
Taïwan a volontairement ralenti son internet mobile pendant 30 minutes, jeudi 13 août 2026. Dans Taipei et six autres villes et territoires du nord de l’île, les abonnés ont vu leur débit tomber à 256 kilobits par seconde, une vitesse permettant surtout d’échanger des messages écrits.
Cette opération faisait partie de la dernière phase des exercices annuels Han Kuang. Les autorités voulaient tester les communications dans un scénario de crise, alors que l’île renforce sa préparation face à une possible attaque ou à un blocus chinois.
Un internet mobile limité à la vitesse du texte
Le ralentissement a été appliqué de 14 h 30 à 15 h dans le nord de Taïwan. Il concernait les réseaux mobiles 4G et 5G à Taipei, New Taipei, Keelung, Taoyuan, Yilan, Hsinchu et dans le comté de Hsinchu.
À 256 Kbps, les appels vidéo, les services de streaming, le téléchargement de fichiers lourds et les images sur les réseaux sociaux devenaient difficiles à utiliser. Les appels vocaux, les SMS, les messages d’alerte ainsi que les numéros d’urgence 110 et 119 devaient continuer à fonctionner.
Les connexions fixes, le Wi-Fi domestique, les lignes téléphoniques et les réseaux réservés à l’armée n’étaient pas concernés. Les distributeurs automatiques et les feux de circulation utilisent également des réseaux distincts. Les paiements effectués directement avec un téléphone pouvaient toutefois être perturbés.
Une première répétition avait eu lieu dans le centre
Trois jours plus tôt, le 10 août, une première réduction du débit avait été organisée dans sept villes et comtés du centre de l’île. Au total, 14 territoires ont donc participé à cette expérience inédite.
Taïwan n’avait encore jamais limité volontairement son réseau mobile à cette échelle pendant un exercice de défense civile. L’objectif n’était pas de couper totalement internet, mais de vérifier si les habitants et les services publics pouvaient continuer à communiquer avec une bande passante très réduite.
Les autorités veulent aussi pousser la population à prévoir plusieurs moyens de communication. En cas de panne, de cyberattaque ou de destruction d’infrastructures, les utilisateurs pourraient devoir passer des applications vidéo aux SMS, aux appels vocaux ou à une connexion fixe.
Le président présente ses excuses aux habitants
Le président Lai Ching-te a reconnu que l’exercice pouvait gêner les habitants. Il leur a demandé de soutenir cette répétition qu’il juge nécessaire pour préparer le pays à une situation d’urgence.
Dans une station de métro de Taipei, les portes ont aussi été fermées pendant 30 minutes pour simuler une alerte aérienne. Des passagers ont dû attendre avant de pouvoir sortir. Le chef de l’État a par ailleurs visité un hôpital qui répétait le transfert de ses activités sensibles vers des installations souterraines.
Les exercices Han Kuang accordent désormais une place plus importante aux réservistes, aux civils et aux administrations locales. Ils ne se limitent plus aux mouvements de soldats et de véhicules militaires. Les autorités cherchent à tester les transports, les hôpitaux, les télécommunications et la continuité des services essentiels.
La pression militaire chinoise reste au centre des exercices
Pékin considère Taïwan comme une partie de son territoire et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle. La Chine envoie régulièrement des avions militaires, des navires de guerre et des bâtiments de garde-côtes autour de l’île.
Entre mercredi et jeudi matin, 18 avions militaires chinois et 11 navires ont été détectés autour de Taïwan, selon le ministère taïwanais de la Défense. Ces mouvements renforcent les inquiétudes sur la capacité de l’île à maintenir ses communications en cas d’attaque coordonnée.
Les tensions ne sont pas nouvelles. AfrikMag avait déjà rapporté le déploiement de dizaines d’avions et de plusieurs navires chinois autour de Taïwan. Plus récemment, une visite taïwanaise en Eswatini avait ravivé le bras de fer diplomatique avec Pékin.
Taïwan veut apprendre à fonctionner avec un réseau dégradé
Une attaque militaire n’est pas le seul risque envisagé. Un séisme, un typhon, une panne électrique ou une cyberattaque peuvent aussi endommager les antennes et les câbles. Certaines régions taïwanaises ont déjà connu de longues perturbations après des catastrophes naturelles ou des ruptures de câbles sous-marins.
Le test du 13 août devait donc mesurer la capacité des opérateurs, des administrations et des habitants à s’adapter. Les autorités pourraient étendre ce type d’exercice à d’autres régions si les résultats montrent des faiblesses.
Pendant une demi-heure, les habitants ont retrouvé un internet proche de celui des premiers téléphones connectés. Cette contrainte volontaire a surtout permis à Taïwan de vérifier une question simple : le pays peut-il continuer à communiquer quand la vitesse du réseau s’effondre ?



