
Le Kenya est en deuil après le crash d’un hélicoptère survenu le samedi 28 février 2026 dans le comté de Nandi, dans l’ouest du pays. L’accident a coûté la vie à six personnes, parmi lesquelles le député Johana Ng’eno, élu de la circonscription d’Emurua Dikirr. Le drame relance les interrogations sur la sécurité aérienne dans un pays marqué par plusieurs tragédies similaires impliquant des personnalités politiques.
Un hélicoptère pris dans la tempête
Les faits se sont produits aux alentours de 16h25, dans la zone forestière de Chepkieb, à Mosop, comté de Nandi, à environ 300 kilomètres au nord-ouest de Nairobi. L’appareil, un Eurocopter AS 350B3 Ecureuil immatriculé 5Y-DSB, venait de décoller de Tabolwa après une escale forcée. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’hélicoptère avait dû se poser brièvement en raison de fortes pluies.
Lorsque le pilote a tenté de reprendre son vol, l’appareil a évolué à très basse altitude. Il a alors heurté un arbre avant de s’écraser au sol et de prendre feu. Aucun des six occupants n’a survécu. Le commandant de police du comté de Nandi, Samuel Mukusi, a confirmé le bilan à la chaîne Citizen TV peu après le drame.
Johana Ng’eno, un député au parcours atypique
Parmi les victimes, le nom qui retient le plus l’attention est celui de Johana Ng’eno, député d’Emurua Dikirr dans le comté de Narok. Élu pour la première fois en 2013, il en était à son troisième mandat consécutif à l’Assemblée nationale. Il présidait le Comité parlementaire sur le logement, l’urbanisme et les travaux publics, un poste clé dans le cadre du programme national de logements abordables.
Surnommé « Ngong », Ng’eno était connu pour son franc-parler et son tempérament combatif. Défenseur de la communauté Kipsigis dans le comté de Narok, il n’hésitait pas à s’opposer publiquement aux gouverneurs locaux sur les questions foncières et les expulsions liées à la forêt de Mau.
Son parcours universitaire l’avait mené jusqu’en Ukraine, où il avait obtenu un diplôme en droit international à l’Université TSN de Kyiv entre 2003 et 2006. De retour au Kenya, il avait complété sa formation par un diplôme de droit à la Mount Kenya University, puis un master en études internationales à l’Université de Nairobi. En septembre 2025, quelques mois avant sa mort, il avait été admis au barreau en tant qu’avocat de la Haute Cour du Kenya.
Les autres victimes
L’accident a également coûté la vie au capitaine George Were, le pilote de l’appareil, ainsi qu’à quatre passagers : Amos Kipngetich Rotich, officier du Service forestier du Kenya, Carlos Keter, enseignant, Nick Kosgei, photographe, et un sixième passager identifié sous le prénom de Robert, également enseignant dans un lycée. Les dépouilles ont été transférées à la morgue de l’hôpital universitaire Moi d’Eldoret avant que celle du député ne soit acheminée vers Nairobi pour les préparatifs funéraires, supervisés par une équipe de l’Assemblée nationale.
Le président Ruto rend hommage
Le président William Ruto a réagi rapidement sur le réseau social X. « Nos pensées et nos prières accompagnent sa famille, ses amis, le peuple d’Emurua Dikirr et toutes les victimes et familles touchées par le crash d’hélicoptère à Mosop, comté de Nandi », a-t-il écrit. Dans un message séparé, le chef de l’État a qualifié Ng’eno de député « courageux et déterminé », exprimant un « profond choc et une grande tristesse ».
Détail poignant : peu avant de monter à bord de l’hélicoptère, Ng’eno avait prononcé un discours dans lequel il saluait le bilan du président Ruto et prédisait sa réélection en 2027. Le député revenait d’une visite auprès de familles sinistrées par des inondations à Mara Rianta, dans le sud de la vallée du Rift.
Une enquête ouverte
L’Autorité kényane de l’aviation civile (KCAA) et le Département d’enquête sur les accidents aériens ont ouvert une investigation. Des équipements de vol jugés essentiels ont été récupérés sur le site du crash. Les enquêteurs s’intéressent en particulier aux conditions météorologiques au moment du décollage et à la décision de reprendre le vol malgré les intempéries.
Ce drame rappelle d’autres accidents aériens qui ont endeuillé la classe politique kényane. En 2012, le ministre George Saitoti et son adjoint avaient trouvé la mort dans un crash d’hélicoptère. En 2006, cinq députés avaient péri dans un accident d’avion à Marsabit. Des tragédies qui, à chaque fois, soulèvent les mêmes questions sur la sécurité des vols intérieurs au Kenya.



