
Succès Masra a repris la parole au Tchad après plus d’un an de détention. Gracié par le président Mahamat Idriss Déby Itno, l’ancien Premier ministre a retrouvé ses partisans samedi 15 août au siège de son parti, Les Transformateurs, à N’Djamena.
Le chef de l’opposition a appelé à dépasser les affrontements politiques et proposé la création d’un gouvernement d’union et de changement. Cette sortie relance les questions sur son avenir, alors que la grâce présidentielle ne lui rend pas son éligibilité.
Une première prise de parole tournée vers l’avenir
Devant les militants et les journalistes, Succès Masra a dit retrouver la liberté avec espoir. Il a remercié le chef de l’État d’avoir choisi sa libération et affirmé vouloir concentrer son énergie sur l’avenir du pays.
L’opposant a évoqué une possible trêve politique de cinq ans. Selon lui, cette période pourrait permettre au pouvoir, à l’opposition, aux anciens détenus et à la diaspora de travailler ensemble sur les difficultés du Tchad.
Son discours tranche avec les fortes tensions qui ont marqué les dernières années. En janvier 2025, une attaque contre la présidence avait ravivé les craintes d’une nouvelle crise sécuritaire à N’Djamena.
La grâce n’efface pas sa condamnation
Succès Masra avait été condamné en août 2025 à vingt ans de prison dans l’affaire de Mandakao. La justice l’avait reconnu coupable de diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe, ainsi que de complicité de meurtre.
Ses soutiens et plusieurs organisations de défense des droits humains avaient dénoncé un procès politique. La grâce accordée le 14 août met fin à sa détention, mais elle ne supprime pas la condamnation. Une amnistie aurait été nécessaire pour effacer ses effets juridiques.
À ce stade, l’ancien candidat à la présidentielle reste donc inéligible. Cette situation limite ses options électorales, sans l’empêcher de diriger son parti ni de participer au débat public.
Succès Masra propose un gouvernement d’union
L’ancien Premier ministre affirme avoir soumis au président l’idée d’un gouvernement réunissant plusieurs forces politiques. Il estime qu’une simple commission de dialogue ne suffira pas, car l’essentiel du pouvoir demeure concentré au sein de l’exécutif.
Ce scénario marquerait un nouveau rapprochement entre les deux hommes. Après son retour d’exil, Succès Masra avait signé un accord de réconciliation avec le pouvoir avant d’être nommé Premier ministre pendant la transition. Il avait ensuite affronté Mahamat Déby lors de l’élection présidentielle de 2024 et terminé deuxième avec près d’un cinquième des voix.
Le pays reste marqué par les violences politiques. En octobre 2022, l’Union africaine avait condamné la répression de manifestations qui avaient fait plusieurs dizaines de morts.
Le parti présidentiel ferme la porte à une coalition générale
Le Mouvement patriotique du salut ne voit pas l’utilité d’un gouvernement d’union nationale. Son porte-parole estime que le Tchad n’est plus en période de transition et que le programme du président élu doit continuer à être appliqué.
Le parti au pouvoir n’exclut toutefois pas une entrée individuelle de Succès Masra au gouvernement. Il demande à l’opposant de clarifier sa ligne et d’adopter un discours plus modéré. De son côté, Mahamat Déby a renouvelé sa confiance au Premier ministre et à son équipe le 16 août.
La libération de Succès Masra ouvre donc une nouvelle séquence politique sans régler toutes les questions. Son retour sur le devant de la scène est acquis. La forme qu’il prendra dépendra désormais des décisions de la présidence et des choix du chef des Transformateurs.



