Le pari de Macky Sall pour « revitaliser » le Secrétariat général de l’ONU à l’épreuve de la réalité
Dans une interview exclusive accordée au média allemand Deutsche Welle (DW), l’ancien président sénégalais Macky Sall a précisé les contours de sa candidature à la tête des Nations Unies. Loin d’une simple posture symbolique, il y esquisse le projet d’une refonte structurelle de l’organisation, avec la volonté de replacer l’ONU au centre de l’échiquier diplomatique et de donner enfin une voix décisive au Sud global. L’ancien chef d’État sénégalais a dévoilé une feuille de route qui tranche par son ambition : il ne s’agit plus de gérer l’organisation au jour le jour, mais de la « revitaliser » en profondeur.
L’ONU comme pivot de la résolution des crises
Il faut reconnaître à Macky Sall le mérite de la cohérence. Sa feuille de route pour l’ONU prolonge les orientations qu’il avait défendues lors de sa présidence de l’Union africaine (2022-2023). La réforme du Conseil de sécurité est, depuis des décennies, le serpent de mer de la diplomatie multilatérale. Le candidat sénégalais porte un projet de rationalisation et d’optimisation du fonctionnement onusien. L’objectif : gagner en agilité, en efficacité opérationnelle et en rapidité d’intervention dans un contexte de crises mondiales interconnectées.
Le « bâtisseur de ponts » au service de l’avènement du Sud global
L’axe majeur de cette stratégie diplomatique réside dans un rééquilibrage géopolitique urgent. Fidèle à la réputation de « bâtisseur de ponts » qu’il s’est forgée lors de son mandat continental, qui avait notamment abouti à l’intégration de l’UA au sein du G20, Macky Sall souhaite faire de l’ONU une instance réellement représentative des équilibres du XXIe siècle.
Il porte la volonté politique de donner davantage de poids institutionnel au « Sud global ». Pour lui, un multilatéralisme inclusif est un système où les pays du Sud ne subissent plus les décisions des puissances traditionnelles, mais participent activement à la formulation des solutions pour défendre leurs propres intérêts économiques, climatiques et sécuritaires.
40 ans d’expérience au service d’une stricte neutralité
Conscient que le poste de Secrétaire général exige une impartialité à toute épreuve face aux appétits des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, Macky Sall met en avant son capital politique : 40 années d’expérience dans la sphère publique et au sommet de l’État.
Il se positionne comme un dirigeant expérimenté, capable de s’élever au-dessus des intérêts partisans, des logiques de blocs et des particularismes nationaux. Dans cet entretien, il a insisté sur son engagement à agir avec une indépendance sans faille. Son mantra est clair : « servir le monde » en faisant primer, en toutes circonstances, l’intérêt général.
Une exigence de transparence face aux détracteurs
Cette interview à DW a également été l’occasion pour l’ancien président de crever l’abcès concernant les critiques émanant de la scène politique sénégalaise. Interrogé sur les rumeurs laissant entendre que cette candidature serait un moyen de lui garantir une impunité pénale dans l’hypothèse d’une potentielle future enquête judiciaire, Macky Sall a catégoriquement réfuté ces allégations.
Faisant le choix de la transparence, il a balayé cet argument qu’il juge fallacieux en démontrant que sa démarche est motivée par une authentique conviction diplomatique et non par des calculs politiciens locaux.
En définitive, à travers cette intervention médiatique calibrée, Macky Sall tente de transcender les clivages. Face au cynisme ambiant qui entoure la diplomatie mondiale, c’est un message « d’espoir » qu’il entend incarner : celui d’une gouvernance mondiale réformée, capable de réconcilier le Nord et le Sud pour relever les défis d’un siècle en proie au chaos. Reste à convaincre le très exigeant Conseil de sécurité que ce vent de réforme est compatible avec les intérêts des grandes puissances.



