À la UneAfriquePolitique

Zimbabwe : Mnangagwa se rapproche d’un mandat jusqu’en 2030

L’Assemblée nationale a validé une réforme constitutionnelle qui reporterait les élections de 2028 à 2030. Le texte doit encore passer par le Sénat.

Au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa vient de franchir une étape politique majeure. L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 18 juin, une réforme constitutionnelle qui pourrait repousser les prochaines élections de 2028 à 2030 et prolonger de deux ans le mandat du président zimbabwéen.

Le texte n’est pas encore totalement bouclé. Il doit encore être examiné par le Sénat, où son adoption est largement attendue. Mais le vote des députés suffit déjà à relancer un débat sensible : jusqu’où un chef d’État peut-il modifier les règles du jeu quand son propre mandat arrive bientôt à son terme ?

Deux ans de plus au pouvoir

La réforme prévoit de faire passer la durée des mandats du président, des députés, des conseillers municipaux et des maires de cinq à sept ans. Concrètement, les élections générales prévues en 2028 seraient décalées à 2030.

Pour Emmerson Mnangagwa, âgé de 83 ans, cela signifierait deux années supplémentaires au pouvoir. Arrivé à la tête du Zimbabwe en 2017 après la chute de Robert Mugabe, il a ensuite remporté les élections de 2018 et de 2023. Son second mandat devait normalement s’achever en 2028.

Le camp présidentiel défend une réforme destinée, selon lui, à donner plus de stabilité aux institutions et à mieux organiser le calendrier électoral. Ses détracteurs y voient au contraire une manière de verrouiller le pouvoir autour du parti présidentiel.

Zimbabwe : Mnangagwa se rapproche d’un mandat jusqu’en 2030

Le choix du président pourrait changer

Le projet ne se limite pas à un simple allongement de mandat. Il propose aussi de transformer la manière dont le président est choisi. Au lieu d’une élection directe au suffrage populaire, le chef de l’État pourrait être désigné par les parlementaires.

Ce point inquiète particulièrement l’opposition et plusieurs organisations de la société civile. Dans un pays où le parti au pouvoir domine déjà les institutions, un tel changement réduirait le poids du vote direct des citoyens dans le choix du président.

La réforme arrive aussi dans un climat tendu. Ces derniers mois, des opposants, des militants et d’anciens acteurs de la lutte de libération ont contesté le processus, certains allant jusqu’à saisir la justice. Des critiques affirment que les consultations publiques n’ont pas été menées dans un climat libre et apaisé.

Le souvenir de Mugabe reste présent

Au Zimbabwe, toute discussion sur la durée au pouvoir renvoie forcément à l’histoire récente du pays. Robert Mugabe a dirigé le Zimbabwe pendant près de quatre décennies avant d’être écarté en 2017. Emmerson Mnangagwa, longtemps considéré comme l’un de ses hommes forts, avait alors promis une nouvelle page politique.

Neuf ans plus tard, la question revient avec force : le pays avance-t-il vers une transition plus ouverte ou vers un système où le parti dominant fixe encore une fois les règles selon ses propres intérêts ?

Le cas zimbabwéen parle aussi au-delà de Harare. Sur le continent, plusieurs présidents âgés ont prolongé leur présence au sommet de l’État grâce à des réformes constitutionnelles ou à la suppression de limites de mandats. Le débat est d’autant plus fort que l’Afrique reste le continent le plus jeune du monde, avec une population largement composée de jeunes.

Un vote qui peut peser sur la confiance

Pour beaucoup de Zimbabwéens, la question n’est pas seulement juridique. Elle touche à la confiance dans les élections, à la capacité des institutions à rester neutres et à l’espoir d’une alternance réelle. Quand les règles changent à l’approche d’une échéance, une partie de l’opinion y voit forcément un signal inquiétant.

Le pouvoir, lui, insiste sur la continuité. Ses soutiens estiment que Mnangagwa a besoin de temps pour conduire ses réformes économiques et stabiliser le pays. Mais cette justification ne convainc pas tous les acteurs politiques, surtout dans un pays marqué par des années de crise, de contestations électorales et de tensions autour des libertés publiques.

Une décision très suivie en Afrique

Le vote intervient au moment où les citoyens africains suivent de près les questions de succession, d’alternance et de longévité présidentielle. Dans certains pays, ces sujets provoquent des manifestations, des crises politiques ou de longues batailles judiciaires.

Au Zimbabwe, la suite immédiate se jouera donc au Sénat. Si le texte est adopté comme prévu, Emmerson Mnangagwa pourrait rester à la tête du pays jusqu’en 2030. Pour ses partisans, ce serait du temps supplémentaire pour mener son programme. Pour ses adversaires, ce serait une nouvelle preuve que l’alternance devient de plus en plus difficile.

Dans tous les cas, le message est clair : huit ans après le départ de Mugabe, le Zimbabwe reste confronté à la même grande question politique. Qui décide vraiment de la fin d’un règne ? Le peuple dans les urnes, ou les institutions contrôlées par ceux qui sont déjà au pouvoir ?

À lire aussi sur AfrikMag : la liste des 10 présidents africains les plus âgés.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page