
Le gouvernement camerounais a pris la parole après plusieurs semaines de silence autour de l’absence prolongée de Paul Biya. René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, affirme que le chef de l’État est en vie et qu’aucune vacance du pouvoir n’a été constatée.
Cette déclaration intervient alors que le président, âgé de 93 ans, n’a plus été vu publiquement au Cameroun depuis son départ du pays le 7 juin 2026. Son séjour, initialement présenté comme une courte visite privée en Europe, approche désormais les deux mois.
Le gouvernement sort du silence
René Emmanuel Sadi a assuré que Paul Biya n’avait ni démissionné ni cessé d’exercer ses fonctions. Le ministre a aussi rejeté les appels lancés par plusieurs responsables de l’opposition en faveur d’une constatation de la vacance du pouvoir.
« Le président Paul Biya est en vie. Le président Paul Biya n’a pas démissionné », a déclaré le porte-parole du gouvernement. Selon lui, le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé pour déclarer une vacance à la tête de l’État.
Cette prise de parole est la première réponse directe du gouvernement depuis le début de l’absence du président. Jusqu’ici, des membres du pouvoir assuraient que Paul Biya continuait de suivre les dossiers à distance, sans répondre précisément aux interrogations sur la date de son retour.
Le nouveau message cherche donc à calmer les rumeurs tout en confirmant que le président reste officiellement en fonction. Il ne s’accompagne toutefois d’aucune apparition publique récente du chef de l’État.
Un retour annoncé, mais sans calendrier précis
Le ministre de la Communication a également annoncé que Paul Biya devait rentrer au Cameroun « très bientôt ». Il n’a donné ni jour ni heure, expliquant qu’il ne lui appartenait pas de communiquer un calendrier exact.
Cette absence de date laisse une partie des questions intactes. Le président avait quitté Yaoundé le 7 juin avec son épouse, Chantal Biya. Cinquante-six jours plus tard, aucune image officielle récente ni déclaration personnelle du chef de l’État n’avait été rendue publique.
Le séjour dépasse déjà celui de l’automne 2024, lorsque Paul Biya était resté hors du pays pendant environ six semaines. À son retour, le président avait été accueilli à Yaoundé après une période marquée par de nombreuses rumeurs sur son état de santé.
Le gouvernement veut éviter que ce scénario ne se transforme en crise politique. Mais l’annonce d’un retour imminent devra encore être suivie d’un retour effectif pour faire retomber les spéculations.
La vacance du pouvoir écartée par le ministre
Au centre de la controverse se trouve la différence entre une longue absence physique et une vacance officiellement constatée. Les opposants estiment que la durée du séjour à l’étranger pose un problème de transparence et de fonctionnement des institutions. Le gouvernement répond qu’aucune procédure juridique n’a établi que la présidence était vacante.
René Emmanuel Sadi reproche aux figures de l’opposition de faire une lecture biaisée de la Loi fondamentale. Il insiste sur trois éléments : Paul Biya est vivant, il n’a pas démissionné et le Conseil constitutionnel n’a pris aucune décision déclarant la vacance.
Cette réponse vise directement les responsables politiques et les juristes qui demandent depuis plusieurs jours une clarification institutionnelle. Leur inquiétude ne porte pas uniquement sur la santé du président. Elle concerne aussi la manière dont les décisions sont prises pendant son absence et la capacité du gouvernement à rendre compte de la conduite des affaires publiques.
L’opposition maintient la pression
La controverse ne date pas de la déclaration du ministre. Fin juillet, l’absence prolongée de Paul Biya avait déjà relancé le débat sur la vacance du pouvoir. Plusieurs voix de l’opposition réclamaient alors une intervention du Conseil constitutionnel et des informations précises sur la situation du président.
Le camp présidentiel assurait de son côté que le chef de l’État continuait de travailler et de donner ses instructions depuis l’étranger. Aucun transfert officiel de ses pouvoirs n’a été annoncé.
La nouvelle déclaration gouvernementale renforce cette ligne de défense, mais elle ne met pas fin au débat politique. Pour les opposants, une affirmation orale ne répond pas à toutes les demandes de transparence. Pour le pouvoir, l’absence d’une décision du Conseil constitutionnel suffit à écarter l’hypothèse d’une vacance.
Paul Biya au pouvoir depuis 1982
Paul Biya dirige le Cameroun depuis novembre 1982. Ses longs séjours privés à l’étranger ont déjà provoqué des polémiques par le passé, mais l’absence actuelle est l’une des plus longues de son règne.
En octobre 2024, Paul Biya était revenu au Cameroun après six semaines d’absence. Les autorités avaient alors dénoncé les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux. Deux ans plus tard, les mêmes interrogations refont surface, avec une pression politique plus forte autour de la continuité du pouvoir.
La durée du règne du président et son âge donnent aussi une dimension particulière à chaque absence. Le débat dépasse désormais la question de son retour immédiat. Il touche à la succession, au fonctionnement quotidien de l’État et à la confiance des citoyens dans les institutions.
Des questions restent ouvertes
La déclaration de René Emmanuel Sadi apporte une réponse officielle à la rumeur la plus grave : selon le gouvernement, Paul Biya est vivant et demeure président de la République. Elle confirme aussi que le pouvoir ne reconnaît aucune vacance institutionnelle.
Mais plusieurs inconnues subsistent. La date du retour n’est pas communiquée. Le président ne s’est pas exprimé directement. Aucun calendrier officiel n’a été publié pour une prochaine apparition publique.
L’attention se porte maintenant sur le retour annoncé. S’il intervient rapidement, le gouvernement pourra espérer reprendre la main sur la communication. Si l’absence se prolonge, les appels à davantage de transparence devraient se poursuivre et le débat sur l’exercice réel du pouvoir restera ouvert.



