Ex-SIPEFCI condamnée à payer 5 milliards à Béhi / Tout savoir pour tout comprendre sur l’affaire

Comment l’affaire Léopold BEHI – UOC (ex-SIPEF-CI) a traversé tous les degrés de juridiction pénale avant la condamnation de l’ancien employeur à 5 milliards de FCFA de dommages-intérêts.
Le jugement rendu le 23 juillet 2026 par le Tribunal de Commerce d’Abidjan a remis sur le devant de la scène une affaire qui, pendant près de douze années, a alimenté les débats dans les milieux économiques, judiciaires et médiatiques.
Par cette décision, le Tribunal a retenu la dénonciation calomnieuse à la charge de la société United Oil Company (UOC), anciennement SIPEF-CI, et l’a condamnée à verser cinq milliards (5 000 000 000) de francs CFA à son ancien Directeur Général, Léopold BEHI, à titre de dommages-intérêts.
Le Tribunal a également ordonné la publication judiciaire de sa décision dans la presse, sous astreinte. Cette mesure revêt une portée particulière dans une affaire où les accusations initiales avaient elles-mêmes bénéficié d’une importante couverture médiatique.
Ce jugement a été rendu en premier ressort et demeure susceptible d’appel.
Mais comment cette affaire, vieille de près de douze ans, a-t-elle commencé ?
UN DIRIGEANT AU PARCOURS RECONNU
Lorsque Léopold BEHI rejoint SIPEF-CI en 2006, il dispose déjà d’une solide expérience professionnelle acquise au sein de groupes internationaux de référence, notamment Unilever et Coca-Cola Equatorial West Africa.
Recruté dans un contexte où l’entreprise connaissait des difficultés de gestion, il intègre d’abord SIPEF-CI en qualité de Directeur Général Adjoint, avant d’en devenir le Directeur Général.
Pendant huit années, de 2006 à 2014, il participe au redressement et au développement de l’entreprise.
Sous sa direction, les états financiers sont régulièrement arrêtés et certifiés par les commissaires aux comptes, tandis que les organes sociaux exercent leur mission de contrôle conformément aux règles de gouvernance.
Le bénéfice net cumulé après impôt est de 12,8 milliards de franc CFA sous sa gouvernance.
Au terme de l’exercice clos le 31 décembre 2013, près de 2,8 milliards de francs CFA de dividendes sont distribués aux actionnaires.
Le 25 juin 2014, Léopold BEHI quitte officiellement ses fonctions.
Son départ intervient dans un contexte qui ne laisse apparaître aucun différend public : sa gestion a été approuvée par les organes sociaux, les comptes ont été certifiés par les commissaires aux comptes.
À ce moment-là, rien ne laisse présager ce qui va se produire quelques jours plus tard.
LE BRUSQUE REVIREMENT
Moins de deux semaines après son départ, la situation change radicalement. Monsieur BEHI se voit interdire l’accès à ses anciens bureaux. Une plainte est ensuite déposée contre lui auprès de la Police économique.
Les accusations sont particulièrement graves. Son ancien employeur lui reproche d’avoir, durant son mandat de Directeur Général, organisé, avec plusieurs collaborateurs et partenaires, un système de détournement de fonds portant sur près de cinq milliards de francs CFA, au moyen d’opérations présentées comme irrégulières.
Ces accusations connaissent rapidement une importante diffusion médiatique.
Plusieurs journaux de la place relaient les allégations et le nom de l’ancien Directeur Général se retrouve publiquement associé à des faits de détournement et de malversations financières.
Pour un dirigeant dont la réputation professionnelle s’était construite pendant plusieurs décennies au sein de groupes internationaux de renom, les conséquences sont particulièrement lourdes.
Dans le milieu exigeant des dirigeants de grandes entreprises, où la confiance, l’intégrité et la réputation constituent des éléments déterminants d’une carrière, de simples soupçons de malversations financières peuvent suffire à écarter durablement un cadre dirigeant des fonctions de premier plan.
La carrière de Léopold BEHI connaît ainsi un coup d’arrêt brutal. Son honneur et sa crédibilité professionnelle sont profondément affectés.
Selon les éléments ultérieurement développés devant le Tribunal de Commerce, ses activités économiques, ses investissements et plusieurs personnes de son entourage professionnel subiront également les conséquences de cette affaire.
DOUZE ANNEES D’UNE BATAILLE JUDICIAIRE
Les accusations portées contre Léopold BEHI vont alors être soumises, pendant près de douze années, à l’examen des juridictions pénales ivoiriennes.
L’information judiciaire : plusieurs années d’investigations
À la suite de la plainte déposée en juillet 2014, une information judiciaire est ouverte.
Le juge d’instruction procède à de nombreuses investigations. Des auditions sont réalisées, des mouvements financiers sont analysés et différents rapports d’audit et expertises sont versés au dossier.
Tout au long de cette procédure, Monsieur BEHI conteste les accusations portées contre lui ainsi que la valeur probante de certains rapports d’audit, notamment ceux établis postérieurement au dépôt de la plainte.
Après plusieurs années d’investigations, le dossier est finalement renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour jugement.
Premier examen : devant le Tribunal correctionnel, le Parquet abandonne les charges
Le Tribunal correctionnel est la première juridiction appelée à apprécier publiquement les accusations de détournement portant sur plusieurs milliards de francs CFA.
Au cours des audiences, les magistrats examinent les pièces comptables, les rapports d’audit, les expertises ainsi que les arguments développés par les différentes parties.
Devant le Tribunal correctionnel, un tournant majeur intervient : le ministère public, pourtant chargé de soutenir l’accusation, considère à l’issue des débats que les infractions de détournement, d’abus de confiance et de vol reprochées à Monsieur BEHI ne sont pas établies et abandonne les charges.
Cette position est d’autant plus significative que le Parquet est précisément l’autorité chargée de poursuivre les infractions devant la juridiction pénale.
Le Tribunal statue dans le même sens et considère les délits poursuivis comme non constitués.
Pour la première fois depuis le début de l’affaire, les accusations de détournement formulées contre lui ne sont pas retenues par une juridiction de jugement.
Deuxième examen : la Cour d’appel confirme
SIPEF-CI conteste cette décision et interjette appel. L’affaire est alors réexaminée par la Cour d’appel d’Abidjan. Les faits, les pièces comptables, les rapports d’audit, les expertises ainsi que les arguments développés par chacune des parties sont de nouveau soumis à l’appréciation des juges. À l’issue de ce nouvel examen, la Cour d’appel confirme le jugement rendu en première instance.
Les accusations portées contre Monsieur BEHI ne sont, une nouvelle fois, pas retenues. Deux juridictions pénales successives se sont ainsi prononcées dans le même sens.
Troisième examen : le pourvoi rejeté par la Cour de cassation
SIPEF-CI porte ensuite l’affaire devant la Cour de cassation.
Contrairement aux juridictions précédentes, la Haute juridiction n’a pas pour mission de rejuger les faits. Elle vérifie si la Cour d’appel a correctement appliqué la loi et respecté les règles de procédure. Après examen du pourvoi formé par l’ancien employeur de Monsieur BEHI, la Cour de cassation rejette le recours.
Ce rejet rend définitive l’issue de la procédure pénale favorable à Monsieur BEHI. Les poursuites engagées contre lui prennent ainsi définitivement fin.
Trois degrés de juridiction, une même issue
C’est l’un des éléments essentiels pour comprendre cette affaire. Les accusations initiales portaient sur des faits extrêmement graves : un prétendu système de détournement de près de cinq milliards de francs CFA impliquant plusieurs personnes.
Pendant plus de onze années, elles ont fait l’objet d’une instruction et ont ensuite été examinées devant les juridictions pénales. Devant le Tribunal correctionnel, le Parquet abandonne les charges et une décision favorable est rendue à Monsieur BEHI.
Devant la Cour d’appel, cette décision est confirmée. Devant la Cour de cassation, le pourvoi est rejeté, rendant définitive l’issue de la procédure pénale.
C’est seulement après l’achèvement de ce parcours judiciaire que Monsieur BEHI décide d’engager une nouvelle procédure, cette fois non plus pour répondre aux accusations portées contre lui, mais pour demander réparation des conséquences qu’elles ont produites pendant plus d’une décennie.
UNE REPUTATION ET UNE CARRIERE A RECONSTRUIRE
Car si la procédure pénale prend fin, ses conséquences, elles, ne disparaissent pas avec les décisions judiciaires. Pendant plus d’une décennie, les publications consacrées à cette affaire ont durablement associé le nom de Léopold BEHI à des accusations de détournement de plusieurs milliards de francs CFA.
Selon les éléments produits devant le Tribunal de Commerce, cette exposition a profondément affecté son honneur, sa réputation et sa crédibilité professionnelle.
La perte de confiance qui en aurait résulté dans certains milieux économiques et financiers aurait également affecté ses activités, ses investissements et son patrimoine, avec des répercussions professionnelles, économiques et personnelles importantes.
C’est dans ce contexte que Monsieur BEHI saisit le Tribunal de Commerce d’Abidjan afin d’obtenir réparation des préjudices qu’il estime avoir subis.
23 JUILLET 2026 : LE TRIBUNAL DE COMMERCE RETIENT LA DENONCIATION CALOMNIEUSE
Après avoir examiné les prétentions et les pièces produites par les parties, notamment les décisions pénales devenues définitives, le Tribunal de Commerce d’Abidjan rend son jugement le 23 juillet 2026.
La juridiction retient la dénonciation calomnieuse à la charge de United Oil Company (UOC), anciennement SIPEF-CI, et la condamne à verser à Monsieur Léopold BEHI la somme de cinq milliards de francs CFA à titre de dommages-intérêts.
Mais que signifie concrètement une dénonciation calomnieuse ?
Cette qualification ne signifie évidemment pas qu’il serait interdit à une entreprise ou à une personne de saisir la justice lorsqu’elle estime avoir été victime d’une infraction. Toute personne conserve le droit de dénoncer aux autorités compétentes des faits qu’elle estime répréhensibles.
En revanche, porter contre une personne des accusations aussi graves que le détournement de plusieurs milliards de francs CFA n’est pas sans conséquence lorsque ces accusations ne sont finalement pas établies devant les juridictions compétentes et qu’elles ont causé un préjudice à la personne mise en cause.
Dans certaines circonstances, la responsabilité de l’auteur de la dénonciation peut alors être engagée et celui-ci peut être condamné à réparer les dommages qui en ont résulté.
Dans cette affaire, le Tribunal de Commerce a estimé que les conditions étaient réunies pour retenir la dénonciation calomnieuse et condamner UOC à réparer le préjudice subi par Monsieur Léopold BEHI.
Une publication judiciaire pour porter également la décision à la connaissance du public
Le Tribunal ne s’est pas limité à accorder des dommages-intérêts.
Il a également ordonné la publication judiciaire de sa décision dans L’Intelligent d’Abidjan ainsi que dans un journal d’annonces légales, sous astreinte.
Cette mesure revêt une portée particulière.
Pendant de longues années, les accusations portées contre Monsieur BEHI ont été largement relayées dans plusieurs organes de presse et ont durablement marqué l’opinion.
La publication ordonnée par le Tribunal permet ainsi que la décision judiciaire intervenue après l’issue définitive des procédures pénales soit, elle aussi, portée à la connaissance du public.
Au-delà de la réparation financière, cette mesure participe donc au rétablissement de l’image et de la réputation de l’ancien dirigeant dans l’espace public.
UNE AFFAIRE QUI N’EST PAS ENCORE DEFINITIVEMENT ACHEVEE
La décision du 23 juillet 2026 constitue une étape importante dans cette longue affaire.
Elle n’en constitue toutefois pas nécessairement le dernier chapitre.
Le jugement du Tribunal de Commerce a été rendu en premier ressort et demeure susceptible d’appel.
UOC dispose donc, conformément aux voies de recours prévues par la loi, de la possibilité de contester cette décision devant la juridiction d’appel compétente. Il appartiendra, le cas échéant, à celle-ci de se prononcer.
En attendant, le jugement du 23 juillet 2026 vient s’ajouter à une histoire judiciaire commencée près de douze années plus tôt et rappelle une réalité essentielle dans un État de droit : les accusations les plus graves doivent être confrontées aux preuves, soumises au débat contradictoire et appréciées par les juridictions compétentes ; lorsqu’elles ne sont pas établies et qu’elles causent un préjudice, elles peuvent, dans les conditions prévues par la loi, engager la responsabilité de leur auteur.
Après près de douze années de procédures, la suite appartiendra, une nouvelle fois, à la justice.



