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Guinée : Conakry réclame à la France le crâne de Bokar Biro

Conakry veut inhumer dignement les restes du dernier Almamy du Fouta-Djalon et de trois de ses proches, aujourd’hui conservés à Paris.

La Guinée a officiellement demandé à la France de lui restituer le crâne de Bokar Biro et ceux de trois de ses proches. La requête a été déposée le 27 juillet 2026, après que les autorités françaises ont confirmé avoir retrouvé ces restes humains dans leurs collections.

Le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, a annoncé la démarche jeudi 6 août sur RFI. Les restes concernés appartiendraient à Bokar Biro, à son père, à son frère et à son chef de guerre. Ils sont aujourd’hui conservés au Musée de l’Homme, à Paris.

Une demande officielle déposée fin juillet

Selon Moussa Moïse Sylla, la procédure a commencé à la mi-juillet avec une première demande portant sur des objets personnels de l’Almamy Samory Touré. La partie française a ensuite mené des recherches sur les restes de Bokar Biro et de ses compagnons.

À la fin du mois de juillet, Paris a informé Conakry que les quatre crânes avaient été localisés. Le gouvernement guinéen a alors transmis une demande officielle de restitution le 27 juillet.

Cette démarche repose sur la loi française adoptée en décembre 2023 concernant les restes humains appartenant aux collections publiques. Le texte a créé une procédure permettant à la France de rendre de telles dépouilles à un État étranger à des fins funéraires.

La Guinée a constitué un comité scientifique pour préparer le retour des restes. Les autorités espèrent que la restitution pourra intervenir dans un délai maximal d’un à deux ans.

Bokar Biro, figure de la résistance au Fouta-Djalon

Bokar Biro fut le dernier Almamy de l’État théocratique du Fouta-Djalon. À la fin du XIXe siècle, il exerçait à la fois une autorité politique et religieuse sur ce territoire de l’actuelle Guinée.

Il s’est opposé à l’avancée coloniale française avant d’être tué en 1896. Son corps a été décapité et son crâne emporté en France comme trophée de guerre, une pratique alors utilisée dans plusieurs territoires colonisés.

Pour Conakry, le retour de ces restes dépasse le cadre d’un simple transfert entre musées. Il touche à la mémoire nationale et à la place accordée aux résistants à la colonisation. AfrikMag a déjà suivi ce débat à travers la restitution par la France d’un tambour sacré pillé en Afrique de l’Ouest.

Des obsèques nationales prévues en Guinée

Les autorités guinéennes ne veulent pas exposer les crânes après leur retour. Mohamed Amirou Conté, directeur du Musée national de Guinée et membre du comité scientifique, explique que les restes humains doivent être enterrés dignement conformément aux traditions du pays.

Le lieu d’inhumation de Bokar Biro n’est pas encore arrêté. Deux possibilités sont étudiées, Conakry ou Timbo, ancienne capitale du Fouta théocratique. Le gouvernement prévoit toutefois des obsèques nationales pour cette figure historique.

La demande guinéenne rejoint un mouvement plus large de restitution du patrimoine africain conservé en Europe. En 2020, la France avait rendu une vingtaine de crânes à l’Algérie. Trois autres ont été restitués à Madagascar en 2025. Le débat concerne aussi les objets culturels, après plusieurs années de discussions sur les œuvres africaines emportées pendant la colonisation.

Pour la Guinée, l’objectif annoncé est désormais clair : ramener Bokar Biro et ses proches sur leur terre, puis leur offrir une sépulture conforme aux usages du pays.

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