Sénégal : Sonko parle de «cohabitation douce» pendant que les grèves paralysent le pays
Entre les enseignants en colère, les soignants mobilisés et les tensions avec Faye, le rêve PASTEF se heurte à la réalité

C’est une formule qui a fait réagir tout le Sénégal. Début mars 2026, lors d’une rencontre avec les militants du Pastef, Ousmane Sonko a théorisé ce qu’il appelle une «cohabitation douce» avec le président Bassirou Diomaye Faye. Si le chef de l’État ne s’aligne pas sur la ligne du parti, dit-il, on cohabite quand même, mais chacun dans son rôle constitutionnel.
La formule a pris. Les réseaux sénégalais se sont embrasés. Et pas toujours dans le sens espéré par le Premier ministre.
Une tension qui dure depuis novembre 2025
Les divergences entre Sonko et Faye ne datent pas d’hier. Depuis novembre 2025, des observateurs proches des deux camps décrivent des désaccords croissants sur les décisions gouvernementales. Sonko rappelle que le Pastef a porté 90 % de la victoire de 2024. Faye, lui, préside. Et les deux hommes n’ont pas toujours la même vision du chemin à suivre.
Fin mars 2026, le président Faye a pris tout le monde par surprise en reconnaissant publiquement ces tensions lors d’une assemblée de sa coalition «Diomaye Président». Un aveu rare qui confirme que la cohabitation douce n’est pas si douce que ça.
Pendant ce temps, le pays grogne
Le G7, coalition des syndicats d’enseignants, a déclenché son 5e plan d’actions entre février et mars 2026. Débrayages, grèves totales, assemblées générales dans les académies. La raison : le gouvernement n’a pas honoré ses engagements sur l’apurement de la dette sociale des enseignants. Une grève nationale est programmée pour le 31 mars, dans le cadre d’une semaine d’action du 30 mars au 3 avril.
Plus grave : les syndicats dénoncent la suppression annoncée de 3 256 postes d’enseignants pour l’année scolaire 2026, dont près de 2 000 dans le primaire. Les classes sont vides. Les parents sont inquiets. Et les promesses de «rupture» du Pastef sonnent creux pour beaucoup.
Le rêve et la réalité
Le Pastef est arrivé au pouvoir en 2024 avec une promesse forte : changer le système. Deux ans après, le Sénégal fait face à des grèves à répétition dans l’éducation et la santé, des tensions au sommet de l’exécutif et une pression économique que le gouvernement peine à contenir.
La «cohabitation douce» de Sonko est peut-être sincère. Mais pour les enseignants qui font grève et les parents qui ne savent plus quand leurs enfants retourneront en classe, c’est une formule qui sonne comme un luxe politique dans un pays qui a besoin d’unité.



