Afrique du Sud : la SADC se réunit sur fond de tensions migratoires
À Durban, Cyril Ramaphosa appelle les 16 États membres à traiter les causes des migrations et la xénophobie.

L’Afrique du Sud accueille ce lundi 17 août à Durban le 46e sommet ordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Les dirigeants des 16 États membres doivent parler d’économie, de sécurité alimentaire et de stabilité régionale. Mais la pression migratoire et la montée des discours hostiles aux étrangers s’imposent aussi dans les échanges.
Le président Cyril Ramaphosa prend officiellement la tête de l’organisation pour un an. Quelques jours avant la réunion, il a reconnu que les mauvais traitements infligés à des ressortissants étrangers avaient terni l’image de son pays. Son message vise directement les tensions qui ont touché plusieurs communautés venues du Zimbabwe, du Malawi et de la République démocratique du Congo.
Ramaphosa place la migration au centre du débat
Lors d’une conférence publique organisée le 14 août à l’Université du KwaZulu-Natal, Cyril Ramaphosa a appelé les pays de la région à agir sur les causes profondes des déplacements. Il a cité les conflits, l’instabilité, la pauvreté, les défaillances de gouvernance et le manque de perspectives économiques.
Le chef de l’État sud-africain souhaite une région dans laquelle les populations se déplacent par choix et non par désespoir. Il a aussi condamné la discrimination et les intimidations visant les étrangers. « Nous ne pouvons pas prêcher l’intégration lors des sommets et pratiquer l’exclusion dans nos rues », a-t-il déclaré.
Cette prise de position intervient après plusieurs mois tendus. En juin, des manifestations contre les sans-papiers ont secoué plusieurs villes. Des groupes ont ciblé des commerces et des quartiers où vivent des migrants. Le Parlement panafricain avait déjà condamné ces violences xénophobes et demandé une réaction ferme des autorités.
Des expulsions massives qui inquiètent les voisins
Le gouvernement sud-africain a renforcé les contrôles, les expulsions et les opérations de rapatriement. Environ 90 000 personnes auraient quitté le pays au cours des trois derniers mois. Pretoria défend une politique qui combine le respect des lois migratoires, la sécurisation des frontières et une coopération plus étroite avec les pays d’origine.
La question reste explosive. Le Zimbabwe, le Malawi et la RDC comptent de nombreux ressortissants en Afrique du Sud. Ces États surveillent les opérations menées sur le terrain et la manière dont leurs citoyens sont traités. Cyril Ramaphosa avait déjà annoncé un plan pour reprendre le contrôle de la migration, avec davantage de contrôles et une révision de certaines règles.
Le sommet offre donc aux dirigeants une occasion de chercher une réponse commune. Une politique uniquement fondée sur les expulsions ne résout pas les causes économiques et sécuritaires qui poussent des milliers de personnes à traverser les frontières.
La RDC, Madagascar et la Zambie également au programme
Les chefs d’État doivent aussi examiner la situation dans l’est de la RDC, où l’insécurité reste forte et où une épidémie d’Ebola progresse. La transition politique à Madagascar figure également parmi les dossiers suivis. L’Afrique du Sud assurait déjà la présidence de la SADC par intérim depuis le retrait de Madagascar à la fin de 2025.
La Zambie retient aussi l’attention après ses élections générales. Les observateurs de la SADC ont exprimé des préoccupations sur certains aspects du scrutin, alors que la publication des résultats se poursuit circonscription par circonscription.
Un sommet économique rattrapé par les tensions sociales
Le thème officiel de la réunion porte sur une industrialisation résiliente, durable et inclusive. Les infrastructures, la transformation agricole et la valorisation des minéraux critiques doivent occuper une place importante. Les dirigeants examineront également la sécurité alimentaire, la préparation aux catastrophes et le financement des projets régionaux.
Pour Cyril Ramaphosa, l’enjeu dépasse les déclarations diplomatiques. L’Afrique du Sud doit convaincre ses voisins qu’elle peut défendre l’intégration régionale tout en protégeant les migrants présents sur son sol. La manière dont le sommet abordera la xénophobie sera donc suivie de près, bien au-delà de Durban.



