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«Je ne suis pas une criminelle, je suis une mère qui protège son enfant»: le crie de cœur de la chanteuse malienne Rokia Traoré

Arrêtée, écrouée puis relâchée le 25 mars de la prison de Fleury-Mérogis où elle avait entamé une grève de la faim, la chanteuse franco-malienne Rokia Traoré fait l’objet d’une poursuite judiciaire en raison d’une affaire où elle revendique la garde de sa fille de 5 ans. Elle publie une lettre ouverte pour contester son extradition vers la Belgique, mais non seulement! Lisez:

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La cour d’appel de Bruxelles, tout en ayant les preuves de la scolarisation de mes enfants à Bamako dans le dossier qui leur a été soumis pour les fins de mon recours en appel, a estimé qu’ils n’ont pu me poser des questions afin de déterminer ma résidence habituelle, cela en raison de mon absence à l’audience d’appel à laquelle on m’a empêchée d’assister en m’arrêtant à l’aéroport de Paris CDG le 10 mars 2020.
En conséquence la justice belge me retire mon droit d’appel en vertu de la loi belge sur la déchéance en cas d’absence de l’appelant.
Tout en ne pouvant se prononcer sur la question de la compétence juridictionnelle de la Belgique dans ce dossier, le jugement d’appel motive sa décision par des arguments incompréhensibles dont deux très étonnants:

Il est déploré que Jan Goossens doive assumer des frais pour sa défense. Je suis mère de famille en charge de deux enfants, il m’est demandée une pension alimentaire en faveur de mon ex-compagnon qui me réclame aussi 303 000 Euros, une partie du montant que la justice belge m’impose de lui payer. Sachant qu’en attendant de nous marier civilement (ce que nous n’avons finalement jamais fait), nous vivions chacun dans deux pays différents, moi au Mali avec mes deux enfants, lui en France, à Marseille. Il faisait des aller-retours pour nous voir à Bamako. Je suis traquée par la justice belge, je suis empêchée de travailler, et je dois moi aussi payer des frais pour ma défense suite aux plaintes en justice que je subis.
Ce jugement d’appel, pour la première fois dans ce dossier, indique comment la police belge aurait tenté de me joindre : apparemment ils auraient appelé mon numéro de téléphone sans succès. Il n’est pas indiqué de date, ni quel numéro précis de téléphone. J’ai eu des échanges d’emails avec les agents de police qui ont traité mon dossier, dès le mois de juillet lorsque j’ai déposé ma plainte, je suis étonnée qu’ils n’aient cependant pas essayé de me joindre par email par la suite au lieu de s’en tenir à des tentatives ratées de contact téléphonique. Mon adresse au Mali est clairement indiquée sur ma déposition.

Par ailleurs, tout autant que le mandat d’arrêt européen existe pour repérer et arrêter les terroristes et les grands criminels, il existe des outils à travers la coopération judiciaire et la diplomatie pour faire parvenir une convocation en bonne et due forme à une personne dans un pays étranger afin que celle-ci se rende disponible pour entendre un système de justice donné dans un autre pays.
Le but de ces tentatives de contact téléphonique aurait été d’organiser une visio-conférence, c’est justement tout ce que j’espérais obtenir en portant plainte en 2019, mais c’est la première fois que j’en entends parler dans ce dossier. Et c’est pour argumenter la décision de me priver de mon droit d’appel en me chargeant à nouveau sans aucune preuve des charges qui me sont imposées.

Je ne suis pas une criminelle, je suis une mère qui protège son enfant.
Lorsque l’on vit à Paris, on ne va pas inscrire son enfant dans une école à Bruxelles, on l’inscrit à Paris, en cas de problème on s’adresse à la justice française qui est en mesure ainsi d’enquêter, d’avoir les éléments pour analyser et comprendre. De même, lorsque l’on vit à Bamako, on n’inscrit certainement pas son enfant à l’école à Bruxelles ; l’enfant qui vit à Bamako est inscrit à Bamako à l’école, et en cas de problème, on s’adresse à la justice malienne qui est en mesure d’enquêter dans la vie de cet enfant afin d’obtenir des éléments et analyser.

Chez moi, à Bamako, j’ai reçu une citation à comparaître par email un 1er mai avec l’obligation de me présenter ou me faire représenter à une audience le 6 mai 2019 à Bruxelles : j’ai respecté la justice belge, j’ai trouvé un avocat en deux jours pour me représenter afin de préciser, dès cette première audience, que moi-même et mes deux enfants habitons au Mali, pas en Belgique.
J’ai continué à payer des avocats, des billets d’avion pour venir entendre un système de justice belge à des milliers de kilomètres de chez moi. Mais malgré les attestations dans mes dossiers, malgré toutes les preuves matérielles de ma vie et celle de mes enfants au Mali depuis des années, chaque décision de justice belge fut à charge à mon égard, avec des affirmations sans preuves de la part de juges et de substituts de procureur dans leurs conclusions. En fait, des arguments sans preuves de la partie adverse sont simplement repris dans les conclusions des juges belges. Je crois sincèrement aujourd’hui, que je n’aurais pas du tout répondu à la justice belge, je n’aurais jamais constitué d’avocat ni de dossier dès le début de cette affaire ça n’aurait pas été pire.
Je suis empêchée de voyager et de travailler depuis plus d’un an, cela en moyen de pression, un chantage pour me forcer à livrer mon enfant contre mon éventuelle liberté de mouvement selon l’humeur de la justice belge.

Pourtant, tout ce que j’ai demandé était un dialogue entre parents au sujet d’un problème constaté chez notre enfant, c’est tout ce que j’ai voulu, c’est ce que j’ai demandé à mon ex-conjoint. Mais il porte plainte début avril afin d’obtenir les conditions d’une non représentation d’enfant transformée en « enlèvement, séquestration et prise d’otage » de mon propre enfant.

Pendant que je suis prise en otage en Europe par la justice belge, la justice malienne, dans sa décision me donnant la garde provisoire de l’enfant le temps de l’enquête en cours au Mali, permet au père d’aller voir son enfant. Il n’a plus voulu le faire depuis le mois de mars 2019. Le 10 mars 2020, après s’être assuré que je suis bien emprisonnée à Paris, et que mon droit d’appel sera certainement annulé comme il l’avait précisément demandé dans son dossier d’appel, il part en vacances quelques jours, mais pas à Bamako pour voir sa fille, à Tunis.

Je suis une mère, pas une criminelle. La pression, l’abus de technique judiciaire, les menaces de magistrats, fonctionnent lorsqu’il s’agit d’entraver et mettre hors d’état de nuire des criminels, des malfaiteurs. Je suis une mère qui n’a fait que demander le dialogue à un père. Transformer ma démarche légitime en infraction du point de vue d’une juridiction incompétente d’un pays situé à des milliers de kilomètres de mon lieu de vie est un abus de pouvoir qui me nuit, me dévaste, certes. Mais je suis mère, aucune mère ne livrerait son enfant dans des circonstances de mépris, de pression, d’oppression.

SOURCE: Connection ivoirienne

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