
Paul Biya est absent du Cameroun depuis cinquante jours. Le président de 93 ans a quitté Yaoundé avec son épouse le 7 juin 2026 pour ce que la présidence avait présenté comme un court séjour privé en Europe. Depuis, aucune apparition publique du chef de l’État n’a été signalée.
Cette longue absence alimente les critiques de l’opposition et les interrogations sur le fonctionnement de l’État. Le gouvernement affirme que Paul Biya continue de suivre les dossiers et de prendre les décisions à distance. Ses adversaires parlent, eux, d’un pays gouverné « en pilote automatique ».
Paul Biya absent depuis le 7 juin
Selon Africanews, Paul Biya se trouve en Suisse depuis le début du mois de juin. Le média avait déjà rapporté le 21 juillet que le président avait quitté le pays avec Chantal Biya. À cette date, plus de quarante jours s’étaient écoulés sans communication précise sur son calendrier de retour.
Le silence officiel nourrit les spéculations sur son état de santé. Africanews cite des informations de presse selon lesquelles le président aurait séjourné à Genève. La présidence n’a toutefois publié aucun bulletin médical et n’a pas confirmé qu’il recevait des soins.
La durée du séjour concentre l’attention. Le 27 juillet, Paul Biya totalisait exactement cinquante jours hors du Cameroun. Plusieurs responsables politiques demandent désormais que la présidence informe clairement les citoyens sur sa situation et sur la conduite des affaires publiques.
L’opposition évoque un vide institutionnel
Le député d’opposition Jean-Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à examiner la question de la vacance du pouvoir. Le juriste Jean Calvin Aba’a Oyono a aussi défendu cette démarche dans les médias camerounais. L’Union démocratique du Cameroun réclame, pour sa part, davantage de transparence afin de préserver la stabilité des institutions.
Le camp présidentiel rejette ces demandes. Christophe Mien Zok, responsable des organes de presse du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, a assuré dans le journal L’Action que le pouvoir n’était pas vacant et que Paul Biya restait aux commandes.
Le gouvernement soutient le même discours. Il affirme que le chef de l’État reçoit les dossiers et donne ses instructions malgré son absence physique. Aucun transfert officiel de ses pouvoirs n’a été annoncé.
Paul Biya dirige le Cameroun depuis novembre 1982. La longueur de son règne et ses absences répétées ont souvent provoqué des débats sur la continuité de l’État. La situation actuelle amplifie ces inquiétudes, car elle intervient après une réforme constitutionnelle consacrée à la succession présidentielle.
Le poste de vice-président reste sans titulaire
Le Parlement camerounais a approuvé le 4 avril 2026 le rétablissement d’un poste de vice-président. Réunis en Congrès, les députés et sénateurs ont adopté la réforme par 200 voix contre 18, avec quatre bulletins nuls, selon RFI.
Ce vice-président doit jouer un rôle central en cas de vacance du pouvoir. Son titulaire doit être nommé par le président de la République. Mais aucun vice-président n’a encore été officiellement désigné.
Une rumeur avait affirmé en avril que Paul Biya avait nommé son fils Franck Emmanuel Biya à ce poste. AFP Factuel a établi que le décret diffusé sur les réseaux sociaux était faux. Le consulat du Cameroun au Kenya avait aussi démenti cette information.
En l’absence de nomination, la Constitution prévoit que l’intérim soit assuré par le président du Sénat si la vacance est constatée. Ce poste est occupé par Aboubakary Abdoulaye. Une telle procédure n’a pas été déclenchée à ce jour.
La succession revient au centre du débat
L’absence du président ravive les discussions sur l’après-Biya. La création de la vice-présidence avait déjà suscité de fortes critiques. Plusieurs opposants y voient un moyen de choisir un successeur sans passer immédiatement par une élection présidentielle.
Le pouvoir défend au contraire une réforme destinée à organiser une transition plus prévisible. Le ministre du Travail Grégoire Owona avait déclaré qu’elle devait améliorer la continuité institutionnelle et faciliter la gestion des périodes de transition.
Pour l’instant, la présidence ne donne aucune date de retour. Paul Biya reste officiellement chef de l’État et aucun acte juridique ne constate une incapacité ou une vacance. Le débat porte donc autant sur le droit que sur la transparence politique.
Cette nouvelle controverse s’ajoute aux attentes autour d’un remaniement annoncé, aux tensions liées aux élections et aux reports de plusieurs scrutins. Au Cameroun, chaque jour supplémentaire sans apparition du président renforce les questions sur l’exercice réel du pouvoir et sur la préparation de sa succession.



