
Le Niger a posé des conditions strictes pour la réouverture de sa frontière avec le Bénin, fermée depuis longtemps, indiquant que tout retour à une circulation transfrontalière normale dépendra d’une coordination de défense et d’un partage de renseignements plus poussés entre les deux pays voisins.
La frontière est restée fermée pendant près de trois ans, suite à la prise de contrôle militaire de Niamey en juillet 2023, après laquelle le Niger a accusé le Bénin de chercher à le déstabiliser avec le soutien présumé de la France.
La frontière, fermée du côté nigérien, est désormais au cœur d’un regain d’engagement diplomatique.
La dynamique de réouverture s’est amorcée après la visite du président béninois à Niamey en début de mois, incitant les deux gouvernements à entamer des pourparlers visant à rétablir les échanges commerciaux et la connectivité régionale. Une délégation nigérienne s’est depuis rendue à Cotonou pour poursuivre les discussions.
Cependant, les négociations sont rapidement passées du commerce et de la logistique aux garanties de sécurité fondamentales, le Niger insistant sur le fait que toute réouverture doit s’appuyer sur des accords de défense contraignants.
Le ministre de la Sécurité du Niger, le général Mohamad Toumba, a exposé deux conditions préalables fermes lors des pourparlers, les qualifiant d’essentielles et non négociables.
« Deux conditions préalables absolues doivent être remplies ici et maintenant », a déclaré Toumba.
La première mesure consiste en la signature d’un accord de défense et de sécurité établissant le « principe inviolable » selon lequel aucun territoire ne sera utilisé contre l’autre, ainsi qu’une transparence totale concernant tout moyen militaire étranger opérant à proximité de leur frontière commune.
La seconde consiste en la création d’un mécanisme permanent de partage bilatéral de renseignements afin de coordonner les réponses aux menaces transfrontalières à la sécurité.
Le partage de renseignements au cœur des revendications du Niger
Toumba a souligné que la coopération est nécessaire dans une région où des groupes armés opèrent à travers des frontières poreuses, faisant valoir que les réponses sécuritaires unilatérales ne sont plus efficaces.
« Nous cessons de combattre seuls un ennemi qui ne connaît pas de frontières », a-t-il déclaré, ajoutant que la position du Niger est « ferme et absolue » car elle concerne la survie des deux États et la sécurité de leurs populations.
Le général Toumba a également exigé « une transparence totale sur les dispositifs étrangers stationnés près de la frontière » entre les deux pays le long du fleuve Niger, selon des propos diffusés sur la chaîne de télévision d’État nigérienne Télé Sahel.
Le Niger a accusé à plusieurs reprises ces dernières années le Bénin d’abriter des bases militaires françaises près de la frontière, allégations que Cotonou et Paris ont toutes deux démenties.
Ces conditions reflètent la doctrine de sécurité post-coup d’État plus large du Niger, qui privilégie la souveraineté, un contrôle plus strict de la présence militaire étrangère et une coordination sécuritaire à l’échelle régionale.
Alors que les pourparlers se poursuivent, leur issue déterminera non seulement la réouverture d’un corridor commercial essentiel entre le Niger et le Bénin, mais aussi le ton futur des relations dans une région du Sahel en pleine mutation géopolitique.



