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Mali : Diomaye Faye veut relancer le dialogue entre la CEDEAO et l’AES

Le président sénégalais rencontre Assimi Goïta à Bamako avec une double casquette. Les relations régionales, la sécurité et le corridor Dakar-Bamako figurent parmi les dossiers attendus.

Bassirou Diomaye Faye est attendu à Bamako ce mardi 28 juillet 2026 pour une visite de travail et de solidarité. Le président sénégalais doit s’entretenir avec son homologue malien Assimi Goïta. Derrière cette rencontre bilatérale se joue un dossier plus large : l’avenir des relations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Alliance des États du Sahel (AES).

Cette visite d’une journée est le premier déplacement de Bassirou Diomaye Faye dans un pays de l’AES depuis qu’il a pris la présidence en exercice de la CEDEAO. À Bamako, il porte donc deux casquettes, celle de chef de l’État du Sénégal et celle de responsable politique du bloc régional.

Une première visite depuis sa prise de fonction à la CEDEAO

Le 19 juillet 2026, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont confié la présidence en exercice de l’organisation à Bassirou Diomaye Faye. La décision a été prise lors du 69e sommet tenu à Freetown, en Sierra Leone. Il succède au président sierra-léonais Julius Maada Bio.

Le choix du dirigeant sénégalais intervient à un moment délicat pour l’Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO et formé la Confédération des États du Sahel. Les échanges se poursuivent, mais les deux ensembles n’ont pas encore trouvé un cadre stable pour organiser leurs relations politiques, économiques et sécuritaires.

AfrikMag avait déjà présenté les défis qui attendent Bassirou Diomaye Faye à la tête de la CEDEAO. Sa visite à Bamako constitue son premier test diplomatique concret dans cette fonction.

Le dialogue entre la CEDEAO et l’AES au centre

Selon RFI, les échanges avec Assimi Goïta devraient porter en priorité sur l’avenir des relations entre la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel. Le négociateur Lansana Kouyaté travaille sur ce dossier depuis mars, mais aucun accord n’a encore été annoncé.

L’objectif immédiat n’est pas nécessairement de faire revenir le Mali au sein de la CEDEAO. Il s’agit d’abord de rétablir un minimum de confiance et de définir des mécanismes de coopération. Les pays concernés partagent des frontières, des marchés, des familles et des défis sécuritaires qui rendent une rupture complète difficilement tenable.

Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger est effectif depuis le 29 janvier 2025. La CEDEAO a toutefois maintenu, jusqu’à nouvel ordre, plusieurs dispositions concernant la libre circulation, la reconnaissance des documents de voyage et le commerce. Cette période transitoire montre que les liens entre les deux espaces n’ont pas disparu.

Diomaye Faye retrouve Assimi Goïta

Il s’agit de la deuxième visite de Bassirou Diomaye Faye au Mali depuis son accession à la présidence sénégalaise. Il s’était rendu une première fois à Bamako le 30 mai 2024, quelques semaines après son investiture. Il avait alors rencontré Assimi Goïta et plaidé pour une détente entre les dirigeants de l’AES et la CEDEAO.

Deux ans plus tard, le contexte a changé. La sortie des trois pays sahéliens du bloc régional a été actée et l’AES a renforcé ses propres institutions. Bassirou Diomaye Faye revient donc avec une responsabilité plus lourde et un mandat régional formel.

La relation personnelle entre les deux chefs d’État pourrait faciliter des discussions directes. Le Sénégal a jusqu’ici évité les déclarations hostiles envers les autorités maliennes. Dakar cherche à préserver ses intérêts économiques et sécuritaires tout en maintenant sa place au sein de la CEDEAO.

Le corridor Dakar-Bamako, un enjeu économique majeur

La visite ne se limite pas à la diplomatie institutionnelle. L’axe Dakar-Bamako est l’une des principales voies d’approvisionnement du Mali. Une part importante des marchandises destinées au marché malien transite par le port de Dakar avant de prendre la route vers Bamako.

Ce corridor a été fragilisé par des attaques contre des convois de marchandises. Des transporteurs sénégalais avaient temporairement suspendu leurs rotations en mai, ce qui a rappelé la dépendance des deux pays à cette route commerciale.

La sécurité du transport, la circulation des chauffeurs et la protection des échanges concernent directement les populations et les entreprises. Un dialogue politique plus régulier entre Dakar et Bamako peut aider à résoudre les difficultés pratiques qui touchent le commerce régional.

La sécurité régionale au cœur des discussions

Le Mali reste confronté à une insécurité persistante. Les violences armées affectent les populations, l’économie et les déplacements dans plusieurs zones du pays. Elles ont aussi des conséquences pour les États voisins, notamment le Sénégal, qui partage une frontière avec le Mali.

La CEDEAO et l’AES ont adopté des approches politiques différentes, mais elles font face à la même menace. La coordination du renseignement, la sécurisation des corridors et la coopération frontalière pourraient constituer des terrains d’entente, même en l’absence d’un accord politique complet.

La Confédération des États du Sahel veut conserver son autonomie et ses choix stratégiques. De son côté, la CEDEAO cherche à éviter une fragmentation durable de l’Afrique de l’Ouest. La marge de manœuvre de Bassirou Diomaye Faye dépendra donc de sa capacité à proposer un dialogue sans donner l’impression de dicter une ligne à Bamako.

Une médiation attendue, mais sans résultat garanti

La visite du président sénégalais peut rouvrir un canal politique de haut niveau. Elle ne garantit toutefois pas un rapprochement immédiat. Les différends portent sur la gouvernance, les sanctions passées, la souveraineté et la manière de répondre à la crise sécuritaire.

Le titre régional de Bassirou Diomaye Faye lui donne une capacité d’initiative, mais il doit aussi tenir compte de la position des autres membres de la CEDEAO. Assimi Goïta, de son côté, parle au nom d’un Mali engagé dans la construction de l’AES avec le Burkina Faso et le Niger.

Les premiers signes seront observés à l’issue de l’entretien entre les deux dirigeants. Une annonce sur le mécanisme de négociation, les échanges commerciaux ou la coopération sécuritaire permettrait de mesurer la portée réelle de la visite. Sans avancée formelle, le déplacement gardera au moins une valeur politique : maintenir le contact entre deux espaces qui restent liés malgré leur séparation institutionnelle.

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