
Face à la montée des tensions autour des ressortissants étrangers en Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa a pris la parole dimanche 7 juin 2026 dans une adresse télévisée consacrée à l’immigration irrégulière et aux manifestations anti-étrangers.
Le président sud-africain a reconnu que le sujet inquiète une partie de la population, notamment sur les questions d’emploi, de sécurité, de pression sur les services publics et de contrôle des frontières. Mais il a aussi prévenu que ces préoccupations ne devaient pas devenir un prétexte à la violence, à l’intimidation ou aux campagnes de haine contre les étrangers.
Ces dernières semaines, plusieurs groupes anti-immigration ont multiplié les marches et les actions dans le pays. Certains ont même fixé au 30 juin une date limite aux étrangers sans papiers pour quitter le territoire. Cette échéance, largement relayée sur les réseaux sociaux, n’a toutefois pas été lancée par l’État sud-africain.
Ramaphosa a insisté sur un point central : l’application de la loi relève uniquement des autorités. Aucun citoyen, aucun groupe militant et aucune organisation privée ne peut arrêter quelqu’un dans la rue pour lui demander de prouver sa nationalité ou son statut migratoire.
Le chef de l’État a annoncé une série de mesures destinées à renforcer la gestion migratoire. Le gouvernement prévoit notamment d’intensifier l’identification et l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, de créer des tribunaux dédiés aux dossiers d’immigration afin d’accélérer certaines procédures, et de renforcer les inspections dans les entreprises soupçonnées d’employer des travailleurs sans papiers.
Les employeurs qui recrutent sciemment des étrangers en situation irrégulière pourraient aussi faire face à des sanctions plus lourdes, y compris des peines de prison. Le président a accusé certaines entreprises de profiter de la vulnérabilité de ces travailleurs pour leur imposer de bas salaires et de mauvaises conditions de travail.
Autre axe annoncé : la sécurisation des frontières et la lutte contre la corruption dans le système d’immigration. Ramaphosa a affirmé que les autorités ont intercepté plus de 450 000 personnes qui tentaient d’entrer illégalement en Afrique du Sud au cours de l’année écoulée.
Le gouvernement veut également déplacer progressivement certains centres d’accueil des réfugiés vers les postes frontaliers, en commençant par celui de Tshwane. L’objectif affiché est de traiter les demandes d’asile plus près des points d’entrée et de mieux contrôler les parcours administratifs.
Dans son discours, le président a aussi lié la migration irrégulière à des réseaux criminels actifs dans le trafic de drogue, l’extorsion, l’exploitation minière illégale, la traite et le blanchiment. Mais il a répété que l’Afrique du Sud ne devait pas répondre à ces défis par la haine ou la justice populaire.
Le sujet reste extrêmement sensible dans le pays, où des flambées de violences xénophobes ont déjà fait de nombreuses victimes dans le passé. En 2008, plus de 60 personnes avaient été tuées lors d’attaques visant principalement des étrangers africains.
Ramaphosa promet désormais une ligne double : plus de fermeté contre l’immigration irrégulière, mais aussi une protection claire contre les violences anti-étrangers. Reste à voir si cette réponse suffira à calmer la rue avant l’échéance du 30 juin, devenue un symbole de la crise actuelle.



