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Histoire : qui était Ndaté Yalla Mbodj, le cauchemar des colons ?

Des femmes, des dieux et du sang… L’Afrique vantée berceau de l’humanité est paradoxalement à ce jour comptée par les continents les plus déchus de cette même humanité. Que se passe-t-il ? La soumission n’a auparavant pas été de mise pourtant. La preuve avec Ndaté Yalla Mbodji, le cauchemar des colons.

Lorsqu’en 1855 les Français arrivent sur la côte sénégalaise dans l’espoir de la coloniser, ils se heurtent à la résistance d’une femme. Postée sur son trône, le visage altier et le corps opulent, elle fume sa longue pipe. Autour d’elle, plus de 500 femmes richement vêtues et une gigantesque armée lui obéissent au doigt et à l’œil.

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Histoire : qui était Ndaté Yalla Mbodj, le cauchemar des colons ?

Elle connaît bien ces envahisseurs – sa famille, les Tédiek, s’est enrichie grâce à leur long règne et aux nombreux échanges avec les comptoirs français – et elle est prête à prendre les armes pour défendre ce qui est à elle. Ndaté Yalla Mbodj est la dernière grande Linguère du Waalo, royaume du Nord-Ouest du Sénégal.

Ndaté Yalla Mbodji était une linguère. En langue sérère et wolof, ce terme signifie reine ou princesse, c’est le titre attribué à la mère ou à la sœur du souverain. Et il n’était pas rare que l’une d’elles accède au trône. Les Linguères étaient donc préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement. Elles étaient formées pour gérer le royaume d’une main de fer ainsi que pour trancher les affaires internes et les problèmes du quotidien.

Elles étaient surtout éduquées au métier de la guerre et au maniement des armes. Le courage est un trait dont elles héritèrent de génération en génération. Et Ndaté Yalla a en elle le tempérament fier de sa mère, la Linguère Fatim Yamar. Elle se souvient encore de sa mort.

En mars 1820, le Brack, terme Waalo pour roi, avait quitté le palais avec tous les hauts dignitaires de sa cour, pour aller se faire soigner dans une ville voisine. Ayant eu vent de son absence, les maures, ennemis de l’État voisin, en profitèrent pour attaquer la capitale. Confiants mais vite désabusés, ils firent face aux guerrières de Fatim Yamar. Intrépides, celles-ci repoussèrent l’ennemi hors des murs de la cité avec une aisance insolente.

Honteux d’avoir été vaincus par des femmes, les maures revinrent en nombre. Après un sanglant combat, les envahisseurs vinrent à bout de l’armée composée majoritairement de femmes. Les dernières survivantes, y compris leur chef, la Linguère Fatim Yamar, ont préféré s’immoler par le feu plutôt que de subir le déshonneur d’être faites captives. Les filles de la Linguère, Djeumbeut et Ndaté Yalla, âgées d’une dizaine d’années, s’enfuirent de la capitale en se promettant de devenir de grandes guerrières pour, à leur tour, défendre le royaume.

À la mort de sa sœur, Ndaté Yalla accède au trône. Elle fait tomber tous ses ennemis et se plaît à défier les Français, à qui elle rappelle sans cesse leur condition d’étrangers sur ses terres. Ne se fiant pas aux visages amicaux et commerciaux que les hommes blancs laissent paraître, elle écrit continuellement à l’administrateur Faidherbe pour lui faire renoncer à toute envie de conquête.

En 1851, elle lui envoie une missive : « Le but de cette lettre est de vous faire connaître que l’Ile de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi. Aujourd’hui, il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient, il est à moi seule. Saint Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel et le Waalo au Brack. Chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon lui semble. »

Ndaté se considère comme la seule souveraine du Royaume du Waalo et n’hésite pas une seconde à livrer des batailles acharnées aux Français qui oseraient défier sa légitimité royale. Elle va jusqu’à piller les environs de Saint-Louis pour narguer Faidherbe et lui rit au nez quand il réclame un remboursement des dommages causés. Comment recevoir une compensation pour une chose qui ne vous appartient pas ? Le poussant toujours un peu plus à bout, elle fait prévaloir ses droits sur les îles de Mboyo et de Sor, l’actuelle ville de Saint-Louis, et fait interdire tout commerce avec les français.

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Ces derniers n’en peuvent plus de son audace. Faidherbe rassemble toutes ses troupes et lance l’attaque contre le royaume insoumis, qui cette fois tombe sous les coups ennemis. Admiratif de la bravoure de la Linguère Ndaté Yalla, Faidherbe emmène le fils de la reine vaincue afin de le scolariser à l’école des otages de Saint-Louis. Mais Sidiya, 10 ans, a déjà reçu l’éducation trempée dans la fierté nationale de sa mère et refuse tout contact avec l’ennemi.

Faidherbe le baptise Léon, fait de lui son filleul et l’envoie étudier au lycée impérial d’Alger, espérant que l’éloignement de sa terre natale assouplira son esprit, le rendant ainsi plus docile. En vain. Jusqu’à sa mort, le fils de la dernière Linguère défiera les français, refusant coûte que coûte de parler la langue des colons et de porter leurs vêtements.

A ce jour, Ndaté Yalla Mboj, la rebelle, reste encore une des figures emblématiques de la résistance coloniale du Sénégal.

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