La France restitue un tambour sacré pillé dans ce pays ouest-africain après plus de 100 ans
La France restitue un tambour sacré pillé dans ce pays ouest-africain après plus de 100 ans

Plus d’un siècle après sa confiscation durant la période coloniale, la Côte d’Ivoire a récupéré un tambour sacré auprès de la France, marquant un moment majeur pour la restitution culturelle sur le continent.
Le Djidji Ayôkwé, un tambour parlant massif sculpté dans du bois d’iroko, mesure plus de trois mètres de haut et pèse environ 430 kilogrammes.
L’immense tambour parlant est arrivé à l’aéroport de Port Bouët à Abidjan vendredi à 8h45, marquant la fin d’un voyage de 110 ans qui avait commencé lorsque les autorités coloniales s’en étaient emparées en 1916.
Pour la communauté Ebrié, il a longtemps servi de pièce maîtresse cérémonielle, traditionnellement utilisée pour signaler le danger, mobiliser les communautés et rassembler les villages pour des événements importants.
Selon la BBC, le tambour a été retiré de Côte d’Ivoire en 1916 et emmené en France en 1929, puis finalement exposé au public dans des musées parisiens, notamment le Trocadéro et plus tard le musée du Quai Branly.
Son retour s’inscrit dans une démarche plus large de la France, qui œuvre depuis 2017 à la restitution des trésors culturels africains spoliés durant la période coloniale.
Parmi les restitutions importantes précédentes, on peut citer les objets royaux du Bénin, des sabres historiques rendus au Sénégal et la restitution par l’Allemagne de plus de 1 100 bronzes du Bénin au Nigeria.
L’Italie a également rapatrié des reliques et des manuscrits d’églises pillés en Éthiopie dans les années 1930.
Un retour historique pour le peuple Ébrié
Le Djidji Ayôkwé est arrivé à Abidjan à bord d’un avion affrété dans une caisse spécialement renforcée portant la mention « fragile », où il a été accueilli par des chefs locaux, des danseurs traditionnels et des membres de la communauté Ebrié.
La ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck, a décrit ce moment comme « une journée extraordinaire pour notre patrimoine et un acte de justice attendu depuis longtemps » .
« Nous vivons un moment de justice et de mémoire qui marque enfin le retour des Djidji Ayôkwé sur leur terre d’origine », a-t-il déclaré à la BBC.
Aboussou Guy Mobio, chef de la communauté d’Adjamé-Bingerville, a déclaré : « Après une longue absence, cet instrument sacré revient à son peuple et c’est un honneur et un soulagement pour nous de l’accueillir. C’est la pièce manquante du puzzle qui revient aujourd’hui… Recevoir cet instrument sacré est un soulagement, mais c’est aussi une autre forme de lien avec nos ancêtres qui lui étaient très proches. »
Ce tambour est le premier des 148 objets que la Côte d’Ivoire espère récupérer auprès des collections françaises. Son retour a été rendu possible grâce à une loi spéciale votée par le Parlement français autorisant la restitution des biens culturels de l’époque coloniale.
La France travaille également à un cadre juridique plus large visant à simplifier les futurs rapatriements, qui est actuellement en attente d’examen par l’Assemblée nationale.
Pour le peuple Ebrié, le Djidji Ayôkwé est plus qu’un artefact, c’est un morceau d’identité et d’histoire restauré, marquant la fin d’une séparation d’environ 110 ans de sa terre natale.



