« Combien de morts ! » : en Angola, Léon XIV charge la corruption et l’exploitation
Reçu samedi par João Lourenço au palais présidentiel de Luanda, le souverain pontife a fustigé l'exploitation des richesses, le fléau de la corruption et appelé les autorités angolaises à ne pas étouffer la jeunesse.

« Combien de morts ! » Depuis le palais présidentiel de Luanda, le pape Léon XIV n’y est pas allé par quatre chemins. En visite en Angola, troisième étape de sa tournée africaine, le souverain pontife a chargé la corruption, l’exploitation des richesses et l’étouffement des voix jeunes. Et le président João Lourenço, qui l’écoutait, a entendu chaque mot. Retour sur quatre jours qui marquent la diplomatie vaticane en Afrique.
13 avril : le départ d’une tournée africaine
Tout commence le 13 avril 2026. Léon XIV entame une tournée de onze jours et 18 000 kilomètres à travers quatre pays : Algérie, Cameroun, Angola, Guinée Équatoriale. Au Cameroun, devant 200 000 fidèles à Yaoundé, il appelle déjà à « changer les habitudes et les structures ». Les autorités angolaises savent que Luanda ne sera pas une étape de courtoisie.
18 avril : à Luanda, la charge devant João Lourenço
Samedi 18 avril, en fin d’après-midi, le pape atterrit à l’aéroport international de Luanda et se rend directement au palais présidentiel. Devant João Lourenço, les autorités, la société civile et le corps diplomatique, il livre son premier grand discours en portugais. Et il frappe fort.
« J’ai parlé des richesses matérielles sur lesquelles des intérêts puissants posent la main, y compris dans votre pays. Combien de souffrances, combien de morts, combien de catastrophes sociales et environnementales sont engendrées par cette logique d’exploitation ! » lâche-t-il. Le pape étend ensuite la critique : ce modèle, dit-il, « alimente un développement qui discrimine et exclut, mais qui prétend toujours s’imposer comme le seul possible ».
Et il ne s’arrête pas là. À l’attention directe du pouvoir : « N’ayez pas peur de la dissidence. N’étouffez pas les visions des jeunes ni les rêves des aînés. » Dans un pays gouverné sans interruption par le MPLA depuis 1975, la phrase claque.
19 avril : la messe de Kilamba et le « fléau de la corruption »
Le lendemain, dimanche 19 avril, Léon XIV célèbre une messe géante à Kilamba, à une trentaine de kilomètres au sud de Luanda. Entre 100 000 et 400 000 fidèles répondent présents, beaucoup ayant passé la nuit à même le sol pour ne pas manquer le souverain pontife.
Dans son homélie, il pousse encore plus loin : « Nous pouvons et nous voulons construire un pays où les vieilles divisions seront définitivement surmontées, où la haine et la violence disparaîtront, où le fléau de la corruption sera guéri par une nouvelle culture de justice et de partage. »
L’écho est immense. Pour la jeunesse angolaise, née après la guerre civile achevée en 2002, le mot « corruption » décrit un quotidien : malgré le pétrole, entre un tiers et la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.
19 avril après-midi : prière au sanctuaire de Mama Muxima
L’après-midi, le pape rejoint en hélicoptère le sanctuaire de Mama Muxima, à 130 kilomètres au sud-est de Luanda. Trente mille pèlerins l’y attendent. Léon XIV récite le chapelet et invite la jeunesse à devenir actrice de paix et de justice. Le fond reste le même qu’à Kilamba : transformer le pays par la conversion intérieure et l’engagement collectif.
20 avril : Saurimo, l’Angola des marges
Ce lundi 20 avril, le pape franchit plus de 800 kilomètres pour rejoindre Saurimo, à l’est du pays. Une région marginalisée malgré la présence des plus grandes mines de diamants angolaises. Le symbole est clair : il va à la rencontre de ceux que l’économie extractive a oubliés. Au programme : une messe et la visite d’une maison de retraite. « Personne ne doit être laissé seul face aux adversités de la vie », rappelle-t-il. Le contraste avec les décors dorés de Luanda est total.
Une visite qui laisse Lourenço face à un choix
Léon XIV repart mardi vers la Guinée Équatoriale. Mais la balle reste dans le camp de Luanda. Le président Lourenço, qui s’était présenté en 2017 comme l’homme de la lutte anti-corruption après les 38 ans de règne dos Santos, dispose désormais d’une caution morale internationale rare. À lui d’en faire un levier de réformes, ou de laisser passer la tempête. La jeunesse angolaise, elle, retiendra surtout une chose : le pape a dit qu’on n’avait pas le droit d’étouffer ses rêves.



