
Un tribunal siégeant à Port-Soudan a condamné, dimanche 12 juillet, Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de Hemedti, à la peine capitale par contumace. Le chef des Forces de soutien rapide a été jugé avec quinze autres accusés dans une affaire liée à l’assassinat de Khamis Abbakar, ancien gouverneur du Darfour-Occidental.
La décision concerne aussi plusieurs cadres des Forces de soutien rapide, dont Abdelrahim Hamdan Dagalo, frère et adjoint de Hemedti. Les accusés n’étaient pas présents devant le tribunal au moment du verdict.
Une première décision contre la direction des RSF
Cette condamnation est la première visant directement la haute direction des Forces de soutien rapide depuis le début de la guerre au Soudan en avril 2023. Le tribunal a retenu plusieurs qualifications, notamment des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, le génocide et des attaques contre des civils et des installations publiques.
Ces qualifications correspondent à la décision rendue par la juridiction soudanaise. Elles ne mettent pas fin aux débats juridiques et politiques autour des responsabilités dans le conflit. Les Forces de soutien rapide ont, à plusieurs reprises, rejeté les accusations de génocide et de crimes de guerre formulées contre elles.
Le jugement doit être transmis à la Cour suprême pour examen. Le tribunal a aussi demandé que les personnes condamnées soient recherchées et remises aux autorités soudanaises par l’intermédiaire d’Interpol et d’autres mécanismes internationaux.
Le dossier Khamis Abbakar au centre du procès
L’affaire porte principalement sur la mort de Khamis Abbakar en juin 2023. Le gouverneur du Darfour-Occidental avait été capturé puis assassiné à El-Geneina, peu après avoir accusé les Forces de soutien rapide et leurs alliés de mener des attaques contre des civils.
Sa mort avait provoqué une forte émotion au Soudan et à l’étranger. Elle était survenue pendant une période de violences intenses à El-Geneina, capitale du Darfour-Occidental. Des experts mandatés par les Nations Unies ont estimé que 10 000 à 15 000 personnes, principalement issues de la communauté massalit, avaient perdu la vie dans la ville au cours de cette vague de violences.
Le tribunal a considéré que les actes examinés s’inscrivaient dans une attaque large et organisée contre la population civile. Il a également ordonné la confiscation des biens attribués aux Forces de soutien rapide au profit de l’État soudanais.
Que signifie une condamnation par contumace ?
Une condamnation par contumace est prononcée lorsqu’un accusé est jugé sans être présent devant la juridiction. Dans le cas de Hemedti, la portée immédiate du verdict dépendra donc de la capacité des autorités à procéder à son arrestation ou à obtenir son extradition.
La décision a toutefois une forte valeur politique. Elle marque une nouvelle étape dans l’affrontement entre l’armée soudanaise, dirigée par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide. Les deux hommes avaient participé ensemble à la prise de pouvoir militaire de 2021, avant de s’opposer sur l’intégration des paramilitaires dans l’armée régulière.
Leur conflit ouvert a éclaté le 15 avril 2023. Depuis, les combats se sont étendus à plusieurs régions, avec une utilisation croissante des drones, des bombardements aériens et des armes lourdes. L’arrivée d’armes étrangères a aussi contribué à intensifier la guerre.
Une population toujours prise au piège
Au-delà du verdict, la situation des civils demeure alarmante. Depuis le début de la guerre, environ 14 millions de personnes ont été forcées de fuir leur foyer. Près de neuf millions sont restées déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de quatre millions ont cherché refuge dans des États voisins, notamment le Tchad, le Soudan du Sud et l’Égypte.
La crise ne se limite pas aux déplacements. Environ 21 millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Des hôpitaux ont été détruits ou rendus inutilisables, et les attaques contre les structures de santé compliquent encore l’accès aux soins.
Le Darfour reste l’un des principaux foyers de cette catastrophe. La région a déjà connu plusieurs cycles de violences, de déplacements et de destructions. Dès les premiers jours du conflit, les attaques contre les infrastructures civiles avaient suscité de fortes condamnations.
Un verdict lourd, mais une application incertaine
Le jugement de Port-Soudan envoie un message ferme contre Hemedti et son entourage. Mais son application reste incertaine tant que les condamnés demeurent hors de portée de la justice qui a rendu la décision.
L’examen annoncé par la Cour suprême sera la prochaine étape juridique. Sur le terrain, aucune issue politique durable n’est encore visible. Pour les familles touchées par les violences au Darfour, la question centrale reste celle de la justice, mais aussi celle de la fin des combats et du retour en sécurité.



