Tunisie : 12 jeunes migrants meurent en mer, la colère monte
Une seule personne a survécu au naufrage. Deux passagers restent portés disparus tandis que Ben Guerdane dénonce le chômage et la marginalisation.

La ville tunisienne de Ben Guerdane est sous le choc après la mort de douze jeunes candidats à l’exil. Leur embarcation, qui transportait quinze personnes, a sombré au large de Zarzis dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 août. Une seule personne a survécu et deux autres restent portées disparues.
Le drame a rapidement dépassé le cadre d’un naufrage. Dans cette région proche de la frontière libyenne, des habitants ont manifesté pour dénoncer le chômage, la pauvreté et le manque de perspectives qui poussent une partie de la jeunesse à tenter la traversée de la Méditerranée.
Une embarcation avec quinze personnes à bord
Le bateau avait quitté une zone située entre Zarzis et Ben Guerdane avec quinze personnes, en majorité de jeunes Tunisiens. Selon les informations communiquées par la Garde nationale, quatorze passagers étaient originaires de Ben Guerdane et un autre venait de Zarzis.
L’embarcation a coulé à environ 14 milles marins, soit près de 26 kilomètres, au large de Zarzis. Les recherches ont mobilisé des unités maritimes, la Marine nationale, un hélicoptère et des pêcheurs volontaires. Douze corps avaient été retrouvés dimanche.
Le seul rescapé aurait dérivé pendant près de quarante-huit heures avant d’être recueilli par un navire commercial. Les opérations se poursuivent pour retrouver les deux personnes encore portées disparues.
Le parquet a ouvert une enquête pour franchissement clandestin des frontières maritimes ayant entraîné la mort. Les autorités doivent notamment déterminer les conditions du départ et établir les responsabilités liées à l’organisation de la traversée.
La colère gagne Ben Guerdane
À Ben Guerdane, l’annonce des décès a provoqué des scènes de colère. Des habitants ont bloqué des routes et brûlé des pneus. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser certains rassemblements, tandis que de nouvelles tensions ont été signalées lundi soir.
Pour plusieurs manifestants, la tragédie est le résultat d’années de marginalisation. La ville dépend fortement du commerce frontalier avec la Libye. Les restrictions imposées à ces échanges ont réduit les revenus de nombreuses familles sans qu’un nombre suffisant d’emplois formels ne soit créé.
Des acteurs locaux affirment que les jeunes ne voient plus de débouchés. Partir vers l’Europe devient alors, pour certains, une issue malgré les risques. Ce sentiment s’inscrit dans un malaise social plus large. Quelques jours avant le naufrage, des Tunisiens avaient déjà manifesté contre les coupures d’eau et d’électricité, la vie chère et la dégradation des services publics.
Sept membres d’une même famille parmi les passagers
La douleur est d’autant plus forte que sept membres d’une même famille se trouvaient à bord, selon l’Observatoire tunisien des droits de l’homme. Des appels à une journée de deuil national ont circulé, tandis que des responsables politiques et des associations ont présenté leurs condoléances aux familles.
La coordinatrice résidente des Nations unies en Tunisie, Rana Taha, a également exprimé sa solidarité avec les proches des victimes. Le drame a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où des Tunisiens dénoncent une crise économique qui prive les jeunes d’un avenir dans leur propre pays.
Les naufrages au large de la Tunisie ont déjà causé de lourdes pertes. AfrikMag avait notamment rapporté la mort d’au moins 41 migrants africains dans un précédent naufrage. En 2022, un autre accident à Zarzis avait déclenché plusieurs semaines de protestations.
La Méditerranée reste une route meurtrière
La côte sud-est de la Tunisie se trouve à environ 145 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa. Cette proximité en fait un point de départ fréquent pour les personnes qui espèrent rejoindre l’Europe. Mais les traversées se déroulent souvent à bord de bateaux fragiles, surchargés et mal équipés.
La route de la Méditerranée centrale reste la plus meurtrière au monde pour les migrants. Au moins 821 personnes y sont mortes ou ont disparu depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Ce bilan est déjà plus de deux fois supérieur à celui enregistré sur la même période l’an dernier.
À Ben Guerdane, les familles attendent encore le retour des deux disparus. Leur attente se mêle à une question devenue centrale dans les manifestations : combien d’autres jeunes devront risquer leur vie avant que la région obtienne des emplois et des perspectives durables ?



