Japon : une maire prend un congé maternité et fait débat
La responsable de 35 ans confie ses pouvoirs à son adjoint pendant quatre mois, une décision qui relance le débat sur la place des mères dans la politique japonaise.
Une absence de quatre mois suffit à placer une petite ville japonaise au centre d’un débat national. Shoko Kawata, maire de Yawata dans la préfecture de Kyoto, a quitté temporairement ses fonctions ce lundi 20 juillet pour préparer la naissance de son premier enfant. À 35 ans, elle est considérée comme la première maire japonaise en exercice à prendre une période de repos liée à une maternité.
La démarche ressemble à un congé maternité, mais le droit japonais ne la reconnaît pas officiellement comme telle. Les maires sont des responsables élus à statut spécial et ne bénéficient pas du dispositif accordé aux salariées ou aux agentes municipales. La ville a donc dû organiser une solution sur mesure.
Quatre mois loin de la mairie
Shoko Kawata prévoit de s’absenter environ deux mois avant son accouchement, attendu à la mi-septembre, puis deux mois après la naissance. Son retour est prévu avant décembre. Cette période de seize semaines correspond au calendrier qu’elle a choisi en s’inspirant des règles appliquées aux employées de la ville.
Pendant son absence, le maire adjoint Shigeto Nose exercera l’ensemble des pouvoirs municipaux. Il devra gérer les affaires quotidiennes et prendre les décisions au nom de la ville. La maire recevra toutefois un point de situation à distance, environ une fois par semaine, pour les dossiers importants.
Cette organisation vise à éviter un vide dans la conduite de la municipalité. Shoko Kawata a assuré que ses deux adjoints et les services de la mairie étaient prêts. Elle n’a donc pas démissionné et conserve son mandat.
Un cadre juridique qui n’avait pas prévu ce cas
Au Japon, les salariées peuvent généralement arrêter de travailler avant et après une naissance. Les responsables politiques élus ne sont pas couverts de la même manière. Aucune procédure nationale n’indique précisément comment une maire doit interrompre ses activités lorsqu’elle est enceinte.
Cette absence de règle explique pourquoi la période prise par Shoko Kawata n’est pas officiellement un congé au sens du droit du travail. La ville a utilisé les mécanismes qui permettent à un adjoint d’assurer temporairement les fonctions du maire. Le cas pourrait maintenant pousser d’autres collectivités à préparer leurs propres procédures.
La maire a dit avoir été surprise d’apprendre qu’aucune femme occupant la même fonction n’avait encore suivi cette voie. Elle souhaite que son expérience aide à rendre la vie politique plus accessible aux femmes en âge d’avoir des enfants.
Des réactions très partagées
L’annonce faite en mai a provoqué des milliers de commentaires sur les réseaux sociaux japonais. Plusieurs internautes ont salué une décision normale et estimé qu’une élue ne devait pas choisir entre son mandat et sa famille. Des habitants de Yawata lui ont également témoigné leur soutien.
D’autres voix ont jugé son absence incompatible avec les responsabilités d’une maire. Certains critiques ont même affirmé qu’elle aurait dû attendre la fin de son mandat pour avoir un enfant ou quitter son poste. Shoko Kawata a rejeté cette idée. Selon elle, interdire de fait la maternité aux femmes politiques reviendrait à écarter de nombreux profils de la vie publique.
Le débat dépasse donc son cas personnel. Il porte aussi sur la continuité du service public, le salaire des élus pendant une absence et la manière dont les institutions peuvent s’adapter à la parentalité.
Peu de femmes à la tête des villes japonaises
Shoko Kawata avait déjà marqué la politique japonaise en 2023. Élue à 33 ans, elle était alors devenue la plus jeune femme à diriger une ville dans le pays. Diplômée en économie de l’université de Kyoto, elle avait travaillé dans l’administration locale puis comme assistante parlementaire avant de se présenter à Yawata.
Son parcours reste rare. Selon les données citées par la BBC, les femmes ne dirigeaient qu’environ 4 % des 1 720 municipalités japonaises l’année dernière. Le Japon reste aussi le pays du G7 le moins bien classé dans l’indice mondial sur les inégalités entre les sexes publié en 2025.
Cette faible représentation politique contraste avec les efforts du pays pour enrayer la baisse de sa population. Le gouvernement encourage les naissances, mais les femmes continuent de rencontrer des obstacles lorsqu’elles tentent de concilier carrière, responsabilités publiques et vie familiale.
À Yawata, l’expérience de Shoko Kawata sera suivie jusqu’à son retour. Si l’administration fonctionne sans interruption, elle pourrait fournir un modèle pratique à d’autres élues. Elle rappelle surtout qu’un système conçu sans imaginer une maire enceinte finit par devoir s’adapter lorsque cette réalité se présente.



