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Tunisie : un député déclare « qu’une Africaine ne peut pas être vi0lée » car « il y a assez de beauté en Tunisie »

Des propos tenus lundi en plein hémicycle qui ont mis le feu aux réseaux sociaux et provoqué la condamnation unanime des ONG de défense des droits humains.

Lundi 14 avril 2026, lors d’une séance de questions-réponses au ministre de l’Intérieur à l’Assemblée des représentants du peuple, Tarak Mahdi, député élu de Sfax, a tenu des propos qui ont immédiatement mis le feu aux réseaux sociaux tunisiens et au-delà. En pleine discussion sur l’immigration subsaharienne, l’élu a lancé cette phrase qui fait désormais le tour du monde : « Qu’une Africaine soit violée, cela n’arrive pas, il y a suffisamment de beauté en Tunisie ». Des rires ont résonné dans l’hémicycle. Depuis, c’est la tempête.

Des propos tenus sous la coupole

La séance portait sur la politique migratoire tunisienne, un sujet qui divise profondément le pays depuis 2023, année où le président Kaïs Saied lui-même avait évoqué « des hordes de migrants clandestins » venant changer la « composition démographique » de la nation. Tarak Mahdi, dans ce climat tendu, a voulu défendre une ligne dure. Selon lui, les migrantes originaires d’Afrique subsaharienne représentent une « menace pour la paix sociale » et « ces gens-là, il faut qu’ils partent coûte que coûte ».

C’est dans ce contexte qu’il a réagi à des accusations de viols commis contre des migrantes en Tunisie. Sa réponse ? Une blague qui a stupéfié l’assistance. L’argument selon lequel la beauté des Tunisiennes rendrait le viol des Africaines impossible a été accueilli par des rires de certains de ses collègues. Une image diffusée en vidéo montre le député souriant après sa sortie, alors que personne autour de lui ne semble choqué sur le moment.

Une avalanche de condamnations

Les réactions n’ont pas tardé. La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a publié un communiqué cinglant qualifiant la déclaration de « grave et choquante ». Pour l’organisation, il ne s’agit pas d’un simple « dérapage verbal » mais de « l’expression explicite d’une mentalité rétrograde qui justifie la violence et banalise le crime de viol ». Le communiqué dénonce aussi un « discours empreint d’un racisme flagrant ».

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a parlé d’« atteinte flagrante à la dignité humaine et à justification grave de la violence sexuelle et du viol contre les femmes ». L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) y est allée plus loin en dénonçant une « incitation flagrante à la haine ».

Du côté international, plusieurs ONG dont Amnesty International et Human Rights Watch ont appelé les autorités tunisiennes à prendre des mesures disciplinaires contre le député. L’affaire a été relayée par les médias français (Le Figaro), marocains (Le360) et suisses (Bluewin), prenant une dimension internationale en moins de 24 heures.

Des excuses jugées insuffisantes

Face à la tempête, Tarak Mahdi a tenté de désamorcer la crise. Toujours depuis l’hémicycle, il a affirmé que ses propos avaient été « sortis de leur contexte ». « Je n’ai jamais eu l’intention d’encourager ou de justifier le viol, ou de porter atteinte à la dignité humaine, surtout celle des Tunisiennes », a-t-il déclaré. Puis, visiblement sous pression : « S’il y a eu atteinte à la dignité de Tunisiennes et de Tunisiens, et atteinte à la dignité humaine quelle que soit sa nationalité, alors bien sûr je m’en excuse ».

Mais ces excuses, qualifiées de « maladresse » par ses soutiens, ont été rejetées en bloc par les associations féministes. Pour elles, le problème n’est pas une phrase isolée mais tout un système de pensée qui se exprime sans complexe au sein même du Parlement. Aucune mesure disciplinaire n’avait encore été annoncée mercredi soir à l’égard de l’élu de Sfax.

Un contexte toxique

Cette polémique s’inscrit dans un contexte migratoire particulièrement tendu en Tunisie. Depuis le discours présidentiel de 2023 sur les « hordes », les actes de xénophobie à l’encontre des étudiants et travailleurs subsahariens ont augmenté, selon un rapport de 2025 du FTDES. Des expulsions sommaires, des refus de logement et des agressions verbales ont été documentés par plusieurs ONG locales et internationales.

Les propos de Tarak Mahdi viennent donc confirmer, pour beaucoup d’observateurs, qu’un certain discours de haine est non seulement toléré mais assumé jusqu’au plus haut niveau de l’État tunisien. La question que posent maintenant les Tunisiens eux-mêmes : jusqu’où cela va-t-il aller ?

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