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Libye : Tripoli paralysée par la colère contre les coupures d’électricité

Les pannes prolongées, la forte chaleur et la dégradation des services publics ont transformé une protestation locale en contestation politique.

La colère contre les coupures d’électricité a gagné les rues de Tripoli. Depuis le week-end, des centaines d’habitants bloquent des axes routiers, ferment des institutions publiques et réclament des comptes aux autorités libyennes. Une mobilisation née de la crise énergétique qui prend désormais une dimension politique.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, les manifestants ont dressé des barrages et incendié des pneus. À Janzour, à l’ouest de Tripoli, la route côtière a été coupée et des rassemblements ont eu lieu près de la centrale électrique de l’ouest de la ville. D’autres actions ont été signalées à Tajoura, Souq Al-Joumaa, Ain Zara et dans plusieurs secteurs du centre.

Des routes bloquées et des institutions fermées

Le mouvement ne se limite plus aux rues. Devant le ministère libyen des Affaires étrangères, des protestataires ont déversé de la terre pour empêcher l’accès au bâtiment. Des bureaux de l’opérateur public de téléphonie Libyana ont également été fermés à Souq Al-Joumaa.

Selon Al Jazeera, des vidéos diffusées en ligne et vérifiées par la chaîne montrent des pneus en feu, des routes coupées et un camion déchargeant de la terre devant le ministère. Les manifestants sont principalement de jeunes hommes, certains portant des pancartes hostiles au Premier ministre Abdelhamid Dbeibah.

À Tajoura, un collectif local a appelé au boycott des administrations. Ses membres dénoncent la dégradation de l’électricité, de l’eau, de l’éducation et des services de santé. Ils citent aussi les pénuries de carburant, le manque de liquidités et les difficultés d’accès aux médicaments.

Jusqu’à dix heures de coupure par jour

À Tripoli et dans les zones voisines, les coupures peuvent durer jusqu’à dix heures par jour, selon Africanews, Al Jazeera et The National. Euronews évoque même des interruptions atteignant quatorze heures dans certains secteurs. La compagnie publique d’électricité a rétabli les délestages programmés après environ deux années de stabilité relative du réseau.

La crise survient pendant une période de chaleur extrême. Le Centre national de météorologie libyen a signalé des températures pouvant atteindre 50 degrés Celsius dans certaines régions. La demande en électricité augmente alors que les familles dépendent davantage des climatiseurs, des ventilateurs et des systèmes de réfrigération.

Ces coupures ont des conséquences immédiates dans les maisons, les commerces et les services publics. Elles perturbent la conservation des aliments, l’approvisionnement en eau, les communications et l’activité économique. Pour les habitants, la panne n’est donc plus un simple problème technique.

Le réseau a perdu environ 1 350 mégawatts

Un responsable de la Compagnie générale d’électricité de Libye a indiqué à la presse locale que le réseau national avait perdu environ 1 350 mégawatts de capacité depuis le début de la crise à la mi-juillet. Plusieurs centrales et lignes de transport seraient sorties du service.

L’entreprise attribue la situation à un manque de gaz naturel et de carburant, ainsi qu’à des difficultés techniques et sécuritaires. La production électrique dépend fortement de l’approvisionnement des centrales en hydrocarbures. Toute interruption dans cette chaîne peut provoquer des délestages dans plusieurs villes.

Le système souffre aussi de nombreuses années de sous-investissement et de mauvaise gestion. Malgré les importantes réserves pétrolières du pays, les infrastructures énergétiques restent fragiles. Les affrontements, les divisions institutionnelles et les rivalités autour des revenus du pétrole ont ralenti leur remise en état.

La contestation vise le gouvernement Dbeibah

Le mouvement de Souq Al-Joumaa, à l’origine de la campagne, affirme vouloir paralyser les institutions sans s’en prendre aux citoyens. Il réclame une enquête sur la corruption et la dissolution des principales autorités politiques, notamment le gouvernement, la Chambre des représentants, le Haut Conseil d’État et le Conseil présidentiel.

Les slogans entendus dans la rue montrent que la mobilisation dépasse l’électricité. Des protestataires demandent où sont passés les milliards issus du pétrole et accusent les dirigeants d’avoir gaspillé l’argent public. Certains appellent au départ du gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah.

Le pouvoir a renforcé les mesures de sécurité. Le ministre de l’Intérieur par intérim, Imad al-Trabelsi, a demandé aux services chargés de la sécurité à Tripoli d’élever leur niveau de préparation. La force de protection du bureau du Premier ministre a averti qu’elle agirait contre toute tentative visant les institutions ou la stabilité du pays.

Une crise aggravée par les divisions politiques

La Libye reste divisée entre deux administrations rivales. Le gouvernement d’unité nationale, installé à Tripoli et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, contrôle l’ouest. À l’est, une administration nommée par la Chambre des représentants est conduite par Oussama Hammad depuis Benghazi.

Le pays n’a pas organisé d’élection nationale depuis 2014. Plusieurs tentatives menées sous l’égide des Nations unies n’ont pas permis d’aboutir à un nouveau scrutin. Cette impasse nourrit la défiance envers des institutions dont la légitimité est régulièrement contestée.

Les manifestations actuelles rappellent que les problèmes du quotidien peuvent rapidement se transformer en crise politique. L’inflation, la faiblesse de la monnaie, les pénuries de carburant et le manque de liquidités s’ajoutent aux coupures de courant. Pour de nombreux Libyens, la panne du réseau symbolise aussi celle de l’État.

La suite dépendra de la capacité des autorités à rétablir durablement l’électricité et à répondre aux demandes de transparence. Une amélioration temporaire du courant pourrait calmer les rues, mais elle ne suffira probablement pas à effacer la colère contre la gestion des ressources publiques et l’absence de solution politique.

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