Togo: Voici la lettre de pétition du Parti des Travailleurs adressée à Manuel Valls

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Une lettre de pétition écrite par le Parti des Travailleurs de Claude Améganvi, actuellement signé par plus d’une vingtaine de personnes, a été envoyée à Manuel Valls, Premier ministre français. Dans cette lettre, le Parti des travailleurs accuse Manuel Valls de Vol et lui demande de restituer l’argent reçu des mains de  Faure Gnassingbé alors qu’il était en visite au Togo. Lisez.

Lettre Ouverte à M. Manuel VALLS,

Ancien Maire de la Municipalité d’Evry

Ancien Premier ministre du gouvernement français,

Correspondance :

S/c Parti des travailleurs

Lomé (Togo)

E-mail : pt-togo@hotmail.fr

A M. Manuel VALLS

Parti socialiste

10, Rue de Solferino

75333 Paris Cedex

France

Lomé, le 7 mars 2017

Objet : Restitution de 5 milliards de F CFA (8 000 000€) volés au peuple togolais

Monsieur le Premier ministre,

D’abord, permettez-nous de vous adresser nos plus cordiales salutations.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes des citoyens, démocrates et militants du Togo, d’Afrique, de France et d’autres continents (Europe, Amériques, Asie, Océanie). A l’initiative du Parti des travailleurs du Togo, nous avons décidé de nous adresser à vous par cette « Lettre Ouverte », préoccupés par la nécessité que les plus élémentaires principes d’éthique, de morale, de démocratie et de justice soient respectés dans les relations entre personnes, peuples et Etats.

Que voulons-nous ?

Nous voulons obtenir que vous restituiez au peuple togolais, les 5 milliards de Fcfa (8 000 000€) que, lors de votre voyage « officiel » au Togo, les 28 et 29 octobre 2016, vous avez secrètement sollicités et obtenus du président togolais Faure ESSOZIMNA EYADEMA-GNASSINGBE en vue de la campagne de l’élection présidentielle française de cette année 2017 dans laquelle vous ambitionniez alors de vous engager.

L’information sur ce don a été portée à la connaissance de l’opinion publique par un Appel du Parti des travailleurs du Togo à soutenir les enseignants togolais légitimement entrés en grève pour la satisfaction de leurs justes revendications. Cet appel visait à exiger du président togolais et de son ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Gilbert BAWARA, d’enfin écouter les enseignants, de faire droit à leurs doléances qui ne nécessitent que quelques millions de F CFA pour être solutionnées. Cet appel révélait notamment:

« Pourtant, de l’argent, il y en a à profusion tant pour les barons du régime RPT-UNIR que pour leurs «amis » français corrompus, qui savent qu’ils peuvent venir impunément se faire «offrir », par les dictateurs africains, des milliards transportés par mallettes et autres « djembés », en chantant leurs louanges, pour aller financer leurs campagnes électorales en France, en leur garantissant de continuer à les soutenir s’ils sont élus !

C’est ainsi que des révélations de sources proches du régime, émanant de personnalités elles-mêmes écœurées par l ’incroyable cynisme de Faure GNASSINGBE à l’endroit de son propre peuple, indiquent que, lors de son voyage officiel de fin 2016 au Togo, Manuel VALLS, alors qu’il était encore Chef du gouvernement français, aurait reçu un « cadeau » de 5 milliards de F CFA pour sa campagne en France en vue de l’élection présidentielle de 2017 dans laquelle il envisageait de s’engager. Cela, après les stupéfiants éloges qu’il a adressés au dictateur togolais pour sa politique qui, selon lui, irait « dans le bon sens ». Pourtant Faure GNASSINGBE, arrivé au pouvoir dans un bain de sang qui a fait de 500 à plus de 1000 morts selon, respectivement, l’ONU et la LTDH, continue à piller, ruiner et détruire notre pays !

La suite est connue : cette « manne » en poche, Manuel VALLS, dès son retour en France, par la pression active d’une campagne d’un rare cynisme qui n’a d’égal que celui dont sait faire preuve son « ami » Faure GNASSINGBE, s’est empressé de pousser son patron de président, François HOLLANDE, à annoncer son retrait de la course à l’élection présidentielle française de 2017. Satisfait de ce coup tordu à son mentor, il devait démissionner avec fracas de son poste de Chef du gouvernement pour poser sa candidature à l’investiture du Parti socialiste français, pour l’élection présidentielle en vue.

Comme on peut le constater, de l’argent, il y en a par milliards pour la soif de pouvoir d’« amis » étrangers corrompus venant se sucrer sur le dos des peuples africains réduits à la misère, à la famine, à la ruine et à la déscolarisation ; mais, pas pour l ’Ecole togolaise !

Comble du cynisme, pour couvrir ce flagrant détournement de fonds publics, Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE a fait avaliser par l’Assemblée nationale à sa botte ce « don » de 5 milliards à Manuel VALLS par un Collectif budgétaire, gestion 2016, voté fin novembre dernier où 10 milliards de F CFA auraient été « affectés » à l’achat de 4 hélicoptères pour l’Armée togolaise… Hélicoptères « fantômes », car n’ayant jamais été achetés !

Par ce tour de passe-passe, 5 milliards ayant été gracieusement offerts à M. VALLS, les membres du régime de Faure EYADEMA-GNASSINGBE se sont servis eux-mêmes, empochant les 5 autres milliards. Comme d’habitude ils le font en détournant les milliards destinés à nos infrastructures routières, nos hôpitaux, nos écoles et aux compétitions sportives internationales, notamment celle engageant l’équipe nationale de football du Togo lors des Coupes d ’Afrique des nations (CAN) dont les sempiternels scandales financiers sont notoirement connus, etc., etc.…

Plus révoltant et aussi incroyable que cella puisse paraître, l’irresponsabilité et la gloutonnerie des membres du régime de Faure EYADEMA-GNASSINGBE les ont conduit à contracter – comme son représentant a dû l’avouer lors de la discussion sur le Collectif budgétaire, gestion 2016 – des prêts dénommés Sukuk d’un montant total de 156 milliards de F CFA auprès de certaines banques islamiques sur la période 2016-2026 en gageant des biens publics. Il s’agit des bâtiments suivants : le site de la foire Togo 2000, le Commissariat général de l’OTR et son Commissariat des Impôts, le siège de Togo Télécom, le Garage central, le ministère des Travaux publics, l’UTB, le siège de la LONATO, la CENI, le ministère du Commerce, le siège de la SAZOF et la SAZOF-Zone portuaire. Il n’y a aucun doute que ces prêts, contractés dans l’opacité la plus totale et hors de tout contrôle par les institutions nationales de régulation du fonctionnement de l’Etat, ne s’inscrivent dans aucune logique rationnelle de développement comme celle des infrastructures et besoins scolaires. Car on sait d’avance que l’essentiel de ces fonds vont immanquablement finir dans les poches des dignitaires du régime RPT-UNIR et de leurs « amis » français ou d’autres nationalités comme ce fut le cas pour les 10 milliards fictivement inscrits à l’achat de 4 hélicoptères « fantômes » dont nous venons d’évoquer les stupéfiantes conditions de partage. »

 

  1. Manuel VALLS,

Nous ne pouvons ni comprendre, ni accepter que ces 5 milliards de F CFA (environ 8 000 000 €) vous aient été donnés alors que cet argent appartient au Peuple togolais.

Plus pathétique est le fait que, sous couvert d’un voyage officiel, vous aviez en réalité organisé ce qui n’était qu’un voyage privé dont le seul objectif était d’aller « encaisser » les 5 milliards de F CFA que vos entremetteurs avaient préalablement négociés à votre profit.

En effet, l’opinion publique a été informée de ce que, suite à ses investigations, la DGSE (service de renseignement extérieur chargé de l’espionnage et du contre-espionnage de la France) a confirmé que c’est Pacôme Yawovi ADJROUROUVI (né le 14 mai 1963), votre adjoint à la mairie d’Evry (Essonne, France), ancien camarade de classe de Faure GNASSINGBE, qui aurait négocié pour vous l’obtention de cette somme.

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Dans ces conditions, l’organisation même de ce voyage n’apparait-elle pas comme un détournement caractérisé de biens publics (l’avion du GLAM – Groupe de Liaisons Aériennes Ministérielles) et de fonds publics (frais de prise en charge du séjour de votre délégation à Lomé) à des fins privées de financement illicite d’une campagne électorale ?

 

Et, en matière de détournement de biens publics à des fins privées, force est de constater que vous êtes un récidiviste.

 

En effet, on se rappelle que vous avez déjà été mis en cause pour le voyage officiel que vous avez effectué à Berlin (Allemagne) pour aller suivre, le 6 juin 2015, la finale de la Ligue des Champions de football opposant le F. C. Barcelone à la Juventus de Turin. Cette escapade, qui aurait coûté la bagatelle de 14 000 à 20 000 euros à l’Etat français, avait surtout fait scandale à l’époque parce qu’à bord du Falcon 7X gouvernemental qui vous transportait, vous étiez accompagné de vos enfants, en violation du règlement. Le tollé suscité par cet acte de népotisme caractérisé vous avait contraint à présenter des excuses publiques et à rembourser au Trésor Public français 2 500 euros pour compensation des frais de voyage de vos enfants à bord de cet avion gouvernemental qu’ils n’auraient pas dû prendre.

 

De même que vous avez reconnu et remboursé le détournement de fonds publics français à des fins privées à l’occasion de votre escapade berlinoise, de même reconnaissez et remboursez au peuple togolais le détournement des fonds publics que vous lui avez volés aux fins privées de financer votre campagne électorale en France.

 

Peut-être devrez-vous, outre les 5 milliards de F CFA volés au peuple togolais, rembourser à l’Etat français, tout ou partie des frais de votre escapade privée, déguisée en voyage officiel. Vue la nombreuse suite dont vous étiez accompagné pour sauver les apparences, la note pourrait être salée ; mais cela, c’est votre problème, à l’Etat français et vous.

 

Mais, revenons à l’idée même d’aller chercher des fonds africains pour financer votre campagne électorale en France, pratique s’inscrivant dans la très « française » tradition néocoloniale du financement des partis institutionnels français par les fonds détournés des caisses d’Etat africains.

 

En effet, plus personne n’ignore les retentissants scandales qui n’ont cessé de défrayer la chronique en matière de financement de campagnes électorales françaises par les dictateurs africains imposés et maintenus à la tête des pays du « pré-carré » français en Afrique :

 

— Ce fut d’abord le journaliste Pierre PEAN qui, dans son ouvrage Affaires africaines publié aux Editions Fayard en 1983, racontait déjà comment Omar BONGO avait financé, en 1981, les campagnes de Valéry GISCARD d’ESTAING et de François MITTERRAND.

 

— Vinrent ensuite les révélations faites par Valéry GISCARD d’ESTAING en 2009, quelques jours après la mort d’Omar BONGO qui s’éteignit après 42 ans de règne sans partage sur un Gabon riche en pétrole sur lequel l’Etat français avait fait main basse. Rompant la «loi du silence» entourant ce sujet depuis toujours, il affirma que BONGO avait financé la campagne de Jacques CHIRAC lors de la présidentielle de 1981 ; propos que le député socialiste, André VALLINI, confirma en précisant qu’« Omar BONGO a financé de nombreuses campagnes électorales à droite mais aussi à gauche ».

— Puis, ce fut à l’avocat Robert BOURGI de révéler dans l’hebdomadaire Le Journal du dimanche (JDD), avoir convoyé des dizaines de millions d’euros volés par des potentats africains pour financer les campagnes de Jacques CHIRAC. Il se déclarait entre autres en cela un héritier de Jacques FOCCART.  Jacques FOCCART, le Secrétaire d’Etat aux Affaires Africaines et Malgaches du Général de GAULLE qui mit en place ses tristement célèbres réseaux qui faisaient et défaisaient les régimes africains notamment par assassinats et coups d’Etat interposés. Ces révélations démasquèrent la réalité des rapports maffieux que continuaient d’entretenir les réseaux auxquels on donna depuis lors le nom de Françafrique. Robert BOURGI précisait dans cet entretien que la contribution de Blaise Compaoré, de 3 millions de dollars, avait été ramenée à Paris dans quatre « djembés ». Ses informations furent confirmées par des câbles, révélés par WikiLeaks le 29 décembre 2016, indiquant que 28 millions d’euros avaient été détournés par Omar BONGO pour financer les activités politiques de Jacques CHIRAC mais aussi de Nicolas SARKOZY.

 

— Enfin on n’oublie pas l’affaire, encore pendante, du financement occulte de la campagne de Nicolas SARKOZY par le président libyen Mouammar KHADAFI. Affaire révélée en 2011 par les journalistes de Mediapart qui indiquent que, pour sauver la mise judiciaire à l’ancien chef du renseignement militaire libyen, Abdallah SENOUSSI mis en cause dans l’affaire de l’attentat du DC10 d’UTA, KHADAFI aurait fait remettre une somme de 5 millions d’euros en cash à Nicolas SARKOZY et son futur ministre de l’intérieur Claude GUEANT, par l’intermédiaire de l’homme d’affaires Ziad TAKIEDDINE, pour financer sa campagne de la présidentielle de 2007. « Dans un entretien filmé avec Mediapart, Ziad Takieddine, l’homme qui a introduit Nicolas Sarkozy auprès de Mouammar Kadhafi, avoue avoir apporté au ministère de l’intérieur, fin 2006 et début 2007, plusieurs valises d’argent liquide préparées par le régime libyen, pour un montant total de 5 millions d’euros. « J’ai découvert des choses qui ne méritent plus d’être cachées » », apprend on en consultant le site Mediapart.

 

« Un membre des services du protocole libyen a pour sa part affirmé aux policiers qu’au total ce sont 20 millions d’euros qui ont été versés en liquide, plus 30 millions par virements » précise également Mediapart. Il ajoute encore : « Dès son premier voyage officiel en Libye en octobre 2005, Nicolas Sarkozy a demandé un appui financier à Mouammar Kadhafi lors d’une rencontre en tête-à-tête, selon Ziad Takieddine, présent sur place ce jour-là ».

 

  1. VALLS,

 

N’est-ce pas le même procédé utilisé par Nicolas SARKOZY pour solliciter et obtenir de KADHAFI (qu’il contribuera pourtant à faire assassiner le 20 octobre 2011) l’astronomique somme de 50 millions d’euros destinés à financer sa campagne électorale de 2007, que vous aussi avez employé avec Faure Essozimna EYADEMA-GNASSINGBE pour soutirer les 5 milliards de F CFA au peuple togolais ?

Il s’agit d’une tradition, d’un usage, consistant à pourvoir les hommes politiques français en valises bourrés d’argent liquide pour financer leurs campagnes électorales. Ces traditions, instituées depuis les règnes de chefs d’Etat africains tels MOBUTU SESE-SEKO de l’ex Zaïre (aujourd’hui Congo démocratique), Omar BONGO du Gabon, Gnassingbé EYADEMA du Togo et Félix HOUPHOUËT-BOIGNY de Côte d’Ivoire, ont été léguées, après leur décès, à leurs successeurs.

Immuables, ces pratiques se perpétuent donc jusqu’aujourd’hui, impliquant invariablement partis institutionnels français de droite comme de gauche, sur le dos des peuples africains qu’on spolie ainsi en toute impunité alors qu’ils sont contraints à vivre dans la misère la plus extrême.

Il était de tradition qu’un silence impuissant ou complice couvre ces cyniques malversations ; mais aujourd’hui, c’en est trop. Et, trop c’est trop, nous jugeons venu le temps non seulement de rompre ce silence, mais d’attaquer frontalement cette tradition inhumaine elle-même pour y mettre une fin définitive.

Car, cet ultime « cadeau » qui vous a été fait par le président togolais Faure EYADEMA-GNASSINGBE escomptant en retour un indéfectible soutien à son régime, est proprement monstrueux, à plus d’un titre.

VIS-A-VIS DE LA FRANCE :

Acte caractérisé de corruption, initié par le 2e plus haut responsable de l’Etat français, dans l’exercice de ses fonctions, votre forfait déshonore la République française.

Premier ministre en exercice lors de votre honteux « voyage officiel », vous savez que c’est devant la Cour de justice de la République, créée par la Loi n° 93-1252 du 23 novembre 1993, que vous aurez à répondre. Présumé avoir commis, par un seul acte, une foule d’infractions non-prescrites, les chefs d’accusation suivants, au moins, pourraient à être retenus contre vous :

— 1°) « Corruption active » pour infraction à l’Article 433-1 du Code pénal français (Loi nº 2000-595 du 30 juin 2000, art. 1, Journal Officiel du 1er juillet 2000 et Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000, art. 3, Journal Officiel du 22 septembre 2000, entrée en vigueur le 1er janvier 2002) qui dispose :

« Est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public, ou investie d’un mandat électif public, de solliciter ou d’agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques :

— 1º Soit pour accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ou facilité par sa fonction, sa mission ou son mandat ;

— 2º Soit pour abuser de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d’une autorité ou d’une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable. »

Pour ce délit d’avoir suscité et obtenu 5 milliards de F CFA (8 000 000 €) de Faure EYADEMA-GNASSINGBE, vous êtes donc passible d’une peine de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amendes, condamnation pouvant également entraîner une peine d’inéligibilité.

 

— 2°) « Blanchiment d’argent simple et aggravé » :

  • « Blanchissement simple », défini par l’Article 324-1 de l’Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V), publié au Journal Officiel de la République française (JORF) du 22 septembre 2000, entré en vigueur le 1er janvier 2002, qui dispose :

« Le blanchiment est le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un crime ou d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect.

Constitue également un blanchiment le fait d’apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit.

Le blanchiment est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. »

 

  • Et « Blanchiment aggravé », défini par l’Article 324-1-1 du Code pénal, créé par la LOI n°2013-1117 du 6 décembre 2013 – art. 8 qui dispose :

« Pour l’application de l’article 324-1, les biens ou les revenus sont présumés être le produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit dès lors que les conditions matérielles, juridiques ou financières de l’opération de placement, de dissimulation ou de conversion ne peuvent avoir d’autre justification que de dissimuler l’origine ou le bénéficiaire effectif de ces biens ou revenus. »

Et par l’Article 324-2 du Code pénal, modifié par l’Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V), publié au Journal Officiel de la République française (JORF) du 22 septembre 2000, entré en vigueur le 1er janvier 2002, qui dispose :

« Le blanchiment est puni de dix ans d’emprisonnement et de 750 000 euros d’amende :

— 1° Lorsqu’il est commis de façon habituelle ou en utilisant les facilités que procure l’exercice d’une activité professionnelle ;

— 2° Lorsqu’il est commis en bande organisée. »

 

  1. VALLS, à votre retour en France, avez-vous déclaré à l’Administration des douanes les 8 000 000 €, sollicités et reçus de votre compère togolais ? A défaut, vous seriez en infraction vis-à-vis de la législation sur les changes et transferts de fonds transfrontaliers.

 

— 3°) « Financement illicite de campagne électorale » défini par l’article 432-11 (Loi nº 2000-595 du 30 juin 2000, art. 1, publié au Journal Officiel du 1er juillet 2000 et l’Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000, art. 3, publié au Journal Officiel du 22 septembre 2000, entrée en vigueur le 1er janvier 2002), qui vise, comme nous l’avons vu plus haut :

« le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public, ou investie d’un mandat électif public, de solliciter ou d’agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour elle-même ou pour autrui (…) ».

Le Code électoral français fait obligation aux candidats, que leurs comptes de campagne retracent « l’ensemble des dépenses engagées ou effectuées en vue de l’élection dans l’année précédant le mois de l’élection ». La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques est chargée de contrôler ces dépenses.

Nous doutons que vous ayez déclaré les 8 000 000 € sollicités et obtenus du président togolais, Faure EYADEMA-GNASSINGBE.

Violant ainsi le Code électoral en vous inscrivant délibérément dans une démarche de financement illicite de votre campagne, vous êtes présumé en infraction sur la législation électorale en France et encourrez une peine de 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende pour délit de financement illégal de campagne électorale. De fait, pour cette infraction, pourrait vous être également appliqué l’ensemble du dispositif s’appliquant à Nicolas SARKOZY pour le financement illicite de sa campagne de 2007 entre autres avec des fonds fournis par le libyen Mouammar KADHAFI.

 

— 4°) « Dépassement de plafond de financement » de campagne électorale pour infraction au Code électoral.

Le Code électoral français prévoit que les comptes de campagne retracent « l’ensemble des dépenses engagées ou effectuées en vue de l’élection dans l’année précédant le mois de l’élection ».

Sachant que la loi fixe le plafond autorisé pour un budget de campagne électorale pour une élection présidentielle à 22,5 millions d’euros ;

Sachant que les dispositifs dont bénéficient les candidats pour couvrir leurs dépenses à la présidentielle leur permet de faire appel aux dons de personnes physiques, dons qui ne peuvent toutefois pas dépasser 4 600 euros par personne donatrice ;

Vous tombez incontestablement sous le coup d’un délit de dépassement de plafond de financement de campagne électorale ; car, les presque 8 000 000 € obtenus de Faure EYADEMA-GNASSINGBE, seul, pour le financement de votre campagne dépassent de loin le plafond des 4 600 euros par personne donatrice auquel vous deviez vous limiter.

De ce fait, vous êtes présumé en infraction sur la législation électorale en France en matière de financement de campagne et encourrez la sanction de dépassement du plafond de financement de votre campagne pour lequel vous encourrez une amende équivalente à ce dépassement soit la bagatelle de 7 995 400 € (8 000 000 – 4 600).

 

Tous ces chefs d’accusation pourront, bien entendu, être aggravés d’autres chefs d’accusation que les avocats que nous aurons à constituer jugeront fondés à être retenus contre vous.

 

VIS-A-VIS DU TOGO :

Vous vautrant dans la tradition d’évasion industrielle de capitaux qui sévit au Togo, vous contribuez à aggraver la situation socio-économique de ce pays exsangue. De fait, selon les rapports du Global Financial Integrity, le Togo est le champion d’Afrique et du monde des pays gangrénés par les transferts illicites de capitaux. Un article de l’hebdomadaire Jeune Afrique publié début juin 2015 sur le Rapport de cette ONG américaine, indique à ce propos :

« Le Togo, pays le plus affecté par l’évasion fiscale

Dans plusieurs pays d’Afrique Subsaharienne, la situation est « alarmante », écrit le GFI. Sur 42 pays africains, le Togo est le plus affecté par les flux financiers illégaux qui atteignent une valeur représentant 76,3 % de son PIB, 2435,9 % de son budget en matière d’éducation et 1088,7 % de son budget de santé. »

Vous le saviez. Mais avez choisi de venir vous rendre complice de ces transferts illicites de capitaux. Ce faisant, vous tombez sous le coup d’une infraction de complicité active de trafic illicite et blanchiment de capitaux, fait prévu et puni par le Code pénal togolais.

Avec un record d’endettement extérieur qu’une récente mission du FMI établissait à plus de 1 800 milliards de FCFA, le Togo est un des pays les plus endettés d’Afrique. C’est ce dramatique tableau que les 5 milliards de F CFA de « cadeau » vient encore noircir. De fait, pour couvrir les fonds détournés qu’il vous offrait, Faure EYADEMA-GNASSINGBE a fait passer un collectif budgétaire imposant 10 milliards de CFA prétendument destinés à l’achat d’hélicoptères fantômes. Ce tour de passe-passe maffieux a alourdi la dette du pays.

Dans cette situation qui a vu les membres du régime en place en profiter pour s’enrichir à votre suite en se répartissant le reliquat de ces 10 milliards, vous portez la principale responsabilité de culpabilité de détournement et de complicité de détournement de fonds publics, fait prévu et puni par l’ensemble de la législation togolaise portant lutte contre la corruption dite loi anti-corruption ou corruption zéro.

C’est ainsi que le nouveau Code pénal togolais dispose :

« Art. 202 – Tout agent ou préposé de l’Etat, d’une collectivité territoriale secondaire, d’un établissement public, d’une société dans laquelle l’Etat ou une autre collectivité publique a pris une participation et plus généralement tout agent ou préposé d’une personne morale de droit public, qui aura soustrait frauduleusement, supprimé, détourné ou dissipé des derniers publics ou des effets en tenant lieu, ou des pièces, titres, actes effets mobiliers qui étaient entre ses mains en raison ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions sera puni de 5 à 10 ans de réclusion. Toutefois, la peine sera d’un à cinq ans d’emprisonnement si les sommes ou valeurs soustraites ou détournées n’excèdent pas 500 000 francs.

(…)

Art. 204 –  Les receleurs des biens ou valeurs soustraits et détournés sont passibles des mêmes peines que les auteurs principaux et leurs complices.

(…)

Art. 208 – Sera puni d’un à cinq ans d’emprisonnement :

1) tout agent ou préposé de l’Etat ou d’une personne morale de droit public, mandaté pour percevoir des impôts, taxes ou autres droits qui aura exigé, reçu, fait exiger ou percevoir des sommes ou valeurs qu’il savait n’être pas dues ;

2) tout officier public, magistrat, fonctionnaire ou préposé d’un service public qui aura sollicité ou agréé des dons, promesses, avantages de toute nature en vue d’accomplir un acte de sa fonction non sujet à rémunération particulière ou en vue de s’abstenir de remplir un devoir de sa fonction.

3) quiconque aura par menaces, voies de fait, promesses, dons ou présents, obtenu ou tenté d’obtenir d’un représentant du gouvernement ou des administrations et services publics des passe-droits, avantages, faveurs, actions ou omissions illicites. »

 

Quant à la Loi portant création de la Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées, adoptée le 14 juin 2015, elle dispose :

« Article premier : La présente loi crée une Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées, en abrégé « la Haute Autorité ».

La Haute Autorité est une institution administrative indépendante, chargée de promouvoir et de renforcer la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées dans les administrations, les établissements publics, les entreprises privées et les organismes non étatiques.

Elle jouit d’une autonomie administrative et financière.

 

Article 2 : La Haute Autorité a notamment pour attributions de :

— veiller à la mise en œuvre, au sein de l’administration publique, des établissements publics ou de toutes personnes morales légalement constituées, des actions appropriées de formation et de mise en conformité, visant à prévenir la corruption et les infractions assimilées ;

— évaluer périodiquement les instruments juridiques et les mesures administratives de lutte contre la corruption, notamment au moyen d’indicateurs et d’analyses statistiques ;

(…)

— coopérer avec les autorités judiciaires compétentes en matière de corruption et infractions assimilées ; »

 

VIS-A-VIS DE L’OPINION INTERNATIONALE :

Vous savez aussi que le détournement de fonds publics que vous avez suscité et obtenu constitue une violation d’instruments internationaux pertinents. Notamment :

—  1. La Convention relative à la lutte contre la corruption impliquant des fonctionnaires des Communautés européennes ou des fonctionnaires des États membres de l’Union européenne, adoptée par le Conseil de l’Union européenne (UE) le 26 mai 1997 ;

— 2. La Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales, adoptée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le 21 novembre 1997 ;

— 3. La Convention pénale sur la corruption, adoptée par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe le 27 janvier 1999 ;

— 4. La Convention civile sur la corruption, adoptée par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe le 4 novembre 1999 ;

— 5. La Convention (Charte) sur la prévention et la lutte conte la corruption de l’Union Africaine (UA) adoptée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine le 12 juillet 2003 ;

— 6. La Convention de l’Organisation des Nations Unies (ONU) contre la criminalité transnationale organisée, entrée en vigueur le 29 septembre 2003 ;

— 7. La Convention de l’Organisation des Nations Unies (ONU) contre la corruption dite Convention de Merida, adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 31 octobre 2003 à New York, ouverte à la signature en décembre 2003 à Merida (Mexique), et entrée en vigueur le 14 décembre 2005. Convention ratifiée par la France où elle est donc applicable en droit, elle porte notamment sur :

  • La corruption d’agents publics étrangers et de fonctionnaires d’organisations internationales publiques ;
  • Les soustractions détournements ou autres usages illicites de bien par un agent public ;
  • Le blanchiment du produit du crime ;
  • L’entrave au bon fonctionnement de la justice.
  • Des infractions dont l’incrimination est préconisée en matière de : trafic d’influence (article 18), d’abus de fonction (article 19), d’enrichissement illicite (article 20), de corruption et d’enrichissement dans le secteur privé (articles 21 et 22), et de recel (article 24).

— 8. La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée à Addis-Abeba (Ethiopie), le 30 janvier 2007.

 

Au total donc, M. VALLS, tous ces instruments juridiques français, togolais et internationaux, nous amènent à constater que, outre la réprobation morale universelle, vous ne pouvez que tomber sous le coup de la loi.

 

  1. VALLS,

Revenons maintenant à votre déclaration, au Togo, jugeant que la situation qui y prévaut irait « dans le bon sens ». Confrontons cette plaisante déclaration aux faits.

L’histoire contemporaine, elle, retient surtout que le clan EYADEMA-GNASSINGBE, au pouvoir depuis 50 ans maintenant est la plus longue et la plus sanglante dictature familiale dans le monde après celle de la Corée du Nord.

Un régime de type monarchique, hier dirigé par Etienne EYADEMA qui fit effraction dans l’histoire mondiale en revendiquant, le 13 janvier 1963, l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO, père de l’indépendance togolaise et premier président démocratiquement élu du Togo. Ce fut lors du premier coup d’Etat sanglant de l’Afrique indépendante. Coup d’Etat notoirement fomenté par le gouvernement Charles De GAULLE – Jacques FOCCART.

Le crime de Sylvanus OLYMPIO ? Avoir voulu parfaire la souveraineté politique conquise par le Togo le 27 avril 1958, et proclamée le 27 avril 1960, en créant une monnaie nationale pour consolider sa souveraineté économique.

Quatre ans après cette tragédie, le même FOCCART fomentait un nouveau putsch le 13 janvier 1967 pour porter Etienne EYADEMA au pouvoir le 14 avril 1967.

EYADEMA régna 38 ans avant qu’à sa mort, annoncée le 5 février 2005, son fils, Faure Essozimna, soit porté au pouvoir au terme d’un triple coup d’Etat, militaire, constitutionnel et électoral qui, selon une Mission de vérification des faits mandatée au Togo par l’ONU, fit de 400 à 500 morts, et selon la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH), plus de 1 000 morts. Une peccadille, n’est-ce pas, M. VALLS ?

Dans quelques semaines, le 14 avril 2017 marquera la 50e année de règne des EYADEMA-GNASSINGBE. Un clan familial congénitalement illégal et illégitime, jamais reconnu par le peuple togolais.

Ce qu’ont signifié les 50 ans de régime de dictature du clan des EYADEMA-GNASSINGBE ?

Une sanglante épopée laissant dans son sillage plus de 10 000 morts. Pour une population actuelle de 6 200 000 habitants, c’est un vrai génocide qui n’aura épargné ni civils, ni policiers, ni militaires. Parmi les plus marquants de ces assassinats, on peut citer ces quelques crimes de masse :

— 10/11 avril 1991 : Plus de 28 morts, dont une femme enceinte portant un bébé au dos, lors des massacres de la Lagune de Bè ;

— 27 avril 1991 : 50 morts lors d’affrontements entre communautés Kabyè et Kpélé à Bodjé-Médjé autour de la commémoration de la fête de l’indépendance, le 27 avril 1991 ;

— Juin 1991 : 50 morts à Lomé lors de la première grève générale illimité exigeant la démission d’EYADEMA ;

— 28, 29 octobre 1991 : 31 morts lors de manipulations orchestrées par des responsables du RPT à Barkoissi (Préfecture de l’Oti) ;

— 7, 8, 9 novembre 1991 : 17 morts lors d’affrontements fomentés par des manipulations des hommes de main du RPT à Guerin-Kouka (Préf. de Dankpen) ;

— 28 novembre 1991 : 30 morts à Lomé au début du putsch qui commença contre les institutions de la transition ;

— 3 décembre 1991 : plus de 400 morts lors de l’assaut sur la primature à Lomé ;

— 30 mai 1992 : 80 morts lors de la répression militaire qui a suivi les affrontements interethniques à Sotouboua ;

— 25 janvier 1993 : plus de 100 morts lors des massacres des populations civiles par des militaires à Fréau Jardin à Lomé ;

— 30 et 31 janvier 1993 : plus de 50 morts lors des massacres des populations civiles par des militaires au Quartier Bè, à Lomé ;

— Nuit du 24 au 25 mars 1993 : plus de 100 morts lors de l’épuration ethnique et de soldats démocrates de l’armée togolaise, à Lomé ;

— 25, 26, 27 août 1993 : 22 morts lors de la répression qui marqua l’élection présidentielle du 25 août 1993 à Agbandi ;

— 25 août 1993 : 50 morts lors de la campagne de boycott de la mascarade d’élection présidentielle du 25 août 1993 à Lomé ;

— 5 au 8 janvier 1994 : Plus de 200 morts, après l’annonce d’une « attaque » d’assaillants sur Lomé ;

— Juin 1998 : Plusieurs centaines de civils non armés et de soldats sommairement exécutés par les forces de sécurité togolaises et probablement jetés en haute mer d’un avion ou d’un hélicoptère dont les corps ont été rejetés sur les côtes togolaises, avant, pendant et après l’élection présidentielle du 21 juin, selon un Rapport d’Amnesty International ;

— 20 novembre 2004 : Plus de 300 morts lors d’une bousculade délibérément organisée au terme d’une marche de soutien à Eyadéma au Palais présidentiel de Lomé II ;

— de février à mai 2005 : Plus de 1 000 morts, selon la LTDH, lors de la sanglante répression organisée par le régime RPT avant, pendant et après une mascarade électorale visant à remettre le pouvoir à Faure E. EYADEMA-GNASSINGBE au décès de son père ; en violation de toutes les dispositions constitutionnelles.

 

  1. VALLS,

L’usage en France est que pour préparer de tels voyages le Premier ministre soit s’informé sur l’histoire et les réalités de la vie sociopolitique du pays visité. Votre fonction vous donnait même le droit de consulter les archives gouvernementales les plus secrètes, les fonds de la Bibliothèque nationale mais aussi et surtout les rapports, études et notes de votre agence de renseignements, en l’occurrence la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Vous ne pouviez ignorer ces abominables crimes de sang commis au Togo depuis 50 ans et dont il ne serait pas exagéré de dire qu’ils relèvent du crime contre l’humanité.

Quant aux crimes économiques, si vous les ignoriez, laissez-nous vous dire qu’au long des presque 27 ans qui nous séparent de l’historique soulèvement populaire du 5 octobre 1990 par lequel le peuple togolais tenta héroïquement de se débarrasser du régime d’EYADEMA, la situation économique n’a cessé de se dégrader. Précisément, du fait du renforcement du parasitisme de la « gestion » prédatrice du clan familial au pouvoir. « Gestion » faite de corruption, de pillage, de gabegie, d’irresponsabilité, d’apatridie.

Rappelons que, du vivant même d’EYADEMA-père, cette faillite fut solennellement et formellement établie quelques mois après l’insurrection populaire du 5 octobre 1990 par la Déclaration de faillite que la Conférence nationale adopta à sa séance du 16 juillet 1991.

La situation n’a cessé de se dégrader depuis ce constat. EYADEMA se souciait moins d’enrayer la crise économique dans laquelle il avait plongé le pays, que d’accaparer les maigres ressources publiques pour reconquérir ses prérogatives et consolider son pouvoir ébranlé. Toujours à cette crasse inconscience, il cru engranger plus de ressources en œuvrant, « fièrement », à inscrire le Togo parmi les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) ; renforçant ainsi le contrôle des intérêts étrangers sur l’économie togolaise. Ce dont peuvent témoigner les privatisations tous azimuts, le développement de l’ultralibérale zone franche… EYADEMA trouvait d’autant plus d’intérêt à cette saignée ultralibérale que les privatisations/liquidations des entreprises publiques, lui permettaient de transférer des biens publics dans les mains d’une camarilla essentiellement composée du clan ethnico-régionaliste et familial par laquelle il contrôlait l’appareil d’Etat.

Sentant venir sa mort, il se hâta d’organiser sa succession autour de Faure E. EYADEMA-GNASSINGBE, cœur de son dispositif de prédation. Des journaux ont relaté, sans démentis, comment il transféra à ce dernier sa propre signature et celle de son autre fils Kpatcha sur les comptes qu’il détenait en Suisse.

Avec sa disparition et l’accession au pouvoir de Faure EYADEMA-GNASSINGBE, au-delà du renforcement du contrôle de l’économie togolaise par les intérêts étrangers, la prédation systématique des biens publics au profit du clan familial des EYADEMA-GNASSINGBE et de leurs alliés s’intensifia si gravement qu’elle devint un scandale public permanent que ne put masquer Faure lui-même qui reconnut, lors de la délivrance d’un message à la Nation le 26 avril 2012, que :

« Lorsque le plus petit nombre accapare les ressources au détriment du plus grand nombre, alors s’instaure un déséquilibre nuisible qui menace jusqu’en ses tréfonds la démocratie et le progrès ».

De fait, toutes les sociétés d’Etat, toutes les régies financières (Trésor, Douanes, Impôts), toutes les entreprises publiques et sociétés d’Etat :

— Société Nationale des Phosphates du Togo (SNPT) ;

— Port Autonome ;

— Société aéroportuaire de Lomé-Tokoin (SALT) ;

— les sociétés nationales de télécommunications (TOGO TELECOM, TOGOCEL) ;

— le secteur de l’énergie et du traitement des eaux (CEET-Contour global, Régie des eaux) ;

— les établissements publics de crédit (banques, assurances, LONATO) ;

— etc.

Tous sont passés, dans la plus totale opacité, sous le contrôle du clan familial et autres proches du régime. En violation de la Constitution, des membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires de l’Etat, au premier rang desquels le Président de la République [cf. révélation sur l’actionnariat de la société aéroportuaire de Lomé (SALT), filiale de la société des Aéroports de Paris, en France dont feu Eyadéma GNASSINGBE est toujours actionnaire], ont des intérêts comme actionnaires dans des entreprises privées.

De même est tombée depuis lors dans une gestion opaque l’exploitation des nombreuses richesses minières dont dispose notre pays : phosphate, clinker, fer, or diamant qui, entreprise en toute illégalité est totalement soustraite à toute comptabilité nationale où elle ne figure plus. C’est ce qu’a dernièrement révélé le scandale des « Panama papers » qui a informé sur la participation de membres du gouvernement à l’actionnariat des cimenteries du groupe WACEM dont la gestion a été confiée depuis une dizaine d’années à un groupe indien.

C’est ainsi que, les uns après les autres, les rapports de nombre d’institutions traitant de la transparence dans les industries extractives comme l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) ne font que confirmer année par année.

Quant aux chantiers de nos infrastructures routières, ils tournent généralement court parce que les fonds affectés à leur réalisation sont systématiquement détournés, par milliards, comme c’est actuellement le cas pour la route Lomé – Vogan – Anfoin, paralysée depuis plus d’un an et demi et dont 15 milliards se sont « évaporés » sur les 32 milliards débloqués pour le début des travaux.

Le Fonds d’entretien routier (FER), organisme parapublic en charge de la gestion et de l’entretien de nos routes : 20 milliards de sa recette mensuelle se sont également « évaporés » en 2007. Mis en cause pour ce spectaculaire détournement, son directeur après s’être enfui quelques temps, est revenu se voir promouvoir à la direction d’une autre société d’Etat.

C’est ainsi que la corruption, déjà endémique sous le régime d’EYADEMA est devenue une gangrène rongeant, corps et biens, l’Etat et la société togolaise. Elle trouve un terrain particulièrement favorable dans le trafic de drogues et autres produits stupéfiants. Sévissant au sommet de l’Etat dès l’époque d’EYADEMA, il défrayait déjà la chronique et faisait, dans la CIA-FACTBOOK, qualifier le Togo de « hub » africain pour la cocaïne. Systématisé depuis et érigé en industrie, il range aujourd’hui le Togo parmi ces « Narco-États-voyous » dont le sommet, comme en Guinée-Bissau, est tenu par des trafiquants. Ainsi arrive-t-il que, malgré la Loi du silence, le Togo défraye la chronique des scandales internationaux ; par exemple lorsque des bateaux placés sous la responsabilité de l’Etat togolais sont arraisonnés transportant des tonnes de drogue.

Mais, plus préoccupant est ce renversement par quoi le gendarme devient voleur, lorsque les institutions chargées de réprimer et éradiquer la corruption œuvrent à la répandre ; lorsque de la base aux plus hautes hiérarchies, les forces de sécurité et de défense, la Police, la Gendarmerie, l’appareil judiciaire et toutes les élites publiques et privées mettent tout leur génie à perpétrer ces crimes économiques et à étouffer la dénonciation de cette gangrène qui mine le pays de la base au sommet de l’Etat.

Du fait de ces malversations, on voit d’année en année s’intensifier le flux des transferts illicite de capitaux hors du Togo, faisant du pays une plaque tournante du pillage et du blanchiment d’argent sale.

 

  1. VALLS,

Vous ne pouviez ignorer ces réalités. C’est donc en connaissance de cause que vous avez choisi de soutenir le régime responsable de cette catastrophique gestion publique en proclamant qu’elle « va dans le bon sens ». Dans le sens de votre frénétique quête du pouvoir assurément.

Mais, peut être aussi au delà. En effet, vu que tous les gouvernements français de la Ve République ont soutenu et maintenu en place la dictature togolaise, nous sommes en droit de penser que votre soutien au régime de Faure EYADEMA-GNASSINGBE relève d’une volonté nationale.

Pour quelles conséquences ?

Tout dernièrement, encore plus inquiétant, est l’information qui a secouée l’opinion, venant de révélations faites par des dignitaires mêmes du régime écœurés par l’inhumanité et le cynisme des membres du clan familial au pouvoir, comme ce fut le cas pour vous, sur ce qui se serait passé la nuit du 12 au 13 janvier 2017. C’était à l’occasion de la « commémoration » de l’assassinat du président Sylvanus OLYMPIO, dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, tragédie inaugurant la captation du pouvoir par les Eyadema-Gnassingbé. 14 citoyens innocents, une femme enceinte et 13 hommes, enlevés en différents endroits du Togo, auraient été conduits sur un autel près du Camp militaire du RIT, à Lomé. Là, ils auraient fait l’objet d’un sacrifice humain supposé maintenir l’actuel président de la République indéfiniment au pouvoir. 12 des hommes, ligotés, auraient été égorgés, leur sang répandu sur Faure EYADEMA-GNASSINGBE. Le 13ème aurait été égorgé sur la femme enceinte retenue dans ses liens, et atrocement torturée jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Et, l’actualité brûlante nous montre, avec ce qui s’est passé le mardi 28 février dernier, à quel point la politique mise en œuvre par le régime de l’ancien parti unique RPT, aujourd’hui rebaptisé UNIR, tout en conservant les mêmes pratiques d’arbitraire et de monolithisme va « dans le bon sens » comme vous l’avez dit lors de votre visite.

 

Alors que la tendance des prix des produits pétroliers était baissière sur le marché mondial, ce régime dilapidateur et irresponsable décréta, par deux fois dans le même mois, une hausse injustifiée de ces prix, la deuxième fois, le 27 février, veille de ce jour fatidique.

 

La réaction populaire, expression d’un sentiment de ras-le-bol généralisé, éclata vers les 10H du matin de ce 28 février en un mouvement spontané de colère. Débordant les appareils syndicaux et politiques corrompus, il voyait les conducteurs de taxis-motos (zémidjans) et les chauffeurs de taxi de Lomé, s’insurger contre cette hausse des prix des produits pétroliers décrétée par le régime.

 

La seule réponse que le régime crut devoir donner à ce légitime mouvement de colère fut de lui opposer une répression des plus brutales, faisant venir un supplément de troupes militaires de l’intérieur du pays qui tira, à balles réelles, sur des manifestants aux mains nues, causant la mort d’un manifestant : Alabi NADJINOUDINE.

 

Des actes aussi rétrogrades, barbares et inhumains commis quelques semaines après votre visite au Togo indiqueraient-ils que les choses vont « dans le bon sens » comme vous l’avez assuré ?

C’est pourquoi, ne vous ayant pas entendu vous dédire sur la base de cette actualité, nous sommes au regret de vous dire que vos propos, exprimant vos choix personnels intéressés, entreront dans l’histoire comme relevant à la fois de la complicité et de l’apologie de crime contre l’humanité.

 

  1. VALLS,

Revenons-en maintenant au fond, à savoir ce dont le 5 milliards de F CFA volés pour vous prive le peuple togolais et ce à quoi ils auraient utilement pu servir.

 

La situation sociale au Togo, se distingue par une grave misère qui voit l’écrasante majorité de la population vivre en dessous du seuil de pauvreté absolue, reléguant notre pays parmi les pays pauvres très endettés (PPTE).

Dans les tout premiers classements des pays sur l’indice du Bonheur, le Togo est arrivé dernier. Au dernier classement, il ne devançait que des pays en guerre depuis des décennies : l’Afghanistan, la Syrie, l’Irak… Il faut le faire !

Avec ses 34 875 F CFA, le SMIG est un des plus bas dans la sous-région Afrique de l’Ouest.

Ces 26 dernières années ont connu une si forte régression des emplois salariés qu’elle eut pour conséquence une généralisation du travail informel comme expression de l’intensification des plans de déréglementation que la combativité des organisations de travailleurs n’est pas arrivée à enrayer.

Avec le fort développement du secteur des taxi-motos, inexistant en 1990, généralisé à partir de 1993 – 1994, on a, à la fois, une réponse déformée à la carence de structuration du secteur du transport public urbain par les autorités nationales et locales mais un providentiel exutoire au chômage des jeunes que ce secteur contribue à absorber très fortement.

 

Dans cette situation, M. VALLS, les 5 milliards de F CFA volés pour vous n’auraient-ils pas été plus utilement investis dans des projets d’éradication de la misère et de la pauvreté ?

 

Une dizaine de jours environ avant d’arriver au Togo pour votre visite « officielle » fin octobre 2016, les enseignants togolais s’étaient mis en grève pour des revendications nécessitant à peine 1 milliard de F CFA pour être satisfaites.

 

Plus généralement, de récurrentes grèves des agents de la Fonction publique revendiquant la revalorisation de leur grille indiciaire, n’ont cessé de paralyser le Togo depuis l’année 2011.

 

Le 1/5e des 5 milliards de F CFA qui vous ont été indûment donnés et les 4 milliards restants n’auraient-ils pas trouvé une affectation plus judicieuse en allant d’une part à la résolution des problèmes des enseignants, d’autre part à l’apaisement de la situation sociale dans la Fonction publique ?

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Quant à la situation de l’Ecole au Togo, savez-vous, M. VALLS, qu’elle est si désastreuse que l’évocation des conditions concrètes dans lesquelles on forme les générations futures du Togo est un scandale et une honte nationale ?

Lors de votre visite au Togo, que n’avez-vous visité les classes pléthoriques de 150 – 200 élèves, tenues par des enseignants uniques, qui n’ont reçu aucune formation pédagogique, les écoles normales ayant été fermées du fait de l’incurie de la politique gouvernementale en matière d’Education ?

 

Que n’avez-vous visité à l’intérieur du pays ces établissements scolaires en matériaux de fortune, où les élèves doivent suivre les cours assis sur des pierres qu’ils vont chercher dans la nature ?

Que n’avez-vous visité la principale Université de la capitale, la plus équipée du pays, où les étudiants doivent venir à 4H du matin retenir une place pour suivre assis les cours ; les retardataires n’ayant d’autre choix que de s’entasser aux portes et fenêtres pour en capter de lointains échos ?

 

Savez-vous que nous avons au Togo un honteux statut d’enseignants dits « volontaires » qui voit ceux-ci directement recrutés par les parents d’élèves qui les gratifient, en guise de salaires, d’un sac de maïs ou de riz par-ci, de quelques tubercules d’ignames, de manioc et d’autres produits vivriers par-là, au hasard de leurs récoltes, y ajoutant les maigres fonds qu’ils peuvent collecter à l’occasion ?

 

C’est pourquoi nous voulons savoir de vous, M. VALLS, si les 5 milliards de F CFA qui vous ont été indûment donnés n’auraient pas été plus utilement investis à sauver l’Ecole togolaise du naufrage dans lequel la politique cynique du régime de Faure EYADEMA-GNASSINGBE l’enfonce inexorablement ?

 

La situation désastreuse de la Santé publique qui a fait de nos hôpitaux de véritables mouroirs est devenue inénarrable dans le lot des paradoxes qui grèvent négativement les secteurs sociaux de notre pays. Comme le relève le Rapport du PNUD intitulé «  PLAN D’ACTION DU PROGRAMME DE PAYS 2008 – 2012 entre le Gouvernement du Togo et le Programme des Nations Unies Pour le Développement », page 4, 6 février 2008 :

« Le secteur sanitaire se caractérise par des taux élevés de mortalité, notamment chez les moins de 5 ans (123 ‰ en 2006) et les femmes (478 pour 100 000 naissances vivantes en 1998). Les services sociaux se caractérisent aussi par une réduction du personnel, une détérioration de la qualité des infrastructures. La prévalence du VIH/sida est estimée à 3,2 % de la population sexuellement active âgée de 15 à 49 ans. La faiblesse des capacités techniques et financières du ministère de la santé et des ONG et associations, et l’absence, au niveau des autres départements ministériels, de stratégies ne facilitent pas la mise en œuvre d’actions de lutte contre le VIH/sida. »

 

Savez-vous, M. VALLS, que les principaux hôpitaux de référence de notre pays manquent des plus élémentaires services de radiologie, de scanner, de dialyse, de laboratoire digne de ce nom du fait de l’absence ou de la vétusté de leurs matériels.

 

Savez-vous par exemple que, dans les  blocs opératoires tant de l’hôpital de Tokoin, à Lomé, que de celui de Kara et de tous les autres du pays, les chirurgiens sont parfois contraints d’utiliser les lampe-torches de leurs téléphones portables pour opérer leurs patients et que la coupure d’eau des robinets les obligeaient à faire acheter aux patients des sachets d’un demi-litre d’eau appelés « pure water » pour se laver les mains avant leurs interventions.

 

Savez-vous que, faute de lits, dans nos maternités, les femmes qui viennent d’accoucher doivent dormir avec leurs bébés à même le sol ?

 

Comment s’étonner, dans ces conditions, que pour la mortalité infantile le Togo continue de figurer aux derniers rangs mondiaux ?

Les patients souffrant de maladies infectieuses ne sont pas séparés de ceux souffrant de maladies transmissibles, situation qui est un véritable bouillon de culture pour les maladies nosocomiales.

Les morgues de nos hôpitaux sont souvent en panne, faisant déborder celles qui se maintiennent. Les morts sont parfois acheminés vers d’autres morgues de villes lointaines. Les familles pauvres n’ayant alors d’autre choix que de recourir à la morgue traditionnelle, faite à domicile.

 

Quant aux conditions de vie des populations, le Rapport du PNUD précité, intitulé «  PLAN D’ACTION DU PROGRAMME DE PAYS 2008 – 2012 entre le Gouvernement du Togo et le Programme des Nations Unies Pour le Développement », et daté du 6 Février 2008, en présentait le tableau catastrophique suivant :

« 2.2. Au plan du bien être des populations, ce marasme économique a nui à la situation sociale et a aggravé la pauvreté. En effet, 61,7 % des Togolais vivent en dessous du seuil de pauvreté ; elle est encore plus difficile en milieu rural où vivent 79,7 % de ces populations pauvres. Les zones géographiques les plus affectées sont les régions des Savanes, Centrale, de la Kara et Maritime où le taux de pauvreté se situe respectivement à 90,5 %, 77,7 %, 75,0 % et 69,4 %. A cette pauvreté massive s’est ajoutée une montée sans précédent de la vulnérabilité, une des conséquences de la crise sociopolitique. Cette situation est due à la faiblesse des capacités productives de cette frange de la population, notamment pour les populations vulnérables du monde rural, faiblesse découlant principalement du difficile accès aux ressources (terre, financement, intrants…). » (Page 4)

N’aurait-on pas pu commencer à remédier à cette honteuse situation en y affectant les 5 milliards de F CFA qui ont été volés pour vous ?

 

La situation de l’emploi, le saviez-vous, n’est pas des meilleures au Togo.

Elle est si désastreuse que le règne du chômage a généralisé partout le travail informel qui, en dehors de l’agriculture qui occupe plus de 80 % de la population, mobilise l’essentiel de la population active, les travailleurs salariés du secteur formel ne constituant qu’une petite minorité.

 

C’est ainsi que dans nos villes, l’essentiel des actifs urbains, qui sont des chômeurs, vivent de petits métiers dont les revenus suffisent généralement à peine à leur assurer un repas par jour.

 

Comme l’a constaté le PNUD dans un de ses rapports sur la situation togolaise :

« 2.3. La situation du marché du travail se caractérise par une forte participation au système d’emploi dans la mesure où 85,1 % de la population en âge de travailler est active. Cette situation résulte principalement du secteur informel, en particulier le secteur agricole, la pêche et l’élevage, qui absorbent près de 70,3% des pauvres. Cette forte participation au système d’emploi cache un fort taux de sous-emploi estimé à 27,0 % dont les jeunes sont les principales victimes. (…)

 

A propos du tribalisme, ce fléau qui continue de menacer la cohésion nationale, vous devez savoir qu’il donne lieu à des pratiques discriminatoires en usage dans l’administration où l’écrasante majorité des postes au niveau du gouvernement et de ses cabinets ministériels, des sociétés d’Etat, de tous les services publics et administratifs sont sous l’enseigne du règne de ce phénomène qui a pris pour nom dans le langage courant : « mendèfrèrisme ».

Il voit s’appliquer un principe non écrit mais solidement établi au nom duquel les fonctions de directeur général, directeur financier, directeur des ressources humaines exclusivement réservées aux Kabyè/les faux diplômes comme base de recrutement ethniciste/la pléthore d’effectifs au mépris de l’efficacité/la prime à la médiocrité comme critère de fonctionnement/l’absence de sanction/l’organisation planifiée d’une ruine des entreprises publiques et sociétés d’Etat.

En outre, la fête des Evala, rituel d’initiation en pays Kabyè, à la différence des fêtes traditionnelles dans toutes les autres ethnies et régions, continuent à être la seule période où on voit un blocage presque total de l’administration togolaise, la plupart des cadres, par respect de cette loi non écrite, étant tenu d’y faire acte de présence pour assurer la préservation de leurs postes.

 

La terrible situation dans laquelle se trouve notre pays relèverait-elle d’une fatalité ?

Non, M. VALLS, 56 ans après la proclamation de notre indépendance, il s’agit plutôt d’une politique gouvernementale qui se refuse à affecter prioritairement aux besoins de développement les moyens essentiels qui lui sont nécessaires. Une politique qui pose un problème moral de fond qui s’illustre par le mépris et le cynisme du président de fait actuellement au pouvoir, votre ami Faure EYADEMA-GNASSINGBE, à l’endroit du peuple qu’il prétend diriger mais qu’il traite comme un peuple esclave taillable et corvéable à merci.

Mais cette politique mise en œuvre par un tel dirigeant, n’est-elle pas celle-là même qui lui est dictée depuis l’étranger par l’ancienne puissance coloniale que vous représentiez au gouvernement de la France ?

Une politique qui a intérêt à faire de notre pays, une République bananière maintenue dans une inacceptable arriération en ce XXIe siècle pour que l’Etat français continue à le dominer et que ses hommes politiques puissent venir s’y servir gracieusement par paquets de milliards de F CFA pour financer leurs campagnes électorales.

Dans ces conditions, de quelle moralité vous réclamez-vous lorsque, haute personnalité politique de premier plan d’un grand pays « riche », c’est dans un pays pauvre classé dans la catégorie des pays pauvres et très endettés (PPTE), où d’importants secteurs de la population ont d’énormes difficultés à s’assurer leur seul repas quotidien, que vous venez chercher en toute illégalité des milliards pour financer votre campagne électorale ?

Or, cet argent, l’argent du sang, de la sueur, des larmes et des souffrances du peuple togolais, est le peu qui lui reste du pillage de notre pays par les multinationales et les grandes puissances comme la France que vous vous êtes attachés à servir non sans un zèle tout à fait remarqué.

Cela n’est-il pas profondément révoltant, amoral, choquant ?

Nous ne l’acceptons pas !

C’est pourquoi, résolus à ne plus nous taire et laisser impunis tant de cynisme, de mépris, d’inhumanité, nous avons décidé d’exiger que vous restituiez au peuple togolais et ce, dans les meilleurs délais, les 5 milliards dont il a été illégalement spolié à votre profit pour une entreprise électorale qui a d’ailleurs tourné court.

 

  1. VALLS,

Ce que nous vous demandons est très simple : Remboursez au peuple togolais ce qui lui a été volé à votre profit !

Déposez sur un compte séquestre en France les 5 milliards de F CFA pour qu’ils soient rendus au peuple togolais à la disparition du régime illégal et illégitime du clan EYADEMA-GNASSINGBE.

Et, faites-le savoir par une proclamation publique !

Pour vous montrer notre détermination à obtenir le remboursement de cet argent volé au peuple togolais, nous vous prévenons que nous prendrons l’initiative de commettre des avocats spécialisés dans les contentieux de biens étatiques mal acquis pour engager les poursuites appropriées devant la juridiction compétente contre vous.

Vous comprenez donc qu’il est de votre intérêt de collaborer avec bienveillance à ce qu’une solution urgente soit trouvée à la présente requête selon la procédure que nous avons ci-dessus indiquée.

Dans cette attente, soyez assuré de notre détermination à obtenir une prompte restitution au peuple togolais des 5 milliards de F CFA (8 000 000 €) dont il a été spolié et à notre profond attachement aux valeurs démocratiques universelles.

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Nous ne saurions terminer cette correspondance sans vous adresser, comme l’exige l’usage, l’expression de nos sentiments distingués.

 

Premiers signataires :

 

  1. Claude AMEGANVI, Architecte DPLG, Secrétaire chargé de la coordination du Parti des travailleurs du Togo, Lomé (Togo) ; 2. Inoussa Ave MOUSSA TRAORE, opérateur économique, Coordinateur général du Mouvement Mobilisons-nous (MMN), Newark, New-Jersey (USA) ; 3. Foligan FOLY-EHKE, psychosociologue, Lomé (Togo) ; 4. Antoine GADJETOR, syndicaliste enseignant, Lomé (Togo) ; 5. Abodoma Joachin SOLOUKOU, syndicaliste enseignant, Kpalimé (Togo) ; 6. Foly SATCHIVI, syndicaliste étudiant, Lomé (Togo) ; 7. Toukpo Kodjovi Daniel AGBESSIME, syndicaliste étudiant, Lomé (Togo) ; 8. Djimon ORE, député à l’Assemblée nationale, Président du Front des patriotes pour la démocratie (FPD), Lomé (Togo) ; 9. Aklesso AGOUZOU, journaliste, Kara (Togo) ; 10. Patrick DIELLO, opérateur économique, Lomé (Togo) ; 11. Idriss SOUBABE, transporteur, Paris (France) ; 12. Edoé WILSON-BAHUN, éducateur, Aného (Togo) ; 13. Mikodjime TOVI, ingénieur agricole, Philadelphie (USA) ; 14. Yaovi Edem KPOTIVI, électrotechnicien, Taverny (France) ; 15. Abdel Raouf ALI MALOUA, agent de sécurité, Rome (Italie) ; 16. Amah D’ALMEIDA, ingénieur biomédical, Chicago (USA) ; 17. Marcel CODJIE, informaticien, Dublin (Irlande) ; 18. Yawo DJELOU, transporteur, Charlotte, Caroline du nord (USA) ; 19. Désiré AGBEKPONOU, expert-comptable, Luxembourg (Luxembourg) ; 20. Emmanuel DANSOU, déclarant en douane, Lomé (Togo) ; 21. Kossi BEBLI, employé, Padoue (Italie).

 

Je m’associe à la « Lettre ouverte à Manuel VALLS » :

Nom, prénom    Profession et/ou qualité    Ville et pays    Signature    Soutien

financier (*)

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(*) N. B. : Les fonds collectés serviront à développer la campagne, à faire publier cette « Lettre ouverte » dans un quotidien français, pour que nul n’en ignore, et à commettre des avocats pour engager les poursuites contre M. Manuel VALLS, s’il se refuse à restituer les 5 milliards de F CFA (8 000 000 €) appartenant au peuple togolais qui lui sont réclamés.

 

Yao Junior L


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