
Trois ans après le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, Mohamed Bazoum reste privé de liberté. L’ancien président vit enfermé avec son épouse, Hadiza Bazoum, dans une aile du palais présidentiel de Niamey. Le couple n’a toujours pas été présenté devant un tribunal.
À l’occasion de ce troisième anniversaire, ses avocats ont demandé sa libération immédiate. Ils affirment que Mohamed Bazoum et son épouse ont été presque totalement coupés du monde extérieur depuis leur arrestation par les militaires.
Mohamed Bazoum et son épouse enfermés au palais
Mohamed Bazoum a été renversé par le général Abdourahamane Tiani, qui dirigeait sa garde présidentielle. Depuis, l’ancien chef de l’État et son épouse sont retenus dans un appartement de leur ancienne résidence officielle, sous la surveillance permanente de gardes armés.
Selon les informations publiées par Le Monde, l’espace comprend une chambre, une salle de bains et un petit salon. Un couloir de quelques mètres leur permettrait seulement de faire quelques pas. Les fenêtres sont verrouillées et le couple n’aurait pas le droit de sortir à l’air libre, même pour une courte promenade.
Leur médecin personnel serait leur principal lien avec l’extérieur. Il leur rend visite une à deux fois par semaine, apporte de la nourriture, des livres et des nouvelles de leurs proches. Leurs avocats affirment qu’aucun membre de la famille n’a pu leur rendre visite au cours des trois dernières années.
Trois ans sans procès
Quelques semaines après le putsch, les autorités militaires avaient annoncé leur intention de poursuivre Mohamed Bazoum pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État. Son immunité présidentielle a été levée en juin 2024 à l’issue d’une procédure contestée par ses défenseurs.
Pourtant, aucune audience n’a été organisée et aucune procédure judiciaire n’avait officiellement commencé au moment du troisième anniversaire de sa détention. Mohamed Bazoum, élu en 2021, n’a jamais démissionné. Son mandat présidentiel a officiellement pris fin en avril 2026.
Cette situation relance les questions sur l’état de droit au Niger. Dès 2024, AfrikMag rapportait que Mohamed Bazoum refusait toujours de céder aux militaires, malgré son isolement et les pressions exercées sur lui.
La CEDEAO et l’ONU réclament sa libération
En décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO avait jugé arbitraire la détention de Mohamed Bazoum et ordonné sa libération. Cette décision n’a pas été exécutée. Le Niger a depuis quitté l’organisation régionale avec le Mali et le Burkina Faso, en janvier 2025.
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu une conclusion comparable en février 2025. Les experts ont estimé que la privation de liberté de Mohamed Bazoum et de son épouse violait le droit international relatif aux droits humains. Ils ont également demandé leur libération immédiate.
L’Union européenne, plusieurs responsables étrangers et des organisations de défense des droits humains ont renouvelé ces appels. Human Rights Watch décrit une détention sans accès normal à la famille et aux avocats, menée en dehors des garanties d’un procès équitable.
Le Niger trois ans après le putsch
Le coup d’État de juillet 2023 avait déclenché une crise majeure avec la CEDEAO. L’organisation avait imposé des sanctions et envisagé une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Les autorités de Niamey avaient rejeté ces demandes et consolidé leur alliance avec le Mali et le Burkina Faso.
Cette rupture a ensuite conduit à la création de la Confédération des États du Sahel. Le Niger s’est éloigné de plusieurs partenaires occidentaux et a renforcé ses relations avec de nouveaux alliés. Les tensions avec les pays voisins ont continué, comme l’a montré la récente dégradation des relations entre le Niger et le Bénin.
Pendant que le pouvoir militaire redéfinit ses alliances, le sort de Mohamed Bazoum demeure sans issue. Les accusations annoncées contre lui n’ont pas débouché sur un procès, et les décisions internationales demandant sa libération n’ont produit aucun changement visible.
Les avocats dénoncent un isolement total
Les défenseurs de l’ancien président insistent désormais sur la durée et les conditions de la détention. Ils rappellent que le couple n’a presque aucun contact direct avec ses enfants, ses proches ou ses soutiens. Les échanges avec les avocats seraient eux aussi fortement limités.
Les proches de Mohamed Bazoum assurent que sa santé et celle de son épouse restent bonnes. Mais l’absence de promenade, le verrouillage des fenêtres et l’enfermement continu dans un espace réduit alimentent leurs inquiétudes.
Trois ans après le putsch, les autorités nigériennes n’ont pas annoncé de calendrier judiciaire. Les avocats de Mohamed Bazoum demandent que l’ancien président et Hadiza Bazoum soient libérés sans délai, conformément aux décisions déjà rendues par la justice régionale et les experts des Nations unies.



