
Le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé un dialogue national destiné à répondre aux tensions politiques et sécuritaires en République démocratique du Congo. Le processus doit durer au maximum trois mois et commencer dans les 26 provinces avant de s’achever par des assises à Kinshasa.
Baptisée « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », l’initiative veut partir des réalités locales. Des consultations politiques et techniques doivent être organisées dans chaque province avec les autorités, les élus, les partis de la majorité et de l’opposition, la société civile, les confessions religieuses et les représentants de plusieurs secteurs professionnels.
Des consultations dans les 26 provinces
Chaque province sera appelée à dresser son propre diagnostic. Les discussions porteront notamment sur l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les inégalités, les faiblesses de l’administration et les obstacles au développement. Les propositions recueillies devront ensuite être regroupées dans une synthèse nationale.
Les assises de Kinshasa constitueront donc l’aboutissement du processus, et non son point de départ. Le chef de l’État promet une représentation de la diversité politique, sociale, territoriale et culturelle du pays. Une ordonnance doit créer un comité chargé de la préparation administrative et logistique, avant la mise en place d’une commission préparatoire.
Félix Tshisekedi a fixé une durée maximale de trois mois pour l’ensemble des travaux. Aucune date précise n’a encore été donnée pour l’ouverture des consultations provinciales. Le calendrier, les règles de représentation et les mécanismes de suivi doivent être précisés dans les prochains textes officiels.
Les groupes armés exclus du dialogue politique
Le président congolais affirme que personne ne sera écarté en raison de ses opinions, de son appartenance politique, de son origine ou de sa religion. Il pose toutefois une limite nette : les acteurs qui continueront à combattre par les armes ou à occuper une partie du territoire ne pourront pas participer comme composantes politiques.
Dans les conditions actuelles, cette règle écarte l’AFC/M23 du dialogue national. Les discussions avec ce mouvement doivent rester dans le cadre du processus de Doha, consacré au conflit dans l’est du pays. Les membres de groupes armés qui renonceraient aux armes pourraient néanmoins être pris en charge individuellement par les mécanismes de désarmement, de justice et de réconciliation.
Cette conception de l’inclusivité suscite déjà des critiques dans l’opposition. Plusieurs responsables réclament une médiation indépendante et une participation plus large. Le président, lui, insiste sur un processus organisé en RDC et placé sous la responsabilité des Congolais.
Pas de suspension des institutions
Félix Tshisekedi a aussi exclu toute suspension des institutions ou remise en cause des résultats électoraux. Il affirme que les mandats en cours iront jusqu’à leur terme constitutionnel. Cette précision intervient alors que la question d’un éventuel changement de Constitution alimente depuis plusieurs mois un bras de fer politique en RDC.
Des mesures de confiance et de décrispation politique sont également annoncées. Leur contenu reste à définir. Au terme des travaux, le dialogue doit produire un « Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », accompagné d’un calendrier public et d’un mécanisme de suivi.
Le défi sera désormais de convaincre les forces politiques que le processus peut déboucher sur des décisions applicables. Sa crédibilité dépendra de la composition des organes préparatoires, du choix des délégués et de la capacité des consultations provinciales à faire entendre une parole qui ne se limite pas aux responsables installés à Kinshasa.



