
Les investisseurs mondiaux revoient leur façon d’évaluer les risques sur les différents marchés, et les disparités deviennent de plus en plus marquées.
D’après les données du professeur Aswath Damodaran de l’université de New York, analysées par Visual Capitalist , les primes de risque sur actions, c’est-à-dire les rendements supplémentaires exigés par les investisseurs pour compenser le risque spécifique à chaque pays, varient considérablement, reflétant de profondes disparités en matière de stabilité économique , de gouvernance et de conditions géopolitiques.
La divergence est manifeste. Alors que les économies stables se situent autour de 4 à 5 %, les États fragiles ou touchés par un conflit peuvent dépasser les 30 %, ce qui souligne comment l’instabilité géopolitique, la faiblesse des institutions et les difficultés économiques influencent le sentiment des investisseurs.
La méthodologie d’Aswath Damodaran évalue le risque d’investir dans un pays en se basant sur les notations de crédit souverain d’agences comme Moody’s, qui indiquent la probabilité qu’un pays rembourse ses dettes.
Il convertit ensuite ces notations en un « écart de risque par défaut », soit le rendement supplémentaire exigé par les investisseurs pour compenser ce risque. Les marchés boursiers étant généralement plus volatils que les obligations d’État, il ajuste cette mesure du risque en tenant compte de la plus grande volatilité du marché des actions par rapport à celle des obligations.
Ensemble, ces étapes permettent d’obtenir une estimation plus réaliste du risque global auquel les investisseurs sont exposés sur le marché d’un pays. Elles offrent également une vision plus fidèle du risque pays, notamment sur les marchés émergents et frontières où la volatilité est souvent élevée.
Des pays comme la Somalie et le Niger restent exposés à une insécurité persistante et à une instabilité politique, tandis que le Mozambique continue de lutter contre les risques d’insurrection dans son nord riche en gaz.
Ailleurs, la fragilité macroéconomique joue un rôle déterminant. Le Malawi et l’Éthiopie sont confrontés à des pressions monétaires et à des vulnérabilités liées à leur dette, tandis que le Gabon et la Guinée ont connu une instabilité politique, marquée notamment par des coups d’État ou des transitions contestées.
Le Libéria, qui se reconstruit encore après les crises passées, demeure structurellement vulnérable.
Contraste global : où le risque est le plus faible
À l’autre extrémité du spectre, les économies avancées telles que le Canada, l’Allemagne, la Suisse, Singapour, la Suède et les Pays-Bas affichent toutes des primes de risque sur actions d’environ 4,2 %, ce qui en fait des destinations d’investissement parmi les plus sûres au monde.
Les États-Unis se situent légèrement au-dessus, à 4,5 %, mais restent fermement dans la catégorie des pays à faible risque.
Ces marchés bénéficient d’institutions solides, d’une gouvernance stable, de marchés de capitaux profonds et d’environnements politiques prévisibles – des facteurs largement absents des économies africaines à plus haut risque.
Pour les investisseurs, cet écart met en lumière une réalité bien connue : si l’Afrique offre un fort potentiel de croissance, elle exige également des primes de risque nettement plus élevées, ce qui influence les flux de capitaux et les décisions d’investissement sur l’ensemble du continent.



