
Pendant longtemps, la RDC a été pensée comme un pays sous pression permanente. Un pays trop vaste pour être gouverné pleinement. Trop instable pour imposer sa ligne. Les crises surgissaient à l’Est, la réponse était fragmentée, souvent dictée par des agendas extérieurs. La souveraineté était invoquée, rarement exercée.
Ce cycle est en train de se refermer. Sans brutalité, sans proclamation excessive, Kinshasa a modifié sa posture. Le basculement n’est pas spectaculaire, il est structurel. En qualifiant clairement la situation à l’Est comme une guerre d’agression indirecte, le pouvoir congolais a changé le cadre du débat. Il n’a plus parlé le langage de la victimisation, mais celui de la responsabilité politique.
En assumant une véritable clarté, la RDC a cessé d’être un terrain de projection d’autres Etats pour redevenir un acteur qui pose ses propres lignes.
Redessiner la géométrie des Grands Lacs
La transformation la plus décisive n’est pas militaire. Elle est diplomatique. Longtemps contournée dans les médiations régionales, la RDC est redevenue un passage obligé. Aucun processus sérieux ne peut aujourd’hui s’organiser sans Kinshasa.
Cette centralité nouvelle produit un effet de vérité. Elle oblige les voisins à sortir de l’ambiguïté stratégique. Chaque violation devient lisible. Chaque avancée armée non légitime apparaît pour ce qu’elle est : une tentative de forcer un cadre qui ne leur appartient plus.
Dans ce nouvel équilibre, la RDC ne cherche pas l’escalade. Elle impose la cohérence. Et cette cohérence agit comme une contrainte. Elle déplace le rapport de force sans bruit, mais réellement et durablement.
Tshisekedi, le temps long contre les jugements hâtifs
Félix Tshisekedi n’était pas forcément attendu à ce niveau quand il a été élu pour un premier mandat, en janvier 2019. Beaucoup le disaient mal préparé, trop conciliant, prisonnier d’un héritage plus que porteur d’une vision. Cette lecture était erronée.
Sa force n’a jamais été dans l’esbroufe ou l’agitation. Elle est dans la patience. Tshisekedi gouverne comme gouvernent les hommes qui savent que le pouvoir réel ne s’exhibe pas. Il se construit. Il accepte les lenteurs, consolide les alliances utiles, encaisse les critiques sans infléchir sa trajectoire.
Il n’est ni un chef de guerre, ni un tribun. Il est un organisateur. Il a compris qu’en Afrique centrale, la première victoire consiste à rendre l’État lisible pour ses partenaires et imprévisible pour ceux qui cherchent à le tester.
Un leader africain en devenir
Il est trop tôt pour écrire l’Histoire. Mais il est déjà possible de corriger les caricatures. Félix Tshisekedi déjoue les attentes. Il gouverne sans fureur, mais avec méthode. Il avance sans éclats, mais avec constance.
Dans une région où la brutalité est souvent confondue avec la puissance, il fait un pari inverse : celui du calme stratégique et du temps long. L’avenir dira s’il rejoint la lignée des très grands leaders africains, ceux qui ont marqué l’Histoire. Une chose est acquise : sous sa conduite, la RDC a cessé d’être un objet géopolitique.
Elle est redevenue un sujet.
Et cela, dans les Grands Lacs, change profondément la donne.



