Zimbabwe : les associations funéraires aident désormais les vivants
À Harare, des caisses créées pour les obsèques financent désormais courses, soins, frais scolaires et petits commerces.

Au Zimbabwe, certaines associations créées pour aider les familles au moment des funérailles prennent aujourd’hui un rôle beaucoup plus large. Dans un contexte économique difficile, elles deviennent aussi des caisses de secours, des groupes d’épargne et parfois même un point de départ pour de petites activités commerciales.
À Harare, l’histoire de Melisa Kasu résume bien cette évolution. Après la mort de sa mère, sa famille s’est retrouvée face à une obligation lourde : organiser des obsèques dignes, avec nourriture, musique et accueil des proches. Dans beaucoup de communautés, un enterrement modeste peut être vécu comme une honte publique. C’est là que l’association funéraire locale est intervenue, avec des ustensiles, de la nourriture et de l’aide pratique.
Touchée par cette solidarité, la jeune femme a repris l’adhésion de sa mère en 2023. Elle a ensuite découvert que le groupe ne servait plus seulement à préparer les périodes de deuil. À Kuwadzana, un quartier de la capitale zimbabwéenne, la Kuchemana Burial Society réunit aujourd’hui 40 membres âgés de 23 à 72 ans. Le nom Kuchemana signifie, en shona, “se pleurer les uns les autres”.
Chaque membre cotise 3 dollars par mois pour l’aide funéraire. En cas de décès d’un proche, le groupe fournit des produits de base, un appui pour la cuisine et une enveloppe de 150 dollars. Mais une autre cotisation, de 10 dollars par mois, alimente désormais une caisse d’épargne collective.
Cette caisse permet à des membres, mais aussi à des personnes de confiance dans la communauté, d’emprunter de petites sommes. L’argent sert à payer des frais scolaires, des soins, des achats alimentaires ou à lancer un petit commerce. Les bénéfices réalisés grâce aux intérêts sont ensuite partagés entre les membres.
Pour Melisa Kasu, cette aide a changé quelque chose de très concret. Après avoir perdu son emploi dans une quincaillerie en 2022, elle a reçu 100 dollars via le cycle d’épargne, puis un autre prêt de 30 dollars. Avec cet argent, elle a acheté des bouteilles de gaz et une balance. Elle vend maintenant du gaz de cuisine à ses voisins.
Ce modèle répond à un problème bien connu dans de nombreux foyers : les banques prêtent rarement aux personnes sans emploi stable, pendant que le coût de la vie continue de grimper. Les associations funéraires, elles, s’appuient sur la proximité. Les membres se connaissent, se voient, se visitent et partagent déjà une forme de confiance.
Au Zimbabwe, ces sociétés existent depuis le début du XXe siècle, notamment à l’époque où des travailleurs migrants organisaient des caisses pour assurer des funérailles dignes loin de chez eux. La tradition a survécu, car l’assurance funéraire reste souvent plus accessible que l’assurance santé.
Le changement actuel montre surtout une chose : face aux difficultés, des communautés transforment leurs anciennes structures de solidarité en outils de survie quotidienne. Autrefois centrées sur la mort, ces associations cherchent maintenant à protéger les vivants avant qu’il ne soit trop tard.



