France : pourquoi Mohammed ben Salmane est redevenu un partenaire clé
Longtemps isolé après l’affaire Khashoggi, le prince héritier saoudien est désormais au centre de la stratégie française au Moyen-Orient.

Mohammed ben Salmane est de retour à Paris avec tous les honneurs d’une visite officielle. Le prince héritier saoudien, longtemps tenu à distance après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, est désormais présenté comme un partenaire stratégique de la France.
Emmanuel Macron le reçoit les 23 et 24 août pour une séquence consacrée aux crises du Moyen-Orient, aux contrats économiques et au renforcement des liens entre Paris et Riyad. Cette visite illustre un changement spectaculaire dans la manière dont la diplomatie française traite celui que l’on surnomme « MBS ».
Une visite officielle au programme très chargé
La visite a débuté dimanche à Paris lors de la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup. Le président français et le dirigeant saoudien ont assisté ensemble à l’événement, organisé pour la première fois hors d’Arabie saoudite.
Le lundi doit être consacré aux discussions politiques et économiques. Les deux dirigeants président la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé après la visite d’Emmanuel Macron à Riyad en décembre 2024.
Plusieurs accords sont attendus dans les transports, l’énergie, la santé, l’aéronautique et d’autres secteurs. Paris cherche aussi à placer davantage d’entreprises françaises sur les grands projets de la « Vision 2030 », le programme lancé pour diversifier l’économie saoudienne et réduire sa dépendance au pétrole.
De l’isolement diplomatique au retour en grâce
Ce rapprochement aurait été difficile à imaginer il y a quelques années. En octobre 2018, Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat saoudien d’Istanbul. En 2021, les services de renseignement américains ont estimé que Mohammed ben Salmane avait approuvé une opération visant à capturer ou tuer le journaliste. Le prince héritier a toujours nié avoir ordonné son assassinat.
L’affaire avait transformé MBS en dirigeant embarrassant pour plusieurs capitales occidentales. L’Arabie saoudite avait ensuite annoncé la condamnation de cinq personnes dans le dossier Khashoggi, sans faire disparaître les critiques sur les responsabilités au sommet du royaume.
La France a pourtant renoué assez tôt avec lui. Emmanuel Macron s’est rendu à Djeddah en décembre 2021. MBS a été reçu à Paris en juillet 2022, malgré la colère des organisations de défense des droits humains. Quatre ans plus tard, la relation n’est plus seulement assumée. Elle est institutionnalisée.
Pourquoi Paris estime avoir besoin de Riyad
Le poids énergétique de l’Arabie saoudite a beaucoup compté dans ce retour. Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, les pays européens ont cherché à réduire leur dépendance envers la Russie. Riyad, acteur majeur du marché pétrolier, est alors redevenu un interlocuteur difficile à contourner.
Les intérêts économiques dépassent le pétrole. La « Vision 2030 » mobilise des investissements considérables dans les infrastructures, le tourisme, la défense, l’intelligence artificielle, le jeu vidéo et les nouvelles technologies. Les entreprises françaises veulent participer à ces projets, tandis que Paris espère attirer davantage de capitaux saoudiens.
Le pouvoir saoudien met aussi en avant des changements sociaux. Le royaume a rouvert les cinémas et autorisé les femmes à conduire. Ces réformes coexistent cependant avec une forte concentration du pouvoir et une répression régulièrement dénoncée par des ONG.
Le Moyen-Orient au centre des discussions
Mohammed ben Salmane est aussi devenu un acteur diplomatique majeur. L’Arabie saoudite entretient des relations avec Washington, Pékin et Moscou, tout en défendant une plus grande autonomie. Cette capacité à parler à plusieurs puissances augmente son poids dans les crises régionales.
À Paris, les discussions doivent porter sur Gaza et la solution à deux États, le Liban, la Syrie, l’Iran et la sécurité des routes énergétiques. La France veut maintenir son influence au Moyen-Orient et compte sur les pays du Golfe pour soutenir ses initiatives.
Cette stratégie continue de susciter des critiques. Des syndicats de journalistes français ont dénoncé la visite, rappelant qu’une plainte liée à l’assassinat de Jamal Khashoggi reste en cours d’instruction en France. Pour l’Élysée, les intérêts diplomatiques et économiques justifient néanmoins un dialogue direct avec Riyad.
Le retour de MBS à Paris résume donc le choix français. Les désaccords sur les droits humains n’ont pas disparu, mais ils ne suffisent plus à tenir le prince héritier à distance. L’Arabie saoudite est devenue trop influente, trop riche et trop présente dans les dossiers régionaux pour être ignorée.



