
Au Kenya, l’histoire du Dr Clement Munyao Katiku continue de susciter interrogations et indignation.
Ancien neurochirurgien respecté, autrefois en poste au Kenyatta National Hospital, il purge aujourd’hui une peine de prison à vie après avoir été reconnu coupable du meurtre d’un haut responsable kényan, dans une affaire dont l’élément central est… un simple téléphone portable d’occasion.
Le Dr Katiku avait bâti une carrière prestigieuse dans le domaine de la neurochirurgie. Diplômé de l’University of Nairobi en 1980 avec un MBChB, il y obtient ensuite un master en médecine humaine et pathologie en 1987. Sa formation se poursuit en Écosse où il décroche, en 1991, un master en médecine légale.
Pendant plusieurs années, il exerce comme neurochirurgien au Kenyatta National Hospital, l’un des plus grands établissements de santé d’Afrique de l’Est, où il est reconnu pour ses interventions délicates sur le cerveau humain.
Selon son récit, tout bascule vers 2005 après l’achat d’un téléphone portable d’occasion. L’appareil, acquis pour environ 2 000 shillings kényans auprès d’un employé de la morgue de l’hôpital, était destiné à sa fille, alors étudiante à la Moi University.
Quelques temps plus tard, celle-ci remet le téléphone à son petit ami. Un geste anodin qui va pourtant déclencher une série d’événements inattendus.
Ce que le médecin ignorait alors, c’est que le téléphone appartenait auparavant à Moses Gituma, un haut responsable de la Central Bank of Kenya. L’homme avait été victime d’un violent braquage au cours duquel il avait été tué. Ses agresseurs avaient emporté plusieurs objets personnels, dont ce téléphone.
Dans le cadre de l’enquête sur le meurtre, la police parvient à retracer la localisation du téléphone volé. La piste mène d’abord au petit ami de la fille du médecin, puis à la jeune femme, avant d’aboutir finalement au Dr Katiku lui-même.
Malgré ses explications affirmant avoir acheté l’appareil sans connaître son origine, les enquêteurs décident de l’inculper pour le meurtre de Moses Gituma. L’affaire est alors largement basée sur la chaîne de possession du téléphone.
En 2009, la justice kényane le reconnaît coupable et le condamne à 30 ans de prison. Convaincu de son innocence, il fait appel de la décision. Mais la procédure prend une tournure inattendue : la peine est finalement aggravée et transformée en condamnation à mort.
Quelques années plus tard, dans le cadre de mesures de clémence présidentielle et de réformes judiciaires au Kenya, sa condamnation est commuée en prison à vie.
Depuis plus de vingt ans, l’ancien neurochirurgien est détenu à la prison de Kamiti Maximum Security Prison, l’un des établissements pénitentiaires les plus sécurisés du pays.
Malgré son incarcération, il continue de mettre ses compétences au service des autres détenus. Il s’est formé comme assistant juridique pour aider les prisonniers à préparer leurs dossiers et continue également d’apporter des soins médicaux informels aux détenus malades ou blessés.
L’histoire du Dr Katiku soulève encore aujourd’hui de nombreuses interrogations sur le rôle des preuves circonstancielles dans certaines procédures judiciaires. Selon lui, la personne qui lui avait vendu le téléphone n’a jamais été poursuivie, et les véritables auteurs du meurtre n’ont jamais été clairement identifiés dans cette chaîne.
Dans plusieurs témoignages depuis la prison, l’ancien médecin met en garde contre les risques liés à l’achat d’appareils d’occasion, rappelant qu’un objet apparemment banal peut parfois cacher une histoire tragique.
« J’ai sauvé des vies pendant des années en tant que neurochirurgien. Aujourd’hui, je me bats simplement pour que la vérité soit un jour reconnue », confie-t-il.
Plus de deux décennies après son arrestation, l’affaire du Dr Clement Munyao Katiku demeure l’une des histoires judiciaires les plus troublantes du Kenya.



