Ouganda : la loi des « agents étrangers » provoque la colère
Un texte sur la souveraineté nationale fait craindre une nouvelle pression sur la société civile, la diaspora et les médias indépendants.

L’Ouganda est secoué par un texte qui fait déjà trembler les ONG, les médias indépendants et une partie de la diaspora. Le projet de loi sur la protection de la souveraineté, présenté comme une réponse à l’influence étrangère, est accusé par ses opposants de menacer directement les libertés publiques.
Au centre de la polémique : une expression lourde de conséquences, celle d’« agent d’un étranger ». Dans sa première version, le texte visait les personnes ou organisations accusées d’agir pour des intérêts extérieurs contre ceux de l’Ouganda. Les peines prévues peuvent aller jusqu’à 20 ans de prison dans certains cas.
Un texte qui inquiète bien au-delà du Parlement
Le projet a été présenté au Parlement le 15 avril 2026 par David Muhoozi, ministre d’État chargé des Affaires intérieures. Depuis, il déclenche une vive contestation. Des organisations de défense des droits, des juristes, des journalistes, des acteurs économiques et des membres de la diaspora redoutent une loi trop large, capable de viser des voix critiques sous couvert de protection nationale.
Le texte initial contenait une disposition particulièrement sensible : les Ougandais vivant à l’étranger pouvaient être classés parmi les « étrangers ». Une formulation qui a choqué, car des milliers de familles dépendent des transferts d’argent envoyés depuis l’extérieur du pays. Face aux critiques, le gouvernement a proposé de retirer cette clause.
D’autres passages ont aussi été revus. La définition d’« agent d’un étranger » a été resserrée pour viser la participation directe à certaines activités interdites, plutôt qu’un simple lien de financement ou d’association. Le gouvernement affirme ainsi vouloir éviter que des partenariats, des emplois ou des fonds légitimes soient criminalisés.
Jusqu’à 20 ans de prison dans certains cas
Malgré ces retouches, l’inquiétude reste forte. Le projet prévoit toujours de sanctionner des activités considérées comme favorables à des intérêts étrangers contre ceux de l’Ouganda. Les cas les plus graves peuvent entraîner jusqu’à 20 ans de prison, une amende, ou les deux.
Les critiques craignent surtout que des termes trop vagues soient utilisés contre des opposants, des militants, des journalistes ou des associations. Dans un pays où la vie politique est déjà très tendue, cette loi pourrait devenir un outil de pression supplémentaire.
Le débat est d’autant plus sensible que le président Yoweri Museveni est au pouvoir depuis plusieurs décennies. AfrikMag avait déjà évoqué les ambitions politiques du chef de l’État ougandais dans un précédent article sur son septième mandat. Pour ses partisans, la nouvelle loi est une manière de protéger le pays contre les ingérences extérieures. Pour ses adversaires, elle ouvre plutôt la porte à une surveillance renforcée de la société civile.
La diaspora et les investisseurs dans le doute
Le volet économique du texte a aussi alarmé le secteur privé. Des responsables financiers ont mis en garde contre un possible recul des flux d’argent vers l’Ouganda si les règles deviennent trop floues ou trop lourdes. Les transferts de la diaspora, les financements d’ONG, les investissements et les partenariats internationaux pourraient être touchés par un climat de méfiance.
Yoweri Museveni a tenté d’apaiser la polémique. Il a défendu le principe d’une loi destinée à empêcher des groupes financés de l’étranger d’influencer les décisions nationales, tout en affirmant que le texte ne devait pas bloquer les investissements, les transferts de fonds ou le soutien aux institutions religieuses.
Le gouvernement présente donc une version corrigée, mais le malaise n’a pas disparu. Beaucoup veulent savoir comment la loi sera appliquée si elle est adoptée. La grande question reste simple : protéger la souveraineté, oui, mais jusqu’où ?
En Ouganda, ce débat dépasse la seule politique. Il touche à la liberté d’expression, au rôle de la diaspora, à l’argent venu de l’étranger et à la capacité des citoyens à critiquer le pouvoir sans être traités comme des relais d’intérêts extérieurs.



