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Khôl : pourquoi ce maquillage millénaire fascine encore le monde

Reconnu comme patrimoine culturel immatériel, le khôl raconte une histoire qui va de l’Égypte ancienne aux réseaux sociaux.

Longtemps rangé dans la catégorie des gestes de beauté, le khôl revient aujourd’hui au premier plan comme un marqueur culturel mondial. Ce trait noir appliqué autour des yeux ne raconte pas seulement une histoire de maquillage. Il parle aussi de mémoire familiale, de transmission, de protection, d’identité et de traditions très anciennes.

En 2025, le kohl arabe a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance concerne une pratique portée par plusieurs pays arabes, dont la Tunisie, la Libye, Oman, la Jordanie, l’Irak, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’État de Palestine et la Syrie.

Un maquillage qui dépasse la beauté

Le khôl est une fine poudre noire traditionnellement utilisée comme eye-liner. Dans plusieurs régions, il est appliqué par les femmes, les hommes et parfois les enfants. Son usage peut être esthétique, mais aussi social, spirituel ou symbolique.

Dans les communautés bédouines, nomades, rurales ou de pêcheurs, il accompagne la vie quotidienne, les célébrations et certains rituels religieux. Il est souvent conservé dans de petits récipients décoratifs appelés makhala, qui peuvent être transmis dans les familles comme des objets de mémoire.

Le geste lui-même a une forte dimension familiale. La préparation et l’application du khôl sont souvent apprises à la maison, principalement auprès des mères, des grand-mères ou des femmes plus âgées. C’est cette transmission, autant que le produit, qui donne au khôl sa place dans le patrimoine vivant.

Des racines très anciennes

L’histoire du khôl remonte aux civilisations anciennes d’Égypte, de Mésopotamie et de Perse. Dans l’Égypte antique, il était porté par différentes classes sociales et par les deux sexes. Il avait une valeur esthétique, mais il était aussi associé à la protection des yeux, à la spiritualité et au passage vers l’au-delà.

L’image de Néfertiti, avec son regard souligné de noir, reste l’un des symboles les plus connus de cette tradition. Des milliers d’années plus tard, ce style continue d’inspirer les tutoriels beauté, les shootings photo, les créateurs et les réseaux sociaux.

Mais le khôl n’appartient pas à une seule région. Il porte d’autres noms selon les cultures : kajal en Asie du Sud, sormeh en Iran, tiro au Nigeria. Ces mots changent, mais l’idée reste proche : souligner le regard, protéger, embellir et affirmer une appartenance.

De la tradition à TikTok

Le retour du khôl dans la culture populaire tient aussi à la puissance des réseaux sociaux. Sur TikTok, Instagram ou YouTube, l’eye-liner noir intense est souvent présenté comme une tendance beauté. Pourtant, derrière le geste viral se trouve une histoire longue, parfois oubliée.

Pour de nombreuses personnes issues de diasporas arabes, africaines ou sud-asiatiques, appliquer du khôl est une manière de rester connectées à leur famille et à leur pays d’origine. Le maquillage devient alors un lien intime avec une histoire personnelle, pas seulement un effet esthétique.

Cette dimension explique pourquoi la reconnaissance patrimoniale a été accueillie comme un symbole fort. Elle rappelle que certaines pratiques populaires, même lorsqu’elles semblent ordinaires, portent des savoir-faire anciens et des mémoires collectives.

Un patrimoine vivant, pas un simple produit

Le khôl traditionnel était préparé à partir d’ingrédients naturels, avec des recettes qui variaient selon les régions, les environnements et les modes de vie. Certaines formules anciennes pouvaient contenir de l’antimoine, du plomb ou d’autres minéraux. Les produits modernes, eux, n’ont pas tous la même composition.

C’est aussi pour cela que le sujet dépasse le rayon cosmétique. Le khôl interroge la façon dont une pratique ancienne peut être adaptée au monde contemporain sans perdre son sens. Entre héritage, prudence, mode et identité, il continue de traverser les générations.

À l’heure où les tendances beauté changent en quelques semaines, le khôl rappelle qu’un simple trait noir autour des yeux peut porter plusieurs millénaires d’histoire.

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