Le Ghana porte la traite négrière à l’ONU : une résolution pour qualifier l’esclavage de crime contre l’humanité
Accra veut que les Nations Unies reconnaissent formellement la traite transatlantique comme le pire crime jamais commis contre l'humanité.

Le Ghana passe à l’offensive sur la scène internationale. Le pays prévoit de déposer en mars 2026 une résolution à l’Assemblée générale des Nations Unies pour faire reconnaître la traite transatlantique des esclaves africains comme le plus grave crime contre l’humanité jamais perpétré dans l’histoire. Une initiative symbolique, mais politiquement puissante.
Mahama porte le dossier depuis Addis-Abeba
C’est le président ghanéen John Dramani Mahama qui a lancé cette initiative, le 15 février 2026, à la clôture du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. Devant ses pairs, il a annoncé la préparation d’une résolution qui reconnaîtrait formellement la gravité historique de l’esclavage racialisé et de ses conséquences persistantes.
La démarche est soutenue par l’Union africaine. Des consultations ont déjà été engagées avec les États membres de la Caricom, qui regroupent les pays des Caraïbes, eux-mêmes directement concernés par l’héritage de la traite négrière.
Pas de réparations, mais une reconnaissance
La résolution ne vise pas à exiger des compensations financières immédiates. Elle se concentre sur la reconnaissance officielle des injustices historiques et de leurs impacts durables : inégalités structurelles, séquelles économiques, fractures sociales qui persistent des siècles après la fin officielle de l’esclavage.
Pour beaucoup, cette distinction est importante. Il ne s’agit pas d’un procès, mais d’un acte de mémoire collective élevé au rang du droit international. Un peu comme les résolutions qui ont reconnu le génocide arménien ou le crime de l’Apartheid.
Pourquoi cette initiative porte un sens particulier pour l’Afrique
Le Ghana n’a pas choisi ce combat au hasard. Accra est l’une des capitales africaines les plus actives sur les questions de mémoire et de réconciliation historique. Le pays accueille depuis des décennies les descendants de la diaspora africaine qui souhaitent renouer avec leurs origines. Des forts négriers comme Cape Coast et Elmina, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, sont devenus des lieux de pèlerinage pour des centaines de milliers de personnes chaque année.
Pour John Mahama, cette résolution s’inscrit dans une vision plus large : faire de l’Afrique un acteur à part entière dans la rédaction de sa propre histoire, plutôt que de la laisser être racontée par d’autres.
Et maintenant ?
La résolution doit encore être déposée, débattue, et acceptée par une majorité de l’Assemblée générale pour avoir une portée juridique ou symbolique. Le processus onusien est long. Mais le simple fait qu’un État africain porte cette cause au plus haut niveau de la diplomatie internationale est, en soi, un signal fort.
L’initiative du Ghana intervient dans un contexte mondial de réexamen des héritages coloniaux : débats sur les restitutions d’oeuvres d’art, révision des programmes scolaires, chute de statues. Le moment, lui, est bien choisi.



