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Sénégal : la directrice de la Météo virée le lendemain d’une interview où elle réclamait l’autonomie de son service

Dr Aïda Diongue Niang a dit publiquement ce qu'elle pensait. Le lendemain, elle n'était plus à son poste.

Il y a des prises de parole qui coûtent cher. Celle de Dr Aïda Diongue Niang, directrice générale de la Météorologie sénégalaise, lui a coûté son poste. Le Soleil révèle ce jeudi que la patronne de l’ANACIM a été limogée au lendemain d’une interview accordée au journal L’Observateur.

Ce qu’elle a dit

Dans cet entretien, Dr Aïda Diongue Niang avait tenu un discours clair sur l’avenir de son secteur. Elle plaidait ouvertement pour que la Météo nationale sorte de l’ANACIM, l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie, pour gagner son autonomie propre.

«Aujourd’hui, le gouvernement parle de la mutualisation des agences, mais la Météo mérite d’être autonome», avait-elle déclaré. Une conviction exprimée sans détour, qui allait manifestement à rebours d’une décision politique déjà arrêtée.

Le lendemain, un nouveau directeur

La suite a été rapide. Oumar Konté a été nommé directeur par intérim dès le mardi suivant, remplaçant une dirigeante qui n’avait pas anticipé que la liberté de ton pouvait avoir ce prix. Le limogeage est intervenu, selon Le Soleil, dans les heures suivant la publication de l’interview.

Le ministère n’a pas communiqué officiellement sur les raisons de ce remplacement. Mais le calendrier parle pour lui.

Un débat qui dépasse le Sénégal

Cette affaire soulève une question qui résonne bien au-delà des frontières sénégalaises : dans nos États, jusqu’où un directeur d’agence publique peut-il s’exprimer librement sur les politiques qui concernent son secteur ?

Dr Aïda Diongue Niang n’avait pas attaqué le gouvernement. Elle avait défendu son secteur avec des arguments techniques. Mais cela a suffi pour déclencher sa mise à l’écart. Le message envoyé aux autres responsables d’agences est difficile à ignorer.

La météorologie, en Afrique de l’Ouest, est un enjeu vital. Elle conditionne la gestion des catastrophes naturelles, la sécurité de l’aviation, l’agriculture et la planification du développement. Avoir à sa tête des experts capables de parler vrai est une nécessité, pas un luxe.

Pour l’instant, c’est la loi du silence qui semble l’avoir emporté.

 

Photo d’illustration \ AI

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