
La pression monte autour du calendrier électoral au Sénégal. L’opposition demande au président Bassirou Diomaye Faye de fixer sans attendre la date des prochaines élections locales, alors que les mandats des conseillers municipaux et départementaux arrivent à échéance en janvier 2027.
À ce jour, le chef de l’État n’a pas signé les deux décrets attendus pour lancer le processus. Le premier doit convoquer le corps électoral et fixer la date du scrutin. Le second doit ouvrir la révision exceptionnelle des listes afin de permettre l’inscription de nouveaux électeurs.
Ousmane Sonko refuse tout report
Ousmane Sonko a profité d’un déplacement à Louga, dans le nord du pays, pour interpeller publiquement Bassirou Diomaye Faye. Le président de l’Assemblée nationale et leader du Pastef réclame la tenue du scrutin dans les délais prévus.
Devant ses militants, il a comparé le décret électoral aux actes utilisés pour procéder à des nominations ou à des limogeages. Selon lui, la fixation de la date relève tout autant des prérogatives présidentielles. Il estime que le retard actuel traduit une crainte face à la mobilisation de son parti.
Cette nouvelle sortie intervient dans un climat tendu entre les deux anciens alliés. Leur rupture a profondément modifié le rapport de force politique depuis que Diomaye Faye a limogé Ousmane Sonko de la Primature. Sonko dirige désormais l’Assemblée nationale, tandis que le président a quitté le Pastef.
Un calendrier électoral toujours incertain
Les élus locaux actuels ont été installés le 23 janvier 2022 pour un mandat de cinq ans. Sauf changement voté par le Parlement, les élections doivent donc intervenir avant l’expiration de ce mandat, fixée au 23 janvier 2027.
Le juriste Mor Fall, enseignant-chercheur en droit public à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, rappelle que le décret convoquant le corps électoral doit être publié environ 80 jours avant le vote. Pour un scrutin organisé avant la fin des mandats, ce texte devrait paraître au plus tard au début du mois de novembre.
L’absence de révision annoncée des listes et le silence sur le montant de la caution des candidats renforcent les interrogations. La principale coalition d’opposition, le Front pour la défense de la démocratie et de la République, rejette tout report de fait et toute prolongation automatique des mandats.
Deux lectures du Code électoral s’opposent
Le camp présidentiel défend une autre interprétation. Aminata Touré, responsable de Kiiraay, estime que l’article 269 du Code électoral permet d’organiser les élections au cours de la cinquième année du mandat si les circonstances l’exigent. Selon cette lecture, le président disposerait de toute l’année 2027.
Des juristes et des responsables de l’opposition contestent cette position. Ils soutiennent qu’un report touchant à la durée d’un mandat électif ne peut pas être décidé par un simple décret. Une loi votée par l’Assemblée nationale serait nécessaire pour modifier l’échéance ou prolonger les mandats.
Le débat intervient alors que Bassirou Diomaye Faye vient de lancer Kiiraay, son nouveau parti. Cette jeune formation doit encore s’organiser sur le terrain face au Pastef de Sonko et à l’APR de l’ancien président Macky Sall, qui contrôle encore de nombreuses collectivités locales.
Un premier test électoral pour les anciens alliés
Ces élections locales seront le premier affrontement direct dans les urnes entre les camps de Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko depuis leur séparation. Leur résultat donnera une indication sur la popularité de chacun, trois ans avant la présidentielle de 2029.
Pour le président, une défaite face au Pastef pourrait fragiliser son nouveau mouvement avant qu’il ne soit pleinement implanté. Pour Sonko, le scrutin représente l’occasion de confirmer que la base militante reste fidèle à son parti malgré la rupture au sommet de l’État.
Des informations de presse évoquent également une possible dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation de législatives anticipées. L’hypothèse d’un couplage avec les élections locales alimente encore davantage les spéculations. La présidence n’a pas confirmé ces scénarios.
En attendant une décision officielle, la question du calendrier est devenue un sujet politique central. L’opposition réclame de la visibilité, la société civile surveille le respect des délais, et les partis commencent déjà à préparer leurs candidats.



