
Ce lundi 6 avril 2026, la République Démocratique du Congo s’arrête. Par décret officiel, la journée est déclarée chômée et payée sur l’ensemble du territoire national, en mémoire d’un homme qui a défié la colonisation avec ses seules convictions : Simon Kimbangu.
Un prophète, une date, une nation
Le 6 avril n’est pas une date ordinaire pour le Congo. C’est en ce jour de 1921 que Simon Kimbangu accomplit ce que ses fidèles considèrent comme son premier miracle : la guérison de Maman Kiantondo, une jeune femme donnée pour mourante, dans le village de Ngombe-Kinsuka. Ce geste fondateur allait déclencher l’un des mouvements spirituels les plus puissants d’Afrique centrale.
Cent cinq ans plus tard, cette date résonne toujours. Elle est désormais inscrite dans le calendrier officiel congolais comme la « Journée du Combat de Simon Kimbangu et de la Conscience Africaine », en application de l’ordonnance présidentielle du 30 mars 2023.
Un homme condamné à mort, une Église qui survit
Né vers 1887 dans le Bas-Congo, Simon Kimbangu est baptiste de formation. Mais c’est sa propre voie qu’il trace à partir de 1921, refusant l’autorité spirituelle et politique des colonisateurs belges. Ses rassemblements attirent des milliers de personnes. Les autorités coloniales s’affolent.
En quelques mois, il est arrêté, jugé, et condamné à mort. La peine est commuée en prison à perpétuité par intervention du roi Albert Ier de Belgique, mais Simon Kimbangu restera incarcéré jusqu’à sa mort en 1951, après trente ans de détention. Ses partisans sont dispersés, exilés, persécutés. L’Église Kimbanguiste est interdite.
Et pourtant, elle survit. Clandestinement. Obstinément. Portée par des fidèles qui refusent d’oublier.
Une Église qui compte des dizaines de millions de fidèles
Aujourd’hui, l’Église Kimbanguiste est l’une des plus grandes institutions religieuses d’Afrique. Elle compte des dizaines de millions de fidèles à travers le continent et la diaspora, et est reconnue par le Conseil Œcuménique des Églises depuis 1969. À sa tête, Simon Kimbangu Kiangani, petit-fils du fondateur et figure spirituelle incontournable en RDC, a personnellement remercié le président Félix Tshisekedi pour l’officialisation de cette journée fériée.
Le message est politique autant que spirituel : reconnaître Simon Kimbangu, c’est reconnaître que la résistance africaine a précédé les indépendances, que la conscience noire s’est éveillée bien avant les discours officiels de décolonisation.
Le 6 avril 2026 : une commémoration nationale
Ce jour férié n’est pas qu’un repos accordé aux travailleurs. C’est une affirmation collective. Des cérémonies se tiennent à Nkamba — la ville sainte des Kimbanguistes dans le Bas-Congo — ainsi qu’à Kinshasa et dans les grandes villes du pays. Les rues se vident, les familles se rassemblent, les discours rappellent ce qu’un homme seul a osé faire face à l’empire colonial.
Le gouvernement a également annoncé son intention d’intégrer davantage les figures historiques comme Kimbangu dans les programmes scolaires et universitaires, pour que les jeunes générations connaissent ceux qui ont résisté avant qu’on leur donne le droit de le faire.
Pour des millions de Congolais, le 6 avril est désormais ce que d’autres pays réservent à leurs héros fondateurs : une journée pour se rappeler d’où l’on vient, ce qu’il a fallu endurer pour exister, et pourquoi cela compte encore aujourd’hui.
Un prophète emprisonné. Une foi qui n’a jamais ployé. Un pays qui, cent cinq ans après, choisit de s’en souvenir officiellement.



