À la UneAfriquePolitiqueSénégal

Sénégal : Sonko et Diomaye déplacent leur rivalité au Parlement

La première session extraordinaire de 2026 remet sur la table la déclaration de patrimoine du président et le contrôle des fonds secrets.

Au Sénégal, l’Assemblée nationale est devenue le nouveau terrain de la rivalité entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Le président de l’institution parlementaire a ouvert, lundi 10 août 2026, la première session extraordinaire de l’année. Pendant quinze jours au maximum, les députés doivent examiner cinq textes, dont deux propositions susceptibles de raviver les tensions au sommet de l’État.

Ces deux textes concernent la déclaration de patrimoine du président de la République et le contrôle des crédits spéciaux, souvent appelés « fonds secrets ». Leur examen intervient après plusieurs mois de désaccords entre les anciens alliés politiques, désormais installés dans des camps distincts.

Cinq textes au programme de la session extraordinaire

La session parlementaire a été convoquée pour un ordre du jour précis. Trois projets de loi viennent du gouvernement. Ils portent sur le Code du travail, le Code de la sécurité sociale et la sécurité numérique.

Les deux autres textes sont des propositions défendues par la majorité issue du Pastef. Ils doivent être examinés selon une procédure d’urgence. Cette accélération donne une dimension très politique aux débats, car les mesures touchent directement aux pouvoirs et à la responsabilité financière du chef de l’État.

Ousmane Sonko a rappelé que la session extraordinaire ne pouvait pas dépasser quinze jours. Elle prendra également fin dès que les députés auront épuisé l’ordre du jour. Selon le règlement intérieur de l’Assemblée, aucun nouveau texte ne peut être ajouté en cours de session.

La déclaration de patrimoine du président remise sur la table

Le premier texte sensible prévoit de modifier l’article 37 de la Constitution. L’objectif est d’obliger le président de la République à déclarer son patrimoine à la fin de son mandat, et plus seulement au moment de son entrée en fonction.

Cette disposition figurait déjà dans une réforme constitutionnelle adoptée par les députés à la fin du mois de juin. Le Conseil constitutionnel avait ensuite invalidé la réforme, infligeant un revers au camp d’Ousmane Sonko. AfrikMag avait alors expliqué comment Bassirou Diomaye Faye avait saisi les Sages au sujet de cette révision.

Le retour de la mesure devant l’Assemblée montre que ses promoteurs ne comptent pas abandonner ce projet. Ils le présentent comme un outil de transparence. Dans le camp présidentiel, le texte est cependant observé comme une nouvelle tentative de renforcer le contrôle politique exercé sur le chef de l’État.

Les fonds secrets au cœur du désaccord

La deuxième proposition veut encadrer les crédits spéciaux versés à la présidence et à la primature. Le dispositif envisagé donnerait notamment un droit de regard à une commission restreinte de députés.

Ces enveloppes budgétaires sont destinées à financer des dépenses sensibles qui ne sont pas détaillées publiquement de la même manière que les autres crédits de l’État. Pour les partisans de la réforme, un contrôle parlementaire réduirait les risques d’abus. Pour ses détracteurs, une surveillance trop large pourrait fragiliser la confidentialité nécessaire à certaines missions.

La question des fonds spéciaux est devenue l’un des points de discorde entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Leur rupture politique s’est accélérée au mois de mai, lorsque le président a limogé Sonko de la primature. Quelques jours plus tard, l’ancien Premier ministre a été élu à la tête de l’Assemblée nationale.

Depuis, chacun dispose d’une institution importante. Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif tandis qu’Ousmane Sonko préside le Parlement. Cette nouvelle répartition du pouvoir transforme chaque texte sensible en test pour leurs forces respectives.

Une rivalité qui dépasse désormais le Pastef

Les deux hommes avaient longtemps incarné le même projet politique. Leur alliance avait joué un rôle central dans l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Mais les désaccords sur la direction du pays, la gestion de l’exécutif et l’avenir du Pastef ont progressivement éloigné les deux dirigeants.

Le président a depuis créé Kiiraay, une nouvelle formation politique. AfrikMag avait détaillé le lancement de ce parti par Diomaye Faye à la fin du mois de juillet. Ousmane Sonko, de son côté, conserve une forte influence sur les députés issus du Pastef.

Cette session extraordinaire permettra donc de mesurer le rapport de force entre la présidence et l’Assemblée. Si les deux propositions sont adoptées, le camp de Sonko pourra revendiquer une victoire politique. Si elles sont bloquées ou fortement modifiées, Bassirou Diomaye Faye montrera qu’il conserve des relais capables de limiter l’offensive parlementaire.

Au-delà de la rivalité entre les deux dirigeants, les députés devront aussi répondre à des attentes concrètes. La réforme du travail, la protection sociale et la sécurité numérique concernent directement la population. Le défi sera de traiter ces dossiers sans que le duel politique au sommet ne monopolise toute la session.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page