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Tunisie : la colère gronde après les coupures d’eau et d’électricité

La canicule et les pénuries de services essentiels nourrissent une contestation qui vise désormais directement le président Kaïs Saïed.

À Tunis, la chaleur n’est plus le seul motif d’exaspération. Plusieurs centaines de personnes ont défilé jeudi 20 août pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité, la hausse du coût de la vie et le recul des libertés. Dans les rangs, des slogans ont directement visé le président Kaïs Saïed, certains manifestants réclamant son départ.

Le rassemblement avait été lancé par Nafas, un nouveau collectif qui veut réunir des partis d’opposition, des militants indépendants et des citoyens jusqu’ici peu présents dans les mobilisations politiques. Sur les pancartes et dans les prises de parole, les revendications ont mêlé besoins quotidiens et critique du pouvoir.

La canicule met les services publics sous pression

La Tunisie traverse un été marqué par des températures extrêmes, qui ont atteint jusqu’à 50 degrés dans certaines régions. La demande d’électricité a grimpé à des niveaux records. Pour éviter une panne générale du réseau, la compagnie publique a mis en place des délestages dans plusieurs zones.

Ces interruptions ont eu un effet en chaîne. Les stations de pompage fonctionnent à l’électricité, ce qui a aggravé les difficultés d’accès à l’eau potable. Dans plusieurs quartiers, des familles ont dû faire la queue pour remplir des bidons ou chercher des bouteilles dans des commerces rapidement dévalisés.

La pénurie de bouteilles a aussi été alimentée par le ralentissement de certaines usines. Les longues coupures ont perturbé la production, tandis que les fabricants ont rencontré des difficultés d’approvisionnement en matières plastiques. Pour de nombreux Tunisiens, la crise ne relève donc plus d’un simple inconfort estival. Elle touche l’alimentation, l’hygiène, le travail et le budget du foyer.

Ce malaise rappelle les tensions observées ailleurs en Afrique du Nord. En juillet, des habitants de Tripoli avaient également manifesté contre les coupures d’électricité, devenues un symbole de la dégradation des services publics.

Des revendications sociales devenues politiques

À Tunis, les manifestants ne se sont pas limités aux coupures. Ils ont dénoncé le manque de médicaments, la hausse des prix et la perte de pouvoir d’achat. Plusieurs participants ont estimé que les difficultés du quotidien révélaient une absence de vision et des institutions incapables de répondre aux besoins essentiels.

Le ton politique s’est durci. Des slogans entendus pendant la révolution de 2011 ont refait surface, notamment l’appel au départ du pouvoir. D’autres pancartes ont demandé la libération de détenus politiques et la fin des restrictions imposées aux médias, à la société civile et aux voix critiques.

Le collectif Nafas, créé en mai, cherche justement à relier ces deux dimensions. Son discours part de l’eau, de l’électricité et de l’alimentation, mais il vise aussi à reconstruire une opposition plus large. La présence de jeunes enseignants et d’influenceurs montre que la contestation tente de sortir des cercles militants habituels.

Kaïs Saïed face à une contestation plus directe

Élu en 2019, Kaïs Saïed a concentré une grande partie du pouvoir entre ses mains depuis juillet 2021, lorsqu’il a suspendu le Parlement et limogé le gouvernement. Ses adversaires parlent d’une dérive autoritaire. Le président affirme, lui, défendre l’État contre la corruption et les ingérences étrangères.

Depuis cinq ans, les poursuites contre des responsables politiques, des journalistes et des militants se sont multipliées. Une loi adoptée en 2022 contre la diffusion de fausses informations est régulièrement citée par les défenseurs des libertés, qui redoutent son utilisation contre les critiques du pouvoir.

La tension politique est renforcée par d’autres controverses. Au printemps, les propos d’un député tunisien sur les migrantes subsahariennes avaient provoqué une vive indignation et relancé le débat sur le climat politique dans le pays.

Les dernières manifestations marquent surtout un changement de vocabulaire. Les appels au départ de Kaïs Saïed sont devenus plus explicites. Pour le pouvoir, cette radicalisation peut être présentée comme une manœuvre de l’opposition. Pour les protestataires, elle traduit au contraire une colère née de problèmes très concrets, à commencer par l’absence d’eau et de courant.

Une crise qui dépasse la capitale

Le rassemblement de Tunis ne constitue pas un épisode isolé. Des centaines de mouvements sociaux ont été recensés ces dernières semaines dans le pays, souvent autour des pénuries d’eau et des coupures d’électricité. Les régions de l’intérieur, déjà confrontées au chômage et au manque d’investissements, se sentent particulièrement délaissées.

La situation place le gouvernement devant une double urgence. Il doit stabiliser les réseaux d’eau et d’électricité pendant une période de chaleur exceptionnelle, tout en répondant à une défiance politique qui s’étend. Une amélioration rapide des services pourrait faire retomber une partie de la pression. Mais sans réponse durable, les coupures risquent de devenir le point de ralliement d’une contestation plus large.

Pour les Tunisiens descendus dans la rue, la demande tient en quelques mots : pouvoir boire, s’éclairer et vivre dignement. Le message adressé à Kaïs Saïed est désormais clair. La patience s’épuise, et les problèmes du quotidien alimentent une opposition de plus en plus ouverte.

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