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Sénégal : le verdict de Rabat tombe, les supporters condamnés à des peines lourdes

Sénégal : le verdict de Rabat tombe, les supporters condamnés à des peines lourdes

C’est fait. Après plus d’un an d’attente et deux reports d’audience, la cour d’appel de Rabat a enfin prononcé son verdict ce lundi 13 avril dans l’affaire des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc depuis les incidents survenus lors de la finale de la CAN 2025. Les peines sont tombées, elles sont lourdes, et elles font déjà grand bruit des deux côtés de l’Atlantique.

Des peines qui vont de six mois à cinq ans de prison

Le tribunal n’a pas fait dans la demi-mesure. Sur les 18 accusés présents au procès, les juges ont distingué trois catégories. Les leaders présumés du mouvement, au nombre de douze, écopent de peines allant de **deux à cinq ans de prison ferme** pour chefs d’émeute et dégradations graves. Ils ont été immédiatement reconduits en cellule après l’annonce du verdict.

Trente autres participants actifs (le groupe intermédiaire) ont été condamnés à des peines de **six à dix-huit mois ferme**. Enfin, vingt-six personnes considérées comme accompagnateurs ou spectateurs passifs ont écopé d’amendes comprises entre 2 000 et 10 000 dirhams (environ 200 à 1 000 euros), assorties de sursis. Elles devront quitter le Maroc sous quarante-huit heures.

Quinze libérés sous caution, mais pas encore libres

Dans un geste interprété comme une tentative d’apaisement diplomatique, quinze accusés ont été libérés sous caution en attendant la suite de la procédure. Ils ne peuvent cependant pas quitter le territoire marocain pendant six mois et doivent se présenter régulièrement aux autorités. Leur sort final reste incertain.

Les familles, réunies à Dakar devant les écrans de télévision, ont réagi par un mélange de soulagement pour ceux qui rentrent et de colère pour ceux qui restent derrière les barreaux.

Un rapatriement express organisé ce mardi

Dès ce mardi 14 avril au soir, les autorités marocaines ont organisé un vol spécial via Air Sénégal pour rapatrier tous les condamnés à des peines légères ou à des amendes. L’opération, coordonnée entre les deux gouvernements, s’inscrit dans une logique de désamorçage des tensions bilatérales.

À leur arrivée à Blaise Diagne, ils seront accueillis par des membres du gouvernement sénégalais et leurs proches. Pour eux, le cauchemar prend fin. Pour les autres, il ne fait que commencer.

Dakar réagit : « des peines disproportionnées »

Le gouvernement sénégalais n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué diffusé lundi soir, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé des « peines disproportionnées » au regard des faits reprochés. Le texte rappelle que les incidents sont survenus dans un contexte de provocation et que la responsabilité du drame est partagée.

Des manifestations ont éclaté lundi soir à Dakar, devant l’ambassade du Maroc. Des centaines de jeunes ont scandé des slogans demandant la libération immédiate des détenus. La police est intervenue pour disperser pacifiquement la foule, mais la tension reste palpable dans la capitale.

Côté marocain : « l’ordre public doit être protégé »

Le procureur général de Rabat a justifié la sévérité des peines par la nécessité de « protéger l’ordre public » et d’envoyer un message clair contre toute forme de violence dans les stades. Il a souligné que des policiers avaient été blessés et que des dégâts matériels importants avaient été constatés dans le centre-ville de Rabat après la rencontre.

L’instance nationale marocaine des droits de l’Homme, qui suivait le dossier de près, a indiqué que le procès s’était déroulé dans le respect de la présomption d’innocence et que chaque accusé avait bénéficié d’un avocat.

Et maintenant ?

Ce verdict met fin à une saga judiciaire qui aura duré plus de quatorze mois. Mais il pourrait bien ne pas être le dernier mot. Les avocats de la défense ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel devant la cour de cassation. De son côté, la Fédération sénégalaise de football maintient sa saisie du Tribunal arbitral du sport concernant le déroulement de la finale elle-même.

Entre Dakar et Rabat, la balle est désormais dans le camp de la diplomatie. Les deux pays devront gérer les consquences politiques de cette affaire qui a profondément divisé leurs opinions publiques.

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