
La banque d’investissement étrangère de l’État libyen a porté l’affaire du Burkina Faso devant un tribunal international après que le gouvernement militaire du capitaine Ibrahim Traoré a nationalisé un établissement de crédit commercial qu’ils possédaient auparavant ensemble.
La Libyan Foreign Bank a déposé sa plainte le 17 août auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements du Groupe de la Banque mondiale.
Le CIRDI a enregistré la procédure sous le nom de Libyan Foreign Bank c. Burkina Faso, numéro de dossier ARB(AF)/26/3.
Le différend concerne la Banque Commerciale du Burkina Faso, créée en 1997 dans le cadre d’une coentreprise à parts égales entre une institution libyenne et l’État burkinabè. Le Burkina Faso a nationalisé l’intégralité de la banque en mai 2024.
Le montant des indemnités réclamées par la Banque étrangère libyenne n’a pas été rendu public.
Deux États se disputent une banque commerciale
Selon African Law & Business, la Libyan Foreign Bank est représentée par le bureau parisien du cabinet d’avocats international Eversheds Sutherland.
La publication juridique a révélé le dépôt de la plainte et les parties impliquées le 25 août.
Le Burkina Faso a déclaré, lors de l’annonce de la nationalisation, que la banque commerciale avait rencontré des difficultés opérationnelles.
Son gouvernement a accusé son partenaire libyen de ne pas fournir le soutien nécessaire au bon fonctionnement de l’institution.
Selon le communiqué, le rachat faisait suite à des négociations infructueuses entre les deux actionnaires. La Banque étrangère libyenne a démenti cette version.
Le prêteur a maintenu qu’il s’était conformé à l’accord établissant la banque, aux exigences bancaires régionales et aux lois sur les sociétés applicables dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et centrale.
Elle a accusé le Burkina Faso de violer l’accord entre les parties et les décisions prises dans le cadre du système bancaire ouest-africain.
Il s’agit de revendications concurrentes. Aucun tribunal international n’a statué sur la violation des obligations par l’une ou l’autre des parties.
La banque à l’origine de l’affaire
La Banque étrangère libyenne a été créée en 1972 et appartient à la Banque centrale de Libye.
Elle a été créée pour gérer les investissements et les intérêts bancaires libyens à l’étranger.
Pendant des décennies, la Libye a utilisé des institutions étatiques et des coentreprises bilatérales pour étendre son influence économique à travers l’Afrique. La banque du Burkina Faso était l’un des fruits de cette stratégie.
En la nationalisant, le gouvernement de Traoré a pris le contrôle non seulement d’une institution bancaire nationale, mais aussi d’un actif détenu à moitié par un autre État africain.
Cette propriété transfrontalière transforme le différend d’une intervention bancaire nationale en un litige international en matière d’investissement.
Dans le cadre d’une campagne de nationalisation plus large
Traoré a pris le pouvoir par un coup d’État militaire en septembre 2022. Son gouvernement a cherché à accroître le contrôle de l’État sur les actifs stratégiques, notamment dans le secteur minier.
Le Burkina Faso a nationalisé deux mines d’or et transféré plusieurs permis d’exploration à une entreprise publique en 2025.
Le gouvernement a présenté ses actions comme nécessaires pour accroître le contrôle national sur les ressources et garantir qu’une plus grande part de la valeur économique reste à l’intérieur du pays.
Les investisseurs étrangers ont réagi en engageant des poursuites judiciaires. La société minière australienne Sarama Resources a, de son côté, engagé une procédure d’arbitrage après le retrait par le Burkina Faso d’un permis d’exploration.
L’affaire bancaire libyenne étend le risque juridique au-delà de l’or et des mines pour inclure les services financiers.
Cela introduit également un conflit commercial inhabituel entre États. Le demandeur n’est pas un investisseur privé classique, mais une banque appartenant à la banque centrale libyenne.
Ce que le tribunal examinera
La procédure d’arbitrage n’en est qu’à ses débuts. Le tribunal devra déterminer sa compétence avant d’examiner si le Burkina Faso a violé les droits de la Libyan Foreign Bank.
L’affaire pourrait examiner l’accord utilisé pour créer la banque commerciale, le processus juridique suivi lors de la nationalisation et si le Burkina Faso a offert une compensation pour la participation libyenne.
Elle pourrait également prendre en considération l’allégation du Burkina Faso selon laquelle son partenaire n’a pas respecté des obligations essentielles à la survie de la banque.
Cette décision n’annule pas la nationalisation. La Banque Commerciale du Burkina Faso demeure sous le contrôle de l’État burkinabè, à moins que les parties ne parviennent à un autre accord.
Un tribunal pourrait éventuellement rejeter la demande, accorder une indemnisation ou enregistrer un accord entre les deux parties.
L’absence de chiffres publiés concernant les dommages rend impossible le calcul des pertes financières du Burkina Faso.
Cette affaire ajoute néanmoins un nouveau défi international à la stratégie de Traoré visant à placer les actifs stratégiques sous contrôle étatique.



