Thaïlande : un ex-député avoue un meurtre en direct sur YouTube
Chalong Riewrang a été arrêté après la mort par balle d’un responsable local à Nonthaburi. Son appel à une émission diffusée en direct a stupéfié les internautes.

Un ancien député thaïlandais a été arrêté après la mort par balle d’un responsable local à Nonthaburi, au nord de Bangkok. Quelques instants après les faits, Chalong Riewrang a appelé une émission diffusée en direct sur YouTube pour dire à l’animatrice qu’il venait de tirer sur Thongchai Yenprasert.
La victime, ancien colonel de police et président de l’administration provinciale de Nonthaburi, a été touchée au cou. Elle est décédée à l’hôpital malgré les soins reçus. Son chauffeur, également atteint au bras et à la main, a survécu après une intervention chirurgicale.
Un appel en plein direct sur YouTube
La scène la plus déroutante s’est déroulée devant les internautes. Alors que la commentatrice politique Anchalee Paireerak présentait son programme, elle a reçu un appel de Chalong Riewrang. Les spectateurs n’entendaient pas la voix de l’ancien parlementaire, mais la réaction de l’animatrice a rapidement révélé la gravité de la situation.
Visiblement bouleversée, elle lui a demandé si la victime était morte et lui a ordonné de rester sur place en attendant l’arrivée de la police. Les autorités ont ensuite interpellé l’ancien député dans les locaux de l’administration provinciale.
Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré, mais il affirme qu’il ne voulait pas tuer Thongchai Yenprasert. Il soutient avoir sorti son arme après que le chauffeur de la victime aurait pointé la sienne dans sa direction. Les enquêteurs ont retrouvé une arme dans le véhicule, mais ils indiquent qu’elle n’avait pas été utilisée. Les images de vidéosurveillance montreraient uniquement l’ancien député ouvrant le feu à courte distance.
Un différend financier de plusieurs millions de bahts
Selon les premiers éléments de l’enquête, les deux hommes, présentés comme des amis de longue date, étaient en conflit au sujet d’une importante somme d’argent. Chalong affirme que Thongchai lui devait 11 millions de bahts, soit environ 300 000 euros, depuis une campagne électorale menée en 2008.
L’ancien député dit avoir voulu discuter du remboursement en raison de problèmes de santé, de frais médicaux élevés et d’une baisse de ses revenus. Il raconte que la conversation a dégénéré lorsque Thongchai a refusé de poursuivre l’échange et s’est dirigé vers sa voiture.
La police doit encore établir précisément le mobile et vérifier les affirmations du suspect. Elle s’est opposée à sa libération sous caution. L’enquête porte aussi sur le port de l’arme en public et sur les circonstances dans lesquelles plusieurs coups ont été tirés.
Les enquêteurs devront notamment confronter ses déclarations aux enregistrements des caméras, aux expertises balistiques et au témoignage du chauffeur blessé.
Une conférence de presse qui provoque un tollé
Après son arrestation, Chalong Riewrang a été autorisé à parler aux journalistes depuis un commissariat, sans menottes et en fumant une cigarette. Cette scène a suscité de nombreuses critiques, certains y voyant un traitement de faveur accordé à un ancien responsable politique.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a publiquement dénoncé cette situation. Il a demandé que l’affaire soit traitée sans exception et que toutes les poursuites prévues par la loi soient engagées, quel que soit le passé politique du suspect.
Les autorités locales affirment qu’aucun privilège ne lui a été accordé. Elles expliquent que la prise de parole devait initialement lui permettre de présenter des excuses à la famille de la victime. Au lieu d’un bref message, l’ancien député a livré pendant plusieurs minutes sa propre version du drame.
Le débat sur les armes relancé en Thaïlande
Cette affaire survient quelques jours après une fusillade meurtrière dans une école de la même province. Un adolescent de 14 ans avait tué plusieurs personnes avant de retourner son arme contre lui. Les deux événements ne seraient pas liés, mais leur proximité relance le débat sur la circulation des armes à feu dans le pays.
La Thaïlande compte l’un des taux de possession d’armes les plus élevés d’Asie du Sud-Est. Les autorités ont promis de renforcer les contrôles sur leur détention, leur transport et leur utilisation. Des drames similaires continuent pourtant d’alimenter les inquiétudes, comme ailleurs dans le monde où les fusillades meurtrières provoquent régulièrement de nouveaux appels à durcir la réglementation.
Chalong Riewrang reste présumé innocent tant qu’une décision judiciaire définitive n’a pas été rendue. Son appel en direct, sa déclaration au commissariat et les images de vidéosurveillance devraient occuper une place centrale dans la suite de la procédure.



