
Nouveau bras de fer mémoriel entre Kinshasa et Bruxelles. Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) hausse le ton et réclame officiellement à la Belgique la restitution immédiate de restes humains — principalement des crânes — emportés durant la période coloniale.
Pour Kinshasa, le temps où ces restes étaient traités comme de simples « pièces de musée » est définitivement révolu. C’est une démarche qui remet en lumière les pages les plus sombres de la colonisation belge. À travers une initiative menée par la Première ministre Judith Suminwa, la RDC exige le rapatriement de plus de 500 crânes et restes humains. Conservés pour la plupart au Muséum des sciences naturelles de Bruxelles ainsi que dans d’autres institutions belges, ces ossements appartiennent à des Congolais (mais aussi à des Rwandais et des Burundais) tués ou profanés aux XIXe et XXe siècles.
La position de Kinshasa est on ne peut plus claire : la patrimonialisation de ces corps issus des violences coloniales est devenue « inacceptable ». Le gouvernement congolais martèle que ces spécimens appartiennent à des défunts qui ont le droit de reposer dignement sur leur terre d’origine, selon les rites et traditions africaines. Pendant des décennies, ces crânes ont été ramenés en Europe comme de macabres « trophées » ou sous prétexte d’analyses « ethnologiques » visant à l’époque à théoriser une prétendue hiérarchie des races.
Du côté de Bruxelles, la pression monte. Si les autorités fédérales et les groupes de travail scientifiques du Parlement s’accordent à dire que ces restes humains n’ont plus leur place dans des musées en 2026, la mise en œuvre concrète des restitutions traîne cruellement en longueur. Malgré le vote d’une « loi restitution » en 2022 censée faciliter le retour des biens culturels spoliés et des dépouilles, les observateurs notent qu’aucun transfert d’envergure n’a encore guéri les blessures du passé. Les discussions bilatérales butent régulièrement sur des questions de consensus politique au sein du royaume belge, notamment autour de la formulation d’excuses officielles et des réparations financières.
Pour le peuple congolais, ce combat dépasse la simple paperasse administrative. C’est une quête de dignité, d’identité et de souveraineté mémorielle. Le retour de ces ancêtres à Kinshasa s’annonce déjà comme un moment historique d’intense émotion.



