Afrique du Sud : le Parlement panafricain condamne les violences xénophobes
Le texte condamne les attaques contre les étrangers et prévoit une enquête parlementaire ainsi qu’un forum annuel sur la cohésion sociale.

Le Parlement panafricain a adopté une résolution condamnant les violences xénophobes en Afrique du Sud. Réunis à Johannesburg pour la première session ordinaire de la septième législature, les élus africains ont demandé une enquête parlementaire, un dialogue continental et des mesures destinées à maintenir la lutte contre la xénophobie parmi leurs priorités.
Le texte a reçu une très large adhésion des parlementaires présents. Il intervient après plusieurs semaines de tensions et d’attaques visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud. Ces violences ont provoqué une vive réaction dans plusieurs pays du continent et tendu les relations entre Pretoria et certains gouvernements africains.
Une condamnation ferme et une enquête parlementaire
La résolution condamne tout acte de violence xénophobe. Elle prévoit aussi la mise en place d’une enquête parlementaire sur les attaques et leurs conséquences. L’objectif est de documenter les faits, d’entendre les acteurs concernés et de dégager des réponses communes à l’échelle africaine.
Le Parlement panafricain veut également ouvrir un dialogue entre les États, les institutions et les communautés touchées. Sa secrétaire, Lindiwe Khumalo, a expliqué que les élus encouragent la création d’un forum panafricain annuel sur la cohésion sociale. Cette rencontre serait organisée en Afrique du Sud.
Le forum devrait promouvoir le dialogue, la compréhension entre les cultures et l’implication des jeunes. Il aurait aussi pour mission de rappeler les principes d’unité et de solidarité défendus par le panafricanisme.
Les commissions du Parlement sont invitées à travailler ensemble afin que la lutte contre la xénophobie reste suivie dans le temps. Le texte ne se limite donc pas à une condamnation politique. Il cherche à établir un mécanisme de contrôle et un rendez-vous régulier sur la cohésion sociale.
Les groupes d’Afrique de l’Ouest et de l’Est à l’origine du texte
La résolution est issue de motions déposées par les groupes régionaux d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique de l’Est. Deux jours plus tôt, plusieurs élus avaient demandé une réaction forte face aux attaques contre des migrants africains.
Happymore Chidziva, représentant du Zimbabwe, avait appelé la nouvelle législature à choisir l’action face à la haine et à l’intolérance. Le président du groupe d’Afrique de l’Ouest, l’Ivoirien Yao Yao Lazare, avait de son côté présenté une motion réclamant des sanctions contre les auteurs des violences et une enquête indépendante de l’Union africaine.
Ces demandes ont reçu le soutien d’élus de plusieurs régions. La résolution finalement adoptée retient notamment la condamnation, l’enquête parlementaire et le dialogue panafricain. Les motions initiales montrent toutefois que certains parlementaires souhaitent aller plus loin et obtenir des mesures directement applicables aux auteurs des attaques.
Mariam Dao Gabala, présidente de la commission chargée du genre, de la famille et de la jeunesse, a insisté sur les conséquences pour les femmes et les familles. Les parlementaires se sont levés pendant son intervention pour exprimer leur solidarité envers les victimes.
Une crise qui dépasse les frontières sud-africaines
L’Afrique du Sud attire depuis longtemps des travailleurs venus d’autres pays africains. Mais les tensions autour de l’emploi, de la criminalité et de l’accès aux services publics alimentent régulièrement des campagnes hostiles aux étrangers.
Les dernières violences ont fait au moins quatre morts, selon un bilan des autorités sud-africaines cité par RFI. Des dizaines de milliers de personnes ont également été déplacées. Plus de 160 000 étrangers auraient quitté le pays en deux mois, ce qui a renforcé la pression diplomatique sur Pretoria.
Des responsables politiques et des mouvements locaux accusent souvent les migrants de prendre les emplois disponibles ou de peser sur les ressources publiques. Les défenseurs des droits humains dénoncent un amalgame qui transforme les étrangers en boucs émissaires des difficultés économiques et sociales du pays.
La crise a pris une dimension continentale. Le Ghana avait demandé que les violences xénophobes figurent à l’ordre du jour du sommet de l’Union africaine organisé les 21 et 22 juillet à Accra. Cette demande n’avait pas été retenue. Le débat a finalement trouvé une place au Parlement panafricain, réuni quelques jours plus tard en Afrique du Sud.
Ramaphosa rejette les violences contre les étrangers
Le président Cyril Ramaphosa a ouvert la session du Parlement panafricain le 27 juillet à Midrand, dans la province de Gauteng. Dans son discours, il a reconnu l’existence de poussées hostiles aux migrants ainsi que d’actes d’intimidation et de violence contre des ressortissants étrangers.
Le chef de l’État a attribué une partie de cette hostilité à la désinformation et aux préjugés. Il a cependant reconnu que certains Sud-Africains s’inquiètent du poids de l’immigration irrégulière sur l’économie et les services publics.
Ramaphosa a affirmé que son gouvernement s’opposait à toute intimidation, à toute justice privée et à toute violence visant les étrangers. Il a aussi demandé de ne pas confondre migrants réguliers, réfugiés et demandeurs d’asile avec les personnes qui se trouvent dans le pays en violation des règles migratoires.
Selon lui, les migrants ne doivent pas être rendus responsables du chômage, de la criminalité ou des insuffisances des services publics. La gestion de l’immigration doit respecter la dignité humaine et l’État de droit, tout en traitant les causes qui poussent les populations à se déplacer.
Une résolution attendue sur le terrain
L’adoption du texte donne une réponse politique à la colère exprimée par plusieurs pays africains. Elle place officiellement la question de la xénophobie dans le programme de travail du Parlement panafricain et crée une base pour de nouvelles auditions et recommandations.
Son efficacité dépendra toutefois du suivi. Les victimes et les pays concernés attendent des enquêtes, des poursuites judiciaires et une meilleure protection des ressortissants étrangers. Le forum annuel proposé ne pourra être utile que s’il conduit à des actions mesurables et à une coopération réelle avec les autorités sud-africaines.
La résolution arrive aussi dans un contexte sensible pour Pretoria. L’Afrique du Sud accueille le siège du Parlement panafricain et affirme jouer un rôle moteur dans l’intégration du continent. La multiplication des violences contre d’autres Africains affaiblit cette image et nourrit les critiques sur la capacité du gouvernement à protéger toutes les personnes présentes sur son territoire.
Le vote de Johannesburg ne met donc pas fin à la crise. Il marque cependant un engagement collectif des parlementaires africains et augmente la pression pour que les condamnations soient suivies d’enquêtes, de prévention et de sanctions lorsque des crimes sont établis.



