Kenya : un ministre mis en cause après la mort d’un civil enrôlé en Russie
Le dossier relance les inquiétudes autour de promesses d’emplois en Russie qui auraient conduit des civils kényans vers l’armée russe.

Au Kenya, l’affaire des civils partis travailler en Russie avant de se retrouver liés à l’armée russe prend une tournure plus politique. Le ministre du Travail, Alfred Mutua, est désormais mis en cause par la famille d’Erastus Mundia, un père de trois enfants mort sur le front ukrainien.
Erastus Mundia avait quitté le Kenya en juin 2025 dans le cadre d’un programme présenté comme une opportunité de travail en Russie. Comme d’autres Kényans, il pensait rejoindre un emploi civil rémunéré. Sa famille affirme qu’il s’est finalement retrouvé dans un engrenage militaire, loin de ce qui lui avait été promis.
Une promesse d’emploi qui vire au drame
Le cas d’Erastus Mundia est devenu le symbole d’un dossier très sensible au Kenya. Sa mère, Josephine Ngoya, accuse le gouvernement kényan et Alfred Mutua d’avoir trahi les familles. Elle dit avoir appris la mort de son fils plusieurs mois après son départ, alors qu’il était censé participer à un programme de travail.
Le gouvernement kényan reconnaît officiellement que des citoyens ont été victimes d’un recrutement militaire irrégulier lié à la Russie. Les chiffres publics évoquent plusieurs centaines de victimes, dont des morts et des disparus.
Des informations consultées dans le cadre de l’enquête évoquent toutefois un bilan potentiellement plus lourd. Elles suggèrent aussi que des responsables auraient fermé les yeux, ou auraient facilité certains départs. Ces accusations restent sensibles et n’ont pas toutes été vérifiées de manière indépendante.
Alfred Mutua dans la tourmente
Alfred Mutua est cité parce qu’il pilotait un programme de placement à l’étranger depuis le ministère du Travail. Le 26 juin 2025, il avait partagé des images de Mundia et d’autres Kényans en partance pour la Russie, en présentant le voyage comme une opportunité capable de changer leur vie.
Selon les éléments rapportés, ces travailleurs devaient toucher environ 115 000 shillings kényans par mois dans une usine d’emballage alimentaire. Mais plusieurs familles affirment que leurs proches ont été forcés ou poussés à signer des contrats militaires une fois en Russie.
Une organisation kényane de défense des droits humains affirme que beaucoup des personnes visibles sur les photos du départ seraient aujourd’hui mortes. La famille de Mundia dit que son décès remonte à janvier. Le sort exact de tous les autres travailleurs reste difficile à établir.
Un dossier qui embarrasse Nairobi
Le sujet est embarrassant pour le pouvoir kényan, car il touche à la fois à l’emploi des jeunes, aux agences de recrutement et aux relations avec la Russie. Le Kenya avait déjà alerté sur des réseaux promettant de faux emplois à l’étranger avant d’envoyer des civils dans des zones de guerre.
Alfred Mutua n’a pas répondu publiquement à toutes les accusations portées contre lui dans ce dossier. Des sources proches de l’affaire l’accusent d’avoir eu un rôle personnel et politique dans le programme, mais ces affirmations restent contestées et doivent encore être établies par des procédures formelles.
Pour les familles, l’urgence est d’abord de savoir ce qui est arrivé aux proches partis en Russie. Certaines demandent le rapatriement des survivants, d’autres réclament justice pour les morts. Le cas d’Erastus Mundia donne désormais un visage à cette crise, et remet la pression sur les autorités kényanes.



