Stéphanie Mbida a 30 ans et déjà 21 ans d’expérience professionnelle

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À l’âge de neuf ans, Stéphanie Mbida découvre, dans le sourire de son père, l’impact que l’entrepreneuriat peut avoir sur une existence. Pour Stéphanie Mbida, entreprendre, c’est changer le monde… Quand bien même seulement celui de quelques-uns.

Stéphanie Mbida fait sa première expérience de femme d’affaire indépendante,à l’âge de neuf ans. Elle est inspirée par sa tante, une villageoise pleine de ressources, venue passer l’été chez elle, à Douala. Hors du contexte familier, l’œil distingue des détails que la routine estompe. Ayant ainsi remarqué ce que les citadins, eux, ne remarquaient plus : des bouts de bois qui traînaient sur les trottoirs de la ville. Cette femme de la campagne s’était lancée dans leur collecte. À la maison, elle les triait et liait en fagots. Stéphanie, intriguée, se mit à la suivre partout. Un jour, sa tante, illettrée, lui demanda d’écrire sur une pancarte : « on vend du bois », pour la placer en évidence sur le pas de la porte.

Stéphanie Mbida a 30 ans et déjà 21 ans d’expérience professionnelle

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« Du bois ?! Personne n’a besoin de bois, s’étonna Stéphanie, sceptique. On a des cuisinières, ici ! »

Pourtant, les clients affluèrent et, quand sa tante repartit à la fin de l’été, Stéphanie prit sa succession à la tête de l’« affaire ». « C’est ça l’entrepreneuriat, explique-t-elle passionnée, saisir les opportunités. Ces bouts de bois dans la rue, tout le monde passait à côté et personne ne les voyait. »

Il fallut un autre événement pour qu’elle contracte tout à fait le virus de l’entreprise. Grâce à ce business « hérité » de sa tante, Stéphanie avait réussi à économiser une petite somme d’argent. Elle en investit une bonne part dans une chemise pour son père dont l’anniversaire approchait. Et, en la lui offrant, elle lut l’émotion sur son visage. C’était le premier cadeau qu’il recevait depuis longtemps. Elle eut cette révélation qu’elle peut mettre en mots aujourd’hui. « L’entrepreneuriat, ce n’est pas seulement générer du profit, mais surtout impacter la vie des gens autour de soi. »

C’est donc à la joie de son père que prend sa source la passion de Stéphanie Mbida pour l’entrepreneuriat.

Elle enregistra sa première entreprise officielle à l’âge de dix-huit ans, minimum requis au Cameroun. Puis, à dix-neuf, elle partit à Montréal, au Canada, étudier la finance avant de s’engager sans vraiment y penser dans la ligne droite toute tracée : argent, travail, sécurité. Dans les lignes droites, on s’endort. Un accident de la route la réveilla brusquement : si sa vie avait dû s’arrêter à ce moment-là, elle n’aurait eu « aucun sens ». Il était temps de mettre du propos dans son existence. De réaliser enfin ses ambitions philanthropiques en s’appuyant sur ses talents et savoir-faire d’entrepreneuse. Elle quitta son emploi et prépara le coup d’envoi de son projet KickLoans, sur lequel elle misa toutes ses économies.

Avec KickLoans, entreprise de microcrédit inspirée de l’idée de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, elle investit aujourd’hui dans de mini-entreprises, en Tanzanie pour l’instant, avec l’espoir de bientôt pouvoir étendre son action à d’autres pays d’Afrique.

Elle vit désormais à New York, où elle a emménagé pour soutenir la cause de l’entrepreneuriat auprès des Nations unies. Son engagement a payé. L’organisation a enfin reconnu, au mois de février, l’entrepreneuriat comme vecteur de développement durable et de lutte contre la pauvreté. « C’est une grande victoire ! »

Enfin, avec KickLoans, elle a, en décembre dernier, gagné l’African Rethink Award de la diaspora et intégré le LAB, Land of African Business, ce réseau, unique en son genre, accélérateur d’opportunités orienté vers l’Afrique.

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