines. Pour moi, cela était un devoir car mon ONG a pour but dans un premier temps de porter secours et assistance aux victimes en TOUT LIEU et en TOUT TEMPS sans exception et en second temps de contribuer à promouvoir le secourisme de proximité.
Une fois au CHU de Cocody, tous les médecins m’ont accueilli avec beaucoup de soulagement car ils étaient acculés par les blessés. Je commençai à porter assistance aux blessés avec beaucoup de joies. Certains jours il m’arrivait de ne pas trouver le temps de manger car toutes les personnes qui y venaient se trouvaient en état de gravité extrême. Par moment des personnes perdaient la vie et là, je faisais toujours une pause pour les pleurer au nom de leurs familles qui ne savaient souvent pas qu’un des leurs était décédé.

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Les jours passaient et les cas devenaient de plus en plus alarmants.
Le 10 Avril 2011 au environ de 15h, une ambulance est venue de la résidence du CHEF de l’État pour chercher des secours car selon eux ils avaient trop de blessés à la résidence et il fallait de toute urgence avoir une équipe médicale sur place. J’avoue que j’étais très réticent car, à partir du CHU nous voyions la fumée sortir de la Résidence. En toute franchise j’avais une peur bleue d’y aller mais toutes les personnes présentes n’arrêtaient pas d’insister. Une fois à la résidence, mes craintes se sont envolées car il y avait trop de personnes entre la vie et la mort. Au final j’étais fier d’être là et d’apporter assistance à toutes ces personnes blessées.

Malheureusement, l’assistance fut de courte durée puisqu’il fallait que nous soyons tous à l’abri des bombardements. AH LES BOMBARDEMENTS… Tout au long des bombardements, je pensais à ma femme, à cette jeune et belle fille que j’avais eu la chance d’épouser en MARS 2008. Je me demandais ce qu’elle deviendra s’il arrivait que je meurs sous les bombes. Soudain, je réalisai que je n’avais même pas eu le temps de lui dire où est ce que je me trouvais. Ma femme, elle devenait ma seule prière. Oui je priais pour que Dieu m’accorde la vie sauve, afin de lui prouver tout l’amour que j’éprouve pour elle. Oui durant cette nuit je ne pensais qu’à ma femme.

Le 11 AVRIL 2011, je fus arrêté aux côtés du couple présidentiel aux environx de 11 heures. Le lendemain de mon arrestation, l’on me permit d’appeler ma femme … Lorsque je lui donnai l’information de mon arrestation, elle me dit : QUE DIEU TE PROTÈGE MON MARI, SI TU ES EN VIE JE SUIS HEUREUSE.
( …)Nous avons quitté le golf hôtel, le 14 avril 2011 aux environs de 10 heures, nous étions 22 personnes au total ce jour là, dans deux mini bus (gbaka) dont ils ont pris le soin de dissimuler les plaques d’immatriculation. Et avec des chemins détournés, ils nous ont fait sortir d’Abidjan.
Une fois arrivés sur l’autoroute du nord, on ne savait pour quels raisons, notre cortège s’est presque immobilisé pendant 30 minutes environ. Finalement, c’est dans l’après midi que nous sommes arrivés à Yamoussoukro où nous avons passé la nuit du 14 au 15 avril 2011. Le 15 avril matin, nous sommes partis de là en direction du nord et c’est aux environs de 17 heures que nous sommes entrés à korhogo, avec un escale à l’état major de la gendarmerie de korhogo situé à proximité du palais de justice de la ville.
Nous sommes restés assis dans les véhicules, de 17heures à 22 heures. Avec des hommes armées jusqu’aux dents autour de nous, qui veillaient sur nos moindres mouvements. Plus tard, nous avons été conduits au violon du poste de police du camp militaire CTK, sous la garde du commandant FOFIÉ KOUAKOU. Nous sommes restés qans un espace de 9 mètres carrés environ, du 15 avril 20 11 au 02 mai 2014. Avec aucune possibilité pour nous de voir dehors. Le plus dur commença pour nous et pour nos familles.

En dehors de l’ONU-CI et de la croix rouge qui étaient autorisées à nous voir, aucune personne n’avait accès à nous et même nos familles et épouses. En cas de besoins, elles devraient s’adresser à la croix rouge pour avoir de nos nouvelles. Longtemps après, ils nous ont autorisé à recevoir des colis de nos familles par le canal de la croix rouge. Et il fallait se débrouiller avec (05) cinq kilogrammes de colis par personne et pour deux ou trois mois environ. Durant cette période d’incarcération, nous avons été torturés de diverses manières.

Par la grâce de Dieu, le 02 mai 2014 à 14 heures, l’hélicoptère qui nous ramenait de Korogho s’est posé à l’aéroport Félix Houphouët Boigny d’Abidjan vers 16 heures. Aussitôt, nous avons été conduit à la MACA . Après trois ans loin de tout, j’ai pu un matin voir ma femme. Ça a été dur, très dur … il n’eut que l’émotion. Elle était amaigrie, la souffrance se lisait dans ses yeux et moi j’étais partagé entre le sentiment de joie et de tristesse. Ça a été et c’est toujours aussi dur

Nous étions toujours détenus à la maca lorsque l’on nous annonça le début de notre procès, moi qui ne connaissait pas le PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO, moi qui n’avais jamais milité dans le parti du PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO, l’on m’appela désormais dignitaire du FPI. Je ne comprenais pas pourquoi un tel nom mais j’étais content d’aller au procès car avec le document de mon ONG pour moi il n’y avait aucune raison que l’on me garde encore en prison. Durant ce procès, je constatais l’absence généralisée de preuves et pour moi le droit n’a volontairement pas été dit.

L’ONG dont je suis le fondateur est agréé par l’état de Côte d’Ivoire et déclarée au journal officiel de la république de Côte d’Ivoire pour porter secours et assistance aux victimes en TOUT LIEU et en TOUT TEMPS sans exception. Alors je me suis demandé comment l’on pouvait me condamner à 10 ans de prison, pourquoi continuer à me maintenir en prison sans preuves. Le secourisme a une histoire et dans le monde nul n’ignore Monsieur Jean Henri DUNANT, homme d’affaires suisse, le fondateur de la croix rouge française et des mouvements croix rouge dans le monde mais aussi l’initiateur du droit international humanitaire.

Lequel droit a pour objectif majeur la protection des blessés de guerres, du personnel soignant et des prisonniers de guerre. – Selon l’ouvrage un SOUVENIR DE SOLFERINO dont il est l’auteur, Henri DUNANT raconte la sanglante bataille dont il fut témoin en 1959 pendant la guerre de la conquête ITALIENNE qui opposait d’une part l’armée FRANÇAISE et leurs alliés les SARDES à l’armée AUTRICHIENNE d’autre part. DUNANT décida avec l’aide de quelques amis de porter secours et assistance aux blessés de ladite guerre.

Ce qui lui valu à juste titre, le premier prix NOBEL DE LA PAIX en 1901, Aujourd’hui, mon souhait le plus ardent est d’être purement et simplement libéré. Avec assez de recul, je suis fier d’avoir risqué ma vie pour sauver celle des autres et si c’était à refaire, je le referai sans hésiter. Rien qu’à l’idée de savoir que de par mes actions, des personnes soient en vie et en bonne santé, cela me procure beaucoup de bonheur. Comme exemple, je pourrais citer SIDIKI BAKABA ex DG du palais de la culture d’Abidjan qui, (selon son propre témoignage, barré à la une du journal LE NOUVEAU COURRIER D’ABIDJAN n° 247 du mardi 21 juin 20 11 et publié sur les réseaux sociaux) étant blessé, a reçu les premiers soins à la résidence. On peut même me voir à ses côtés sur la photo publiée par le journal.

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…Alors, rien que pour ça, je me sens en paix avec mon DIEU et avec ma conscience. Je suis heureux d’avoir accompli ma tâche de secouriste pour laquelle j’ai été agréé. Je suis aujourd’hui condamné à 10 ans de prison, je suis accusé à tort, je suis peut être incompris mais je garde beaucoup d’espoir en l’avenir car un jour je me battrai afin que les secouristes soient tous respectés dans notre nation.

Ma santé quant à elle, se dégrade de jours en jours, ma femme et moi n’avons plus aucune ressource financière. Je peine à manger en prison et ma femme peine à se nourrir dehors et par moment je me dis heureusement que nous n’avons pas encore d’enfant car, comment cet enfant aurait été nourri. J’ai aujourd’hui des troubles visuelles et bien d’autres maux dus aux tortures subies depuis le golf hôtel le 11AVRIL 2011.
J’entends parler d’Amnistie générale de tous les détenus, je sais que je suis innocent mais si c’est l’unique porte de sortie, je dis gloire à DIEU ! Alléluia !

Je ne cesserai de rendre gloire à l’éternel DIEU qui a bien voulu qu’il y ait des rescapés sortis du déluge de feu et des décombres de cette haine mondiale.
Je rends un vibrant hommage à nos braves épouses, qui ont fini par nous convaincre de la place de la femme dans la vie d’un homme. – Je remercie les associations, les ONG nationaux et internationaux de lutte pour les droits de l’homme, les médias, et sans oublier nos frères et amis d’ici et d’ailleurs qui font mains et pieds pour notre libération. Je remercie et félicite L’AFFDO.CI et sa présidente Désiré DOUATI, pour l’assistance et leurs choix aux côtés des détenus d’opinion inconnus du grand public. Pour finir, c’est une prière que j’adresse à DIEU : Qu’il fasse que cette douloureuse page de l’histoire de notre pays, soit vite tourner afin que tous les fils et filles de la côte d’ivoire prennent part à son développement.

Qu’en pensez-vous?

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