Sénégal : un Français de 73 ans accusé d’avoir exploité plus de 150 enfants pendant 16 ans
Pierre Robert, surnommé « Peter Babtou », est accusé d'être le cerveau d'un réseau de prédation sur mineurs entre la France et le Sénégal

Il se faisait appeler « Peter Babtou ». Pendant seize ans, cet homme de 73 ans aurait bâti depuis la France un système criminel d’exploitation d’enfants au Sénégal. L’ampleur présumée de l’affaire a provoqué un séisme dans les deux pays.
Un réseau construit sur la misère
Restaurateur installé à Beauvais, dans l’Oise, Pierre Robert effectuait de fréquents séjours à Dakar, notamment dans le quartier populaire de la Médina. Selon les enquêteurs, il y aurait mis en place un réseau d’intermédiaires chargés de recruter des mineurs parmi les enfants des rues et les jeunes issus de familles défavorisées.
Pour financer ce dispositif, il aurait envoyé plus de 50 000 euros à ses contacts au Sénégal, couvrant le recrutement des victimes, la location de logements et la production de contenus criminels. Les jeunes garçons ciblés avaient entre 5 et 17 ans.
Une arme pour briser toute résistance
L’un des aspects les plus glaçants de l’affaire concerne l’usage présumé du VIH comme outil de contrôle. D’après les éléments de l’enquête, Pierre Robert aurait demandé à certains de ses intermédiaires de faire contaminer des mineurs, afin de les maintenir sous emprise et de leur ôter tout espoir de sortie. Une accusation qui a profondément choqué l’opinion publique des deux côtés de la Méditerranée.
Les enquêteurs estiment que plus de 150 enfants pourraient avoir été victimes de ce réseau, qui aurait fonctionné sans interruption pendant une grande partie de la période 2009-2024.
Le coup de filet franco-sénégalais
L’enquête, menée conjointement entre la justice française et la police sénégalaise, a débouché sur deux vagues d’arrestations. Pierre Robert avait été interpellé en France en avril 2025. Le 8 février 2026, quatorze suspects ont été arrêtés à Dakar et présentés à un juge, dont quatre hommes présentés comme des intermédiaires clés du réseau. Parmi eux, un témoin a décrit comment il avait été progressivement manipulé pour recruter de jeunes garçons à la demande du Français.
Placé en détention provisoire, Pierre Robert nie les faits qui lui sont reprochés. L’instruction judiciaire se poursuit des deux côtés, et de nouvelles révélations continuent d’émerger sur l’étendue présumée de sa prédation.
Un profil insoupçonnable
Certains médias l’ont déjà surnommé « l’Epstein français ». Pourtant, Pierre Robert passait pour un homme ordinaire : un restaurateur connu dans sa ville, sans antécédents judiciaires apparents. C’est précisément ce profil rassurant qui lui aurait permis, selon les enquêteurs, d’agir aussi longtemps sans éveiller les soupçons.
Cette affaire soulève une fois de plus la question des réseaux d’exploitation d’enfants organisés entre l’Europe et l’Afrique, et du temps qu’il faut aux autorités pour les démanteler. Pour les 150 victimes présumées, le chemin de la justice ne fait que commencer.



