RDC : le bras de fer autour du référendum se durcit contre Tshisekedi
Le débat sur un possible référendum constitutionnel ravive les accusations de troisième mandat en RDC.

La tension politique monte encore en République démocratique du Congo. Après plusieurs semaines de contestation, le débat autour d’un possible référendum constitutionnel est devenu l’un des dossiers les plus sensibles du moment à Kinshasa.
Au centre de la polémique : un texte qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle Constitution. Pour l’opposition, cette réforme risque surtout de remettre les compteurs à zéro et de permettre à Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat après 2028.
Un texte qui relance la peur du troisième mandat
Le Sénat congolais a adopté un projet de loi sur les référendums, déjà passé par l’Assemblée nationale. Le texte doit encore être promulgué, mais son avancée suffit à inquiéter les opposants au chef de l’État.
La Constitution congolaise limite le président à deux mandats. Officiellement, le débat porte sur la possibilité de consulter le peuple dans certaines situations de blocage institutionnel. Mais pour les adversaires de Félix Tshisekedi, l’objectif réel est clair : préparer une nouvelle architecture politique avant l’élection prévue en 2028.
Le sujet est d’autant plus explosif que le président congolais avait déjà laissé entendre qu’il accepterait un troisième mandat si les électeurs le voulaient. Cette phrase avait relancé les soupçons sur ses intentions et placé la fin de son second mandat au cœur du débat national.
L’opposition se regroupe sous la bannière C64
Face à cette séquence, plusieurs partis d’opposition ont décidé de faire front commun au sein de la Coalition Article 64. Cette alliance dénonce une tentative de verrouillage du pouvoir et promet de maintenir la pression dans la rue comme sur le terrain politique.
Martin Fayulu, l’une des figures les plus connues de l’opposition, a appelé à une nouvelle marche vers le palais présidentiel le 8 juillet. Le mot d’ordre est direct : empêcher toute réforme qui pourrait prolonger le pouvoir actuel.
Les opposants accusent aussi la majorité d’avoir fait avancer le texte sans véritable débat, après le retrait des élus d’opposition. Dans leurs rangs, beaucoup parlent désormais d’un passage en force, alors que la RDC est déjà secouée par plusieurs crises sécuritaires et sociales.
Des heurts à Kinshasa
La contestation a déjà débordé dans la capitale. Une manifestation organisée près du Parlement a dégénéré en affrontements entre opposants, militants proches du pouvoir et forces de l’ordre. La police a dispersé le rassemblement avec du gaz lacrymogène.
Plusieurs responsables de l’opposition ont été blessés dans ces incidents, selon les informations rapportées sur place. Ces violences donnent une nouvelle dimension au dossier, qui ne se limite plus à une bataille juridique autour d’un texte.
Pour beaucoup de Congolais, la question touche directement à l’alternance politique, à la stabilité du pays et à la confiance dans les institutions. À Kinshasa, le pouvoir défend le principe d’une consultation populaire. Ses adversaires y voient, eux, une manœuvre pour contourner les limites fixées par la Constitution.
2028 en toile de fond
Le prochain scrutin présidentiel est prévu en 2028, mais la situation dans l’est du pays pèse déjà sur le calendrier politique. La guerre avec les rebelles du M23, les déplacements de population et l’insécurité dans plusieurs zones fragilisent l’organisation future des élections.
Félix Tshisekedi a déjà affirmé que la RDC ne pourrait pas organiser correctement les élections si le conflit n’était pas réglé. Cette position inquiète davantage l’opposition, qui redoute un double scénario : une réforme constitutionnelle d’un côté, et un calendrier électoral incertain de l’autre.
La bataille du référendum est donc devenue un test politique majeur pour le pouvoir congolais. Si le texte est promulgué, la contestation pourrait encore se durcir. Et à moins de deux ans de 2028, la question du troisième mandat risque de rester au cœur de la vie politique congolaise.



