
Ce lundi 20 avril 2026, dix-huit personnes sont présentées au parquet régional de Louga. Toutes ont été interpellées en quelques jours dans le département de Linguère, dans le cadre d’une enquête qui a révélé un réseau coordonné via WhatsApp et qui s’étend bien au-delà des frontières de la ville. Voici comment l’affaire a éclaté.
16 avril : la dénonciation qui fait tout basculer
Tout commence par une dénonciation anonyme reçue au commissariat urbain de Linguère. L’adresse visée est une habitation du quartier Thiély Nord. Le jeudi 16 avril 2026, les policiers se déplacent. À l’arrivée, une forte odeur de chanvre indien s’échappe de la résidence. Les agents frappent, n’obtiennent pas de réponse, finissent par défoncer la porte. À l’intérieur, deux hommes. L’un, identifié comme B. Coumé, parvient à s’enfuir par une fenêtre. Le second, Ibrahima Badji, électromécanicien de 31 ans, est immobilisé sur place.
Le téléphone qui remonte tout le réseau
L’arrestation de Badji aurait pu rester un fait divers isolé. C’était sans compter sur l’exploitation de son téléphone portable. Les enquêteurs y découvrent un groupe WhatsApp servant de plateforme centrale d’échanges, des messages, des photos et des vidéos compromettantes. Surtout, ils y trouvent les noms et coordonnées de dizaines d’autres personnes liées au réseau, réparties sur tout le département.
Au sommet de la pyramide, deux figures émergent rapidement : Mame Abdou Lecore, 32 ans, alias « Baye Tama », et Amadou Guèye, 48 ans, alias « Tigui ». Ce dernier, présenté comme la véritable cheville ouvrière de l’organisation, reconnaît lors de son audition avoir coordonné des rencontres entre les membres dans plusieurs localités.
16 au 18 avril : les arrestations s’enchaînent
Munie de cette cartographie, la police étend ses opérations à Dahra, Barkedji, Dodji et jusqu’à Mbacké. En l’espace de quelques jours, le bilan grimpe à dix-huit interpellations. Les profils des personnes arrêtées font tomber des mâchoires : on y trouve un enseignant en arabe, un enseignant en français, un étudiant en droit, des commerçants, un berger, un éleveur-marabout, un agent de sécurité de proximité, un tailleur, un acteur événementiel. La plupart sont mariés, certains polygames. Le réseau a recruté à travers tous les segments de la communauté.
Les tests médicaux qui aggravent l’affaire
Conduits à l’hôpital pour examens, les dix-huit suspects sont soumis à des tests complets. Le résultat tombe et change la dimension du dossier : trois personnes sont séropositives au VIH. Il s’agit d’Amadou Guèye, le principal coordinateur, ainsi que d’Allé Daffé et de Mbaba Gningue. Ce qui n’était au départ qu’une affaire de mœurs devient un dossier de santé publique. Les enquêteurs s’inquiètent immédiatement de la chaîne de contacts potentiels et du nombre de personnes éventuellement exposées au virus à leur insu.
Les chefs d’inculpation
Les charges retenues contre les dix-huit suspects sont lourdes et multiples : association de malfaiteurs, harcèlement sexuel, incitation à la débauche, collecte et diffusion d’images à caractère pornographique, mise en danger de la vie d’autrui, transmission volontaire du VIH, et actes contre nature. Pour les trois suspects séropositifs, la charge de transmission volontaire est particulièrement lourde et peut entraîner des peines très longues.
Présentation au parquet ce lundi
Ce 20 avril, les dix-huit prévenus sont présentés au parquet régional de Louga. C’est le procureur qui décidera des suites judiciaires : ouverture d’une information judiciaire, mise en accusation, détention provisoire prolongée. Aucune libération à ce stade.
Mais l’enquête n’est pas finie. Selon le commissariat urbain de Linguère, quinze autres personnes identifiées comme membres du réseau sont encore en fuite et activement recherchées. Toutes pourraient venir grossir le nombre de prévenus dans les jours qui viennent. À Linguère, on retient son souffle.



